Téléphone : je rêvai d’un autre monde ... pour la Caisse des Dépôts

Le directeur de la Caisse des dépôts, Jean-Pierre Jouyet, a écrit un livre décalé, sympathique et drôle « nous les avons tant aimés » ou la chanson d’une génération, avec en parallèle deux hit-parades, celui des politiques et celui des chanteurs. Dans l’éventualité d’une réédition je lui suggère bien amicalement de rajouter « un autre monde » du groupe Téléphone dans son répertoire. La guerre des télécoms en France aura bien lieu, à coups de milliards, destructrice d’emplois et de valeur, au détriment des investissements d’infrastructures nécessaires, notamment pour les territoires les moins bien desservis. Hier Samedi sur France Inter, Jean-Pierre Jouyet,, également Président de la BPI a encore essayé de peser pour la solution Bouygues, à laquelle il apportait tout le soutien financier de la « maison » à laquelle je suis fier d’appartenir depuis 26 ans. Le conseil de Vivendi a maintenu son premier choix et décidé de vendre SFR à Numéricâble. Pour rappel historique la CDC avait vendu sa filiale câble à … Numéricâble … « Mais qu’allait faire Jean-Pierre Jouyet dans cette galère ? ». Certes le gouvernement apportait tout son poids lui aussi à la solution Bouygues, mais n’est-ce pas justement une fois de plus montrer la proximité de la CDC avec le pouvoir, et soumettre aux critiques notre institution ? Au nom de la CFDT j’ai interpellé Jean-Pierre Jouyet Jeudi à la réunion avec les partenaires sociaux du Groupe CDC précédant la présentation des résultats 2013 à la Presse, non pas sur le choix de tel ou tel opérateur, mais sur les « risques d’image » de retour à une politique interventionniste. Les réponses de Jean-Pierre Jouyet sur sa conviction de la nécessité de trois opérateurs et non quatre pour la stabilité du marché, son expérience du secteur télécoms, sa position d’actionnaire, tout cela c’est son job de patron, moi je suis un syndicaliste et ne suis pas dans la cogestion. Quelles conséquences pour les personnels ? Je reste très marqué par le raid raté sur la Société Générale du directeur général de l’époque Robert Lion : c’était ma première année à la CDC, et la « maison » avait bien failli être démembrée. Une très grande partie des personnels faisant alors partie de la DABF, Direction des Activités Bancaires et Financières « ont payé les pots cassés » de cette politique aventureuse. En sera-t-il de même demain avec la BPI ? Les missions de l’Etablissement Public sont incontestables lorsqu’elle garantit l’Epargne des français et la gestion de mandats (retraites, bancaire règlementé, livret A etc.), mandats confiée à la CDC justement pour son impartialité et le professionnalisme de sa gestion. C’est clairement l’orientation prise par Jean-Pierre Jouyet dans son nouveau plan stratégique, et les perspectives pour 2014 vont dans ce sens : obtention de la gestion du compte personnel de formation, élargissement du champ des projets financés par le fonds d’épargne, obtention en cours de la gestion des comptes bancaires inactifs ou des contrats d’assurance-vie en déshérence etc. Et pourtant plus de la moitié des fonds propres de la CDC ont été sous son mandat mobilisés pour capitaliser la BPI, la Banque Publique d’Investissement : il aurait été plus logique que cette « prise de risque », financière et surtout politique dans la téléphonie soit portée par la BPI et non par l’Etablissement Public CDC : Jean-Pierre Jouyet, président non exécutif de la BPI, quittera la présidence le 1er mai (fête du travail NDLR!). Un autre membre de la Caisse des dépôts va prendre sa suite. Dans une interview aux « Echos », il a notamment souligné que : « ces deux fonctions ne sont pas évidentes à combiner », indiquant aussi qu’« il n’est pas toujours aisé d’avoir un hémisphère droit, celui de la défense des intérêts d’actionnaires de la Caisse des Dépôts dans bpifrance, et un hémisphère gauche, celui de représenter bpifrance dans son entièreté ». Désormais, le directeur général de la Caisse des dépôts indique avoir «le sentiment du devoir accompli». «Compte tenu du renouvellement de son conseil d’administration, il me parait sage qu’il y ait un nouveau président », a-t-il aussi indiqué samedi matin sur France Inter. Jean-Pierre Jouyet a dit publiquement qu’il ne ferait qu’un seul mandat à la tête de la CDC : cela lui donne une grande liberté pour la deuxième partie de son mandat jusqu’aux prochaines élections présidentielles : maintenant qu’il pourra mobiliser ses deux hémisphères, droit et gauche, au bénéfice de la CDC, j’espère sincèrement qu’il mettra en pratique les paroles d’une autre chanson du groupe Téléphone : "Ça (c'est vraiment toi) ". Les personnels de la CDC méritent un patron à temps complet avec ses deux hémisphères au service de la « Foi Publique », devise de notre Etablissement bientôt bicentenaire. Patrick Borel, secrétaire général CFDT CDC Droits Privés

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