La ville rose et ses expulsés Syriens sans visage. Toulouse

Après avoir évacué l'immeuble HLM des Izards, à Toulouse, quelques semaines auparavant, la préfecture à décidé de passer à la vitesse supérieure. Et de profiter de la torpeur estivale pour agir en toute discrétion. Ainsi, avec un zèle particulier des forces de l'ordre, de nombreuses familles se retrouvent séparées et éloignées.

 MISE A JOUR 22/07/2016 : cf pied de page

Redonner un visage aux expulsés syriens de Toulouse © Patrick Batard Redonner un visage aux expulsés syriens de Toulouse © Patrick Batard

Mercredi 13 juillet 2016, 8h du matin.

Un grand bruit réveille en sursaut les habitants d'un petit appartement du quartier des Izards, à Toulouse. La police vient de défoncer à coups de pied la porte de ce squat. Tout le monde commence à paniquer, les enfants sont effrayés, les agents hurlent qu'il faut sortir. Un interprète irakien est là pour assurer la traduction des policiers, mais quand ceux-ci se mettent à insulter copieusement les syriens, il préfère garder le silence. C'est alors qu'ils entreprennent de vider l'appartement manu-militari : matelas, vêtements, mini-four, papiers, jouets… tous les effets passent par la fenêtre du 1er étage, pour échouer sur le sol trempé du palier.

Le logement évacué à été vidé de son contenu et muré. © Patrick Batard Le logement évacué à été vidé de son contenu et muré. © Patrick Batard

Des forces de l'ordre zélées

La présidente d'une association locale, qui passait par là en allant acheter des pâtisseries, et qui était déjà en contact avec ces familles, se retrouve malgré elle témoin de la scène -> lire le détail. Et lorsqu'elle tente de prendre des photos avec son téléphone, elle se retrouve violemment plaquée contre un mur par un policier qui essaye de lui arracher le portable des mains. Elle-même ex-policière, elle avouera n'avoir jamais vu d'agression gratuite similaire à celle-ci durant toute sa carrière. En état de choc, elle quittera rapidement la scène.

 

Relogement en hôtel

L'expulsion est alors signifiée aux familles, ainsi que leur relogement provisoire dans un hôtel de la ville. Ils doivent présenter leurs papiers, mais étant donné qu'ils viennent de déposer une demande de régularisation à l'OFPRA, leurs passeports y ont été conservés en échange d'un récépissé. Et celui-ci mentionne les adultes, mais pas les enfants d'Omar. Malgré les 3 enfants présents, on ne leur délivre un bon de réservation hôtelière que pour 1 chambre. Omar se retrouve donc avec 1 chambre d'hôtel de 10 m² pour 5 personnes. Et pour 5 nuits seulement.

Omar a été expulsé, alors qu'il pensait être en paix jusqu'au 1er novembre. © Patrick Batard Omar a été expulsé, alors qu'il pensait être en paix jusqu'au 1er novembre. © Patrick Batard

Pour toute la famille, c'est la consternation. Suite à leur dépôt de dossier à l'OFPRA, ils avaient reçu la visite d'un huissier quelques jours auparavant. Celui-ci, courtois, leur avait donné un avis d'expulsion, qui mentionnait qu'ils avaient jusqu'au 1er novembre pour quitter les lieux. Lorsque Omar montre cet avis aux policiers pour essayer d'expliquer sa situation, ces derniers se contentent de confisquer le document…

 

Une famille chassée par la guerre...

Omar a 39 ans. En Syrie, il était bijoutier, avec une bonne situation, une belle et grande maison. C'était il y a 4 ans. Avant qu'il ne quitte son pays.
En 2011, la révolution syrienne avait été avortée dans l'œuf. Et durant l'année qui a suivi, Omar a assisté impuissant à l'enfoncement du pays. Le déchaînement sanguinaire de Bashar Al-Assad contre son peuple. Les exactions arbitraires. La guerre.

...qui a choisi la France pour ses valeurs.

Plus rien ne pourra redevenir comme avant dans son pays. Après une année de descente aux enfers, il prends la décision de partir; il s'agit d'une question de survie. Il part pour l'Egypte; puis la Libye, l'Algérie, l'Espagne, et la France. 3 années pour regagner le pays qu'il a choisi.
Lorsque certains lui parlent des aides accordées par les pays d'accueil, il répond que s'il avait voulu aller quelque part pour de l'argent, ça aurait été l'Allemagne ou un pays du nord de l'Europe, bien plus généreux. Mais la France, à l'époque, il l'avait choisie. Pour ses valeurs. Pour la Liberté, pour l'Egalité, pour la Fraternité… L'espoir d'une reconstruction apaisée.

Omar, dans la cour où habite son père - une maisonnette prêtée par un marocain - © Patrick Batard Omar, dans la cour où habite son père - une maisonnette prêtée par un marocain - © Patrick Batard

Son père, à son arrivée en France à peu près à la même période que Omar, loge dans une maisonnette toute proche. L'habitation prêtée par un marocain était déjà occupée par 2 autres familles. Une dizaine de personnes dans une chambre et un salon. Tout le monde se retrouve dans la cour, pour conserver les liens familiaux si importants.

Omar et son père © Patrick Batard Omar et son père © Patrick Batard

Et ce soir, Omar et sa femme vont regagner leur chambre d'hôtel, avec 2 de leurs enfants. Leur fille aînée va rester dormir chez son grand-père. Et pour Omar, ce sera quelques bribes de sommeil à-même le sol, pendant que sa femme partagera le lit avec les 2 enfants.

 

L'espoir perdu.

Aujourd'hui, Omar n'a plus le moral, et est inquiet pour sa femme. Malgré le sourire pincé pour la pose photo, Aminah déprime. Elle a des malaises et des contractions à 1 mois du terme de sa grossesse.

Aminah, avec ses enfants et neveux, est enceinte de 8 mois. © Patrick Batard Aminah, avec ses enfants et neveux, est enceinte de 8 mois. © Patrick Batard

Et le couple ne sait vraiment pas où il sera dans une semaine, avec leurs enfants.

Le sale sentiment que leur destin n'est plus entre leurs mains. Ni entre les mains de quiconque. Le sentiment d'une vie en errance, comme une coquille de noix brinquebalée par des vents hasardeux.
Avoir traversé tant d'épreuves, pour rien. Etre devenu une statistique au bas d'un tableau, avoir perdu de vue ce qu'ils étaient.
Etre devenus transparents, sans visage, aux yeux de tous.
 

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MISE A JOUR 22/07/2016
Une semaine après la publication de cet article, et plusieurs réunions à l'OFII et la PREFECTURE avec des associations locales, les choses avancent. Un logement en CADA va être prochainement proposé à Omar, Aminah et leurs enfants; mais surtout, après avoir beaucoup insisté, une deuxième chambre d'hôtel leur a été attribuée.
Ainsi, la famille peut, après une semaine d'angoisse, enfin passer des nuit plus calmes, en famille sous le même toit... L'espoir revient.

(un grand merci et bravo à Bouzid, bien sûr, qui a su faire avancer les choses de main de maître, et Association Solidarity Union)

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