Yonathan Avishai

Le pianiste Yonathan Avishai présentera son album “Modern Times“ au Duc des Lombards les 31 mars et 1eravril 2015.

Yonathan Avishai à Paris © ©Patrick Artinian Yonathan Avishai à Paris © ©Patrick Artinian
Le pianiste Yonathan Avishai présentera son album “Modern Times“ au Duc des Lombards les 31 mars et 1eravril 2015.

 

         Courant février, dans un petit studio du vingtième arrondissement de Paris, Yonathan Avishai, tout de noir vêtu, se tient dans un coin de la salle, l’air anxieux, s’étirant les doigts en observant la cinquantaine de spectateurs triés sur le volet prendre place dans les travées. Il y a parmi eux quelques journalistes et surtout nombre de contributeurs qui en souscrivant à une plate forme participative bien connue, lui ont permis de produire son premier album en trio, “Modern Times“. Le concert, avec Yoni Zelnik à la basse et Donald Kontoumanou à la batterie est destiné à présenter son travail et à les remercier. Rencontre quelques jours plus tard dans un café parisien.

         “Modern Times, c’est une vision de la modernité trempée dans la nostalgie. Ça évoque un peu un monde d’hier même si chaque génération a sa modernité “ Un monde dans lequel le pianiste a plongé tout jeune et à pieds joints lorsque, au sortir de l’enfance, tandis que ses camarades de lycée à Tel Aviv ne jurent que par les vedettes de la pop israélienne, lui s’abreuve de Count Basie et Duke Ellington qui resteront à jamais sa modernité à lui.

         “Modern Times, c’est le premier volet d’un projet, un espace de création et d’expérimentation qui fera aussi appel à la danse, au théâtre, aux lumières“ mais pour l’instant, c’est un premier album inspiré qui nous révèle un touché enchanteur d’une rare sobriété au service de mélodies fouillées. Abordant la musique dans sa globalité “ la dimension sociale, économique, politique est fondamentale dans la musique. J’apprécie autant son histoire que les sons et la création qui me touchent. Aujourd’hui, le jazz est devenu une musique savante, mais auparavant, c’était une musique populaire sur laquelle on dansait, ça permet d’appréhender autrement le swing. Je ne sais pas si ça fait de moi un meilleur musicien mais ça donne une perspective qui enrichit la musique“

         Le pianiste a débarqué en France en 2002 dans le cadre d’un échange culturel avec l’association qu’il animait à Tel-Aviv, “La Rive Gauche“, un collectif d’artistes engagés auquel le parti communiste israélien prêtait un local, un “lieu collectif et alternatif où l’on n’hésitait pas à passer derrière le comptoir pour servir au bar“. Il restera dans l’Hexagone. Et s’il sillonne parfois le monde, accompagnateur entre autres de ses copains, le contrebassiste Omer Avital ou le trompettiste Avishai Cohen, fines fleurs du jazz New-Yorkais, autant dire du jazz mondial, c’est au plus profond de la campagne française qu’il trouve un équilibre. D’abord à Trémolat dans le Périgord Noir, village niché dans une anse de la Dordogne que Chabrol porta à la postérité avec son film “Le Boucher“. Durant onze ans, fuyant l’urbanité, à des années lumières de Tel-Aviv la trépidante, il vivra “ autrement, peut-être un peu moins vite. J’avais envie d’essayer de créer et de m’impliquer à la campagne, dans la vie culturelle locale, d’intervenir dans les écoles. Ces expériences pédagogiques ont beaucoup contribué à ce que je peux apporter dans la musique. J’ai aussi beaucoup appris en jouant dans des petits bars à la campagne où capter l’attention d’un public qui n’est pas là pour vous demeure un défi. Dans l’écriture, même quand je crée des choses plus personnelles ou des formes plus abstraites, il y a toujours un souci de rythme, toujours essayer d’atteindre les gens, toujours raconter une histoire. Quand je fais de la musique, c’est important pour moi que cela se fasse là ou j’habite, dans l’école ou la maison de retraite du coin, c’est important que ça ne vive pas uniquement rue des lombards (rue des Halles où se trouvent les principaux clubs de jazz de la capitale)“.

         Et lorsqu’après onze ans dans le Périgord, il déménage, “ professionnellement, il faut se rapprocher de Paris mais je reste attiré par les endroits excentrés, je fuis peut-être quelque chose “, ce sera l’Yonne, un compromis à une encablure d’Auxerre.

         Et c’est de là qu’après deux ans de travail et de tournées, il se décide enfin à compiler ses expérimentations et ses humeurs, à nous faire aussi partager sa vieille modernité et sa nostalgie - celle d’un temps où le disque n’était pas moribond ?- en faisant appel au financement participatif pour élaborer son projet.

Modern Times“ vient desortir sur le label “Jazz & People“.

 

                                                     Patrick Artinian

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.