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Patrick Castex

Économiste, sociologue et HEC à la retraite (maître de conférence à l’Université Dauphine et membre du Cabinet Syndex, expert-comptable spécialisé dans le conseil aux Comités d'entreprise et aux syndicats de salariés), il s’occupe, depuis une dizaine d’années, de promouvoir l’Indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie. Il s’est mis en outre à écrire autre chose que de savants traités...

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Billet de blog 1 février 2024

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Le Maire en Calédonie : contre la "doctrine nickel". La "Découverte du pot aux roses"

La "découverte du pot aux roses" met fin au suspense… Pourquoi les 3 usines métallurgiques ne furent jamais rentables (sauf pour la SLN lors des prix élevés du nickel) ? Tout simplement car les capacités théoriques ne furent jamais atteintes, et de très loin ! Et pourquoi donc ? Les actionnaires de ces usines sont responsables et coupables ; mais gardons encore un peu de suspense…

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Économiste, sociologue et HEC à la retraite (maître de conférence à l’Université Dauphine et membre du Cabinet Syndex, expert-comptable spécialisé dans le conseil aux Comités d'entreprise et aux syndicats de salariés), il s’occupe, depuis une dizaine d’années, de promouvoir l’Indépendance de la Kanaky Nouvelle-Calédonie. Il s’est mis en outre à écrire autre chose que de savants traités...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

C’est la troisième et dernière partie de ce billet, en trois blocs, avec conclusions et annexes... Mais le lecteur, comme nous, restera sur sa faim : pas encore de solution trouvée fin janvier 2024... (Ni le 20 février...)

3 - Enfin, le pot aux roses est découvert

On met ici en relief deux phénomènes d’importance croissante.

31 - Le ratage récent de deux coches par le secteur nickel calédonien

Le premier phénomène (rarement mis en relief) est que la Nouvelle-Calédonie a raté récemment deux coches : quand les prix s’écroulaient, les volumes de production de nickel augmentaient (rien de bien curieux, car la hausse des productions mondiales à laquelle le Caillou participait, était la cause première de l’effondrement des cours[1], à cause de l’essor indonésien) ; mais surtout, spécificité du Caillou,  quand les cours se reprenaient, ces volumes chutaient, entraînés essentiellement par ceux de la métallurgie, pendant la fameuse période 2019-2021 très exceptionnelle (prise en compte, radotons, par les anti-doctrine nickel Macron-Le Maire...). L’exception de 2022 est due au net redressement de cette dernière (boostant aussi des volumes de minerai nécessaires)[2].

Rien de bien nouveau (premier graphique à gauche) : effet ciseaux indiqué plus haut pour les exportations, si la production de minerai est en gros stable jusqu’en 2022, la production métallurgique s’écroule de 2019 à 2021, et pas qu’un peu ! Pas de choix d’une Target Economy, donc la volonté de garder un revenu stable (les valeurs ne se sont pas écroulées comme les volumes pour la métallurgie, grâce aux effets prix positifs) ; simplement des contraintes de production : techniques surtout, mais aussi sociales avec des grèves et l’arrêt pendant quelques mois de la production à Goro (pendant la passation de pouvoir entre Vale NC et Prony Resources indiqué par les graphiques de notre introduction) ; mais également météorologiques. Elles ont fait chuter les productions (sauf celles de minerai…) quand les cours du nickel augmentaient.

Les deux autres graphiques (au centre et à droite) montrent encore le caractère très spécial de la période de l’effet ciseaux de 2019 à 2021.

Illustration 1

32 - Last but not least : les productions métallurgiques n’atteignent toujours pas, aujourd’hui, les capacités théoriques programmées en 2005 ; d’où une hypothèse très personnelle mais étayée

Le troisième phénomène pas du tout mis en relief mais qui me semble pourtant le hic central de la problématique de la stratégie nickel, est tout simplement le suivant : la production métallurgique, malgré l’apparition des deux nouvelles usines, n’atteint pas, et de très loin, les capacités théoriques (195 KT) prévues en 2005[3] lors de la conception de ces dernières.  Bien sûr, ces annonces étaient peut-être de la com’... mais elles étaient annoncées ! Et c’est encore le cas aujourd’hui près de vingt ans après la conception des deux nouvelles usines. Juste un petit graphique pour introduire le sujet… Un dessin valant mille mots, constatons seulement que la situation de 2018 était moins pire que celle du profond creux de 2021 et que KNS double sa production depuis l’abysse de 2021.

Illustration 2

Pas de chance : ce sont des choses qui arrivent ! Pas du tout : c’était parfaitement prévisible ! Mais laissons encore un peu de suspense…

À cette époque (on a plus haut introduit rapidement ainsi notre sujet) était en effet prévue pour chacune des deux nouvelles usines, une capacité annuelle de production de 60 KT ; pour ne pas rester à la traîne, la SLN avait annoncé son Plan 75 000 tonnes pour booster sa production. Bref, on allait voir ce qu’on allait voir, quand les deux usines produiraient (certes après avoir essuyé quelques plâtres…) : produire pas loin de quatre fois la production (autour de 50 KT, celle de la seule SLN) de la fin des années 2000 ! On n’a pas vu du tout ce qu’on allait voir ! Et c’est, à mon humble avis, la principale cause du cauchemar actuel qui couvait depuis un quart de siècle (mais caché par les cours élevés du nickel) mais saute maintenant à la figure. Heureusement, rétorqueront les nouveaux partisans de la priorité à l’exportation de minerai, celle-ci a permis de sauver les meubles ; c’est vrai, mais

* La situation actuelle globale

Illustration 3

Le « mais… » mérite un éclairage ; de même que l’inclusion dans le graphique précédent de la production de minerai hors consommation intermédiaire des usines qui semble arriver comme un cheveu sur la soupe. On peut le percevoir avec le graphique suivant qui mérite cependant aussi quelques explications (les mots peuvent aider à comprendre un graphique apparemment farfelu…) ; on se limite dans un premier temps à la période récente 2018-2023 qui éclaire toute la problématique de la discussion actuelle autour de la stratégie nickel et a été privilégié (à tort) par l’IGF qui n’a pas (et c’est bien dommage) développé la question de la surprenante sous-utilisation des capacités théoriques des trois usines.

La production totale du Caillou[4] (en nickel contenu) est, rappelons-le, la somme de celle de la métallurgie (bien loin des capacité théoriques) et de la production de minerai (hors celle nécessaire aux trois usines) donc pour l’exportation (aux variations près de stocks, non négligeables) : on atteint alors, par la somme des deux, et on dépasse même la capacité métallurgique théorique. Ce qui n’a évidemment aucun sens objectera-t-on : attendez un peu !

La production des usines n’est que d’un peu moins de 60 % des capacités (en 2018 et 2019, mais aussi en 2023) mais de seulement 40 %, avec le profond creux de 2021) !  Dans le même temps, la production de minerai pour l’export est stable, autour d’un peu moins de 60 % des capacités métallurgiques ; encore une fois un ratio farfelu !

Deux ratios farfelus ; certes, mais attendez encore la fin du raisonnement !

On a déjà remarqué que la production totale de minerai se partage, en gros, entre celle nécessaire à la métallurgie (dont le volume, aux pertes près du processus industriel est le même en nickel contenu) et celui des volumes exportés ou stockés (en général un peu supérieurs). Et l’on arrive à la fin du raisonnement : si les usines avaient tourné au double de leur production réalisée (ce qui est possible en régime de croisière compte tenu du minerai disponible ; mais ne le fut pas pour des raisons indiquées plus bas…) on aurait été proche des capacités théoriques. On objectera avec raison, qu’avec des « Si »… D’autant plus que les minerais exportés et transformés sont différents, en teneur, en répartition géographique et en nature (tous les minerais exportés ne peuvent être transformés, pour le moment – c’est un détail de la doctrine nickel devenu code minier : ils doivent être conservés – dans les trois usines) ; mais il resterait encore un tonnage disponible à l’export (le graphique l’indique pour la période récente) certes beaucoup plus faible. 

Illustration 4

* À long terme, l’évolution, selon la même démarche, est intéressante : le taux d’utilisation des capacités théoriques n’a jamais été atteint : ni, bien sûr, par les métallurgiste du monde réel (la période récente n’est ainsi pas particulière à cet égard) ; ni si (notre scenario idéal…) les minerais disponibles avaient été pleinement utilisés

Ce n’est que vers le milieu des années 2010, quand les deux nouvelles usines commencent à produire que les capacités (toujours avec nos si…) auraient été atteintes et même dépassées.

Illustration 5

* Mon hypothèse très personnelle (mais donc déjà étayée par ce graphique ci-dessus) est la suivante : et si avait été prévu, lors de la conception des deux nouvelles usines, vers 2005, d’absorber la totalité des disponibilités en minerais de nickel ? Où ces prévisions étaient farfelues (du domaine de la com’ politique, avec la surenchère de la SLN) ou elles ne l’étaient pas trop...

Le nœud du problème est donc la question du fiasco de la production métallurgique en termes de réalisation de la capacité théorique. Même si cette capacité théorique était peut-être, répétons-le, de la com’ (ce qui n’est pas improbable…) c’est celle qui fut annoncée : point !

La réponse est moins claire, mais elle peut s’expliquer par le manque d’investissements de qualité financés par les trois groupes. Par le Français, Eramet pour la SLN, et par les multinationales étrangères successives pour les deux autres usines).

Eramet et la SLN (et avec le soutien de la majeure partie des politiques locaux) ont préféré le versement de plantureux dividendes à la fin de la période de boom, au début des années 2010) au réinvestissement local pour atteindre le Plan 75 000 tonnes. Eramet, qui ne veut plus mettre un sou à la SLN mais ne dit pas (quoique...) tout vouloir laisser tomber en Calédonie, investit là où il faut : en Indonésie[5] ! Auparavant (jusqu’au début des années 2010) les bénéfices de la SLN coulaient à flot et avec eux les dividendes versés, à sa mère mais aussi à la Calédonie qui possède une minorité de blocage de 34 % à travers la STCPI (Société Territoriale Calédonienne de Participation Industrielle représentant les trois provinces). Pourtant, l'usine de la Vieille Dame était bien vieille...

Les deux autres groupes métallurgiques ont donné dès la conception des usines dans l’investissement low cost (Usine du Nord où les fours étaient peu adaptés et autres péripéties) ou dans une technologie très récente (l’hydrométallurgie par traitement chimique à Goro) ou très mal fichue. D’où une longue, très longue période de plâtres à essuyer… Investissements low cost certes, mais qui ont néanmoins coûté une blinde, singulièrement pour KNS ; l’un n’empêchant pas l’autre.

Mais en quoi l’utilisation à plein des capacités théoriques aurait-elle doper les rentabilités ? Fastoche : les coûts des usines[6] sont souvent des coûts fixes ! C’est une évidence pour le coût du travail des trois usines du Caillou ; ce l’est beaucoup moins pour l'énergie.

Illustration 6

Mais le coût du travail n’est pas le plus élevé : il ne compterait (selon le Rapport IGF) que pour environ 12 % en moyenne (mais avec une large fourchette selon les usines) des coûts totaux. C’est le coût de l’énergie (d’où la carotte annoncée par Le Maire de grandement le faire baisser) qui ferait la principale différence avec l’Indonésie (où l’énergie, produite par des centrales au charbon, serait subventionnée) : il compterait en moyenne pour 50 % des coûts. C’est probablement un coût croissant avec le tonnage traité,  mais sans doute pas proportionnel : là aussi, la production à pleine capacité améliorerait les rentabilités, mais beaucoup moins que pour le travail. Le coût de l’énergie est bien l’une des variables clés de la rentabilité des usines.

Illustration 7

On a tenté une simulation pour évaluer, avec nos si, la rentabilité des usines. Nous ne la donnons pas ici car le doigt est très mouillé. Cependant, avec de tels coûts fixes (ou presque pour l’énergie) la conclusion est évidente : le rapport de l’IGF aurait été très différent et la doctrine nickel faite loi ne pourrait être mise à bas.

Conclusions ; diverses et variées, et en plusieurs temps...

La stratégie nickel ne peut être fondée à partir de l’analyse d’une période très particulière (2019-2021, période de récession économique grave due en grande partie à l’effondrement de la production métallurgique, mais aussi à la pandémie de la COVID 19) où, en effet, l’exportation de minerai apparaissait plus rentable pour le Caillou que celle de nickel déjà transformé par les métallurgistes, évidemment sans tenir compte du coût financier du transport et de son coût écologique. Pourtant, même pendant cette période très particulière, il n’y avait toujours pas photo en termes de valeurs à l’export et de prix unitaires.

C’est pourtant cette période qui a été choisie pour tenter (et ça risque d’être réussi…) de mettre à bas la doctrine nickel des indépendantistes devenu Loi de Pays et, en passant, la volonté d’indépendance d’environ la moitié de la population.

On se contentera d’abord ici, pour rester bien élevé (dans un premier temps) de reprendre presque mot pour mot en le paraphrasant, ce qu’écrivait, concernant la CTC, le Canard enchaîné local, Le Chien Bleu.

Comment l’IGF, Macron et Le Maire peuvent-ils écrire de telles âneries ? On peut se demander ce qui explique leur véhémence. Nous n’osons pas imaginer qu’elle soit mue par une volonté de nuire à la doctrine nickel et à sa transformation en Loi de Pays. On ne peut que s’interroger sur la compétence des inspecteurs des finances rédacteurs de ce travail et des deux énarques Macron et Le Maire. Il serait intéressant de faire expertiser ce rapport et les prises de position politique qui en découlent par un organisme spécialisé indépendant et … étranger. Si nous avions l’argent pour cela, nous le ferions sans hésiter.

Ou encore.

Doctrine nickel : des arguments faiblards ! Le rapport de l’IGF, repris par l’État est opposé à la fameuse doctrine nickel. Est-ce une vision industrielle, un calcul politique ou une méconnaissance des métiers de la mine de la métallurgie ?

Un dernier mot (ou presque....) cependant. Les trois grands groupes métallurgiques vont bien, tellement bien qu’ils abandonneraient bien, comme l’a fait le Groupe Vale, leurs filiales sur le Caillou avec leurs piètres performances. La France est prête à payer pour éviter cette cata… et ils le savent. Pourtant, Le Maire, Macron et l’IGF savent qu’elles sont belles et qu’un actionnaire peut également sortir le carnet de chèques ; au moins Darmanin l’avait laissé entendre[7] lors de sa visite sur le Caillou en mars 2023. Eramet-Jean qui rit à Paris[8], SLN-Jean qui pleure à Nouméa, Glencore et Trafigura ; et quelques derniers dessins assassins pour le montrer.

D’abord, Eramet est un nain, comparé aux grands du secteur mondial.

Illustration 8

Ensuite, les bonnes santés des deux groupes, comparées à leur filiales.

Illustration 9
Illustration 10
Illustration 11

Et Le Maire ressort le carnet de chèques (que pourtant Macron et Darmanin affirmaient, répétons-le, ne plus vouloir sortir) pour financer ce que Vale ne voulaient plus financer et ce que Glencore et Eramet ne veulent plus financer après avoir fait du low cost (pourtant coûteux) dans leurs investissements qui ne leur permirent jamais d’atteindre leur pleine capacité de production. On comprend qu’ils ont mieux ailleurs en illustrant les taux d’EBE ramené au chiffre d’affaires pour le géant minier Glencore et KNS, pour le gros trader Trafigura et Vale NC[9] / Prony Resources et pour le petit Eramet et sa fille SLN plus du tout chérie : l’amour filiale, c’est fini !

Les trois grands groupes semblent seulement attendre la manne de l’État ; et Le Maire ne leur a pas vraiment mis la pression !

Sonia Backès rassurait[10], le 5 janvier 2024 en recevant une délégation de patrons sous-traitants et de salariés manifestant devant l’hôtel de la Province Sud, mais toujours sans exiger des actionnaires de mettre la main à la poche. Philippe Gomès[11] est encore l’un des seuls loyalistes à mettre le doigt sur ce curieux oubli de Le Maire, en exhortant l’État à « donner des instructions aux actionnaires », et au moins à Eramet, dont il est actionnaire. « Pourquoi Eramet n’investit pas dans la SLN ? Le groupe a fait 180 milliards de francs de bénéfices l’an dernier. Il va investir 240 milliards à l’échelle de la planète. Et en Nouvelle-Calédonie, rien ? Il y a quand même un petit problème... ». Et c’est la position du Parti Calédonie ensemble. 

Le carnet de chèques des contribuables français (déjà, juste pour éviter les trois faillites annoncées, 18 % du PIB calédonien) pour sauver ce qui peut l’être, sert surtout à tenter de sauver politiquement la Calédonie française par le chantage aux indépendantistes.  

Que va-t-il se passer ? On devait[12], éventuellement, connaître le résultat des négociations sur le Pacte nickel le jeudi 18 janvier 2024 ou le vendredi 19. Les loyalistes affirmaient que c’était bien parti[13] ; on attend encore les réactions des indépendantistes. Enfin, certains syndicats (pas tous, loin de là) se réveillent le 19 janvier[14]. Mon petit doigt[15] me disait qu’il y aurait accord et que le pari de Macron-Le Maire du « préalable minier à l’envers » et de la mise à bas de la « doctrine nickel » et de son code minier ne serait pas gagné, ou seulement à moitié... De temps en temps, ce petit doigt peut se tromper...

Enfin, nos experts tant attendus se sont fendus d’un communiqué, vendredi soir 19 janvier. Ça ne va pas bien loin et peut se résumer par le titre d’un premier article, Projet de pacte nickel : les actionnaires des usines calédoniennes sont priés de faire un effort aussi[16]. La fin de l’article est claire, et n’est pas une surprise : « Dans l’attente des différentes positions. En substance : tout le monde doit faire encore un effort. Y compris les actionnaires. Sachant que, moins d’une demi-heure après ce compte rendu, un autre communiqué (au nom de la province Sud, l’État et Prony Resources) faisait savoir que pour l’usine du Sud, "la recherche d’un nouveau partenaire est d’ores et déjà engagée"[17]. En tout cas, "au terme de ces retours", le groupe de travail nickel doit poursuivre les discussions et se réunir "pour finaliser le projet de pacte" ».

Ce "nouveau partenaire" va-t-il remplacer Trafigura ou s’y ajouter au capital ? De toute façon, Trafigura n’est pas prêt d’abandonner facilement son contrat de commercialisation où il semble se goinfrer, avec ou sans "changement de partenaire"... Ce n'est pas qu’un détail de l’histoire !

Un autre article[18] sur le même sujet (publié plus d’une heure plus tard) était un peu plus direct, précis et pessimiste[19], ne serait-ce que par son titre : Le groupe de travail sur le nickel demande un effort financier aux actionnaires des usines. Mais aussi par son contenu : « Pour éviter leur fermeture, le groupe de travail sollicite un énième soutien financier des actionnaires. Le constat est amer pour les membres du groupe de travail sur le nickel. Ce vendredi 19 janvier, après trois jours de réunions, l’ensemble des mesures et des solutions envisagées pour sauver la filière laisse apparaître "un besoin de financement d’envergure non couvert à ce stade pour l’année 2024", ont-ils indiqué dans un communiqué conjoint. Réunis depuis mercredi, les représentants de l’État mandatés par le ministre de l’Économie Bruno Le Maire, les collectivités et institutions calédoniennes (gouvernement, Congrès, provinces), les trois usines, leurs actionnaires et des syndicats professionnels ne sont pas parvenus à trouver un modèle permettant aux entreprises métallurgiques du Caillou d’échapper à la cessation de paiements qui les menace ».

Échec (définitif ou provisoire) de la mission ? Et je laisse mon petit doigt...

Mais Sonia Backès semblait, peu avant notre bouclage, avoir le dernier mot[20] grâce, après un long reportage sur cette grève, une longue interview sur le JT de Calédonie la première[21] le 19 janvier à 19 H 30. Elle regrette pour la première fois, mais seulement du bout des lèvres, que les actionnaires se fassent tirer l’oreille pour participer à l’effort financier, mais explique (elle n’a pas tort) que la concurrence de l’Indonésie est la contrainte principale de la situation. Elle ne dit pas « No future » mais le laisse à penser ; heureusement, il y a l’État et ses subventions, notamment pour faire baisser le coût de l’énergie...

Calédonie ensemble n’a pas laissé le dernier mot à Sonia Backès ; il a publié sur sa page Facebook du 21 janvier : Dans un communiqué publié hier signé par l’État, la province Sud et Prony Resources constitue l’acte de décès de l’Usine du Sud version « accord historique » de 2021[22]. Gomès n’y va pas par quatre chemins, entre autres : « Apothéose le 05 mars 2021, où les économistes Loyalistes en culotte courte - Backès, Metzdorf, Brial, Brieuc Frogier, Ruffenach, Blaise etc... - nous annonçaient “un accord historique” permettant d’entrevoir “une stabilité durable” mettant en place un nouveau “modèle minier ”… Le “durable” a duré moins de trois ans... » ; très en verve, il continue : « Nous avions dénoncé cet accord signé entre la province Sud, le management et Trafigura. Nous rappelions qu’un “partenariat industriel est essentiel pour garantir la pérennité de l’Usine du Sud” […] afin de “maîtriser un process extrêmement complexe et d’être plus compétitif face à la concurrence” (Communiqué CE du 05 mars 2021). Nous affirmions également dès 2021 “que l’accord est muet sur la question de la couverture des risques financiers. Ni Trafigura, ni Tesla ne s’engagent à prendre en charge - pour le compte des intérêts Calédoniens - les pertes d’exploitation éventuelles dans les années à venir” (Communiqué CE du 05 mars 2021). Faute de partenaire financier, le “modèle” de l’Usine du Sud était mort-né. Nous avions proposé en 2020 une nationalisation temporaire de l’Usine du Sud, le temps de construire une solution robuste… Peut-être est-il enfin temps - après cet invraisemblable fiasco - d'y réfléchir... ».

Et le second post, à la même date, beaucoup plus politique : on se tue à vous dire que c’est lié ! Gomès critiqua très calmement mais sèchement un loyaliste radical ; le parti CE de Gomès venait en effet de voter un texte progressiste avec les indépendantistes : « … nos collègues sur la partie gauche [du Congrès] qui considèrent que voter avec les indépendantistes, c’est déjà être à moitié indépendantiste, [… ] on a eu à ce titre là une observation que j’ai trouvé très déplaisante  [de Philippe Blaise] :On ne peut s’empêcher de penser que [la] connivence de CE [Calédonie ensemble] avec les indépendantistes a tout d’une danse nuptiale politique […] pour nourrir sa démarche solitaire de négociation avec le FLNKS” ». Gomès rappelle qu’une autre « danse nuptiale politique » est prévue, mais en catimini, de ces loyalistes avec les indépendantistes en début de semaine prochaine…

Calédonie ensemble y est revenu le 23 janvier, dans une conférence de presse[23] ; il précise sa stratégie : l’État doit augmenter sa participation dans le capital d’Eramet, ou, plan B, se substituer à Eramet dans la SLN.

Calédonie ensemble va-t-il finir par choisir entre ses deux danses nuptiales qu’il alterne entre les deux camps ? Mais c'est un autre sujet qui mérite attention.

Ça ne s’arrange en fait pas, cet accord sur le pacte nickel : « … les perspectives sont mauvaises » indique un article de La Voix du Caillou[24] du 24/01/2024, Inquiétude pour l’usine du Nord, on parle de mise en sommeil. Et pas seulement pour les métallurgistes : « […] à la NMC, [le mineur qui alimente POSCO, PC] des réductions de salaire intervenant à compter d’avril pourraient être prises, de même que la fermeture de certains sites miniers, on parle de Kouaoua ». Mais il y a pire, indique l’article : « Mais voilà que l’hypothèse de la mise en sommeil de l’usine du Nord est désormais sur la table », la raison en serait le quasi-échec du groupe de travail sur le nickel[25]. Un autre article dit la même chose, mais précise que Darmanin pourrait revenir en février sur le Caillou[26]  « à condition qu’un consensus se dégage autour d’un projet d’accord »[27] indique le ministre. Autrement dit, la solution qui devait être trouvée début janvier attendra…

Cette hypothèse n'est pas qu'une rumeur, en témoigne la copie ci-dessous du communiqué de Neil Meadows, le président de KNS :

Illustration 12

Les commerçants de Koné (le grand « village » proche de l’usine du Nord) s’inquiètent évidemment ; certains pensant néanmoins à une sorte de poker menteur pour débloquer la situation.  Et la grève s’est déroulée le 25 janvier, comme prévu : Nickel : une journée de grève dans le calme, note la presse locale... Les syndicats de salariés dans leur ensemble n’ont pas manifesté, seule la CGC-nickel participa aux petits rassemblements.

Pour changer de sujet, notons que personne ne met en relation la grande panne électrique (en gros 6 heures de coupure) qui a touché le sud du Caillou le samedi 20 janvier (en gros les 2/3 des habitants !) ; panne due à un incident dans les fours de la SLN. Quand on vous dit qu’elle devrait investir... Est-ce un signe du diable, juste après l’indécision des experts du Pacte nickel ?

 ...

Dernières remarques (on nen finira jamais avec ce billet !) avant de boucler pour remettre en relation l’économique et le politique.

Les Petits mineurs ont toujours eu une vue à court terme, très opportuniste : dans la logique des bons coups… Pour les métallurgistes également mineurs, exporter les écarts d’extraction à faible teneur (qui sont aujourd’hui stockés sur mine) n’est pas absurde dans un contexte de besoin de cash à court terme  - c’est ce que propose Le Maire -  mais ne peut être un élément de stratégie à long terme que résume la doctrine nickel faite code minier. En revanche, la logique de mineur (comme l’était Falconbridge avant son remplacement par Glencore à l’usine du Nord) est bien différente : le temps se compte pour le premier en décennies ; ce qui a sans doute été effacé par la logique de financier, puis de trader du second dont le temps se compte en années sinon moins… Et Glencore menace de jeter l’éponge comme l’a fait Vale qui est pourtant un industriel !

Reste une autre question peu éclaircie par le Pacte nickel proposé par Le Maire : il semble que le Palika (même si le mot socialiste n’apparaît pas dans l’intitulé du parti, contrairement à celui du FLNKS) était favorable à une structure financière « Pays » chapeautant l’ensemble de l’activité minière et métallurgique, logique collectiviste nationale ; la STCPI (La Société territoriale calédonienne de participation industrielle) qui contrôle 34 % de la SLN en était l’embryon. Et l’on se permet encore un retour en arrière : en 2016, mais qui éclaire parfaitement le débat actuel. Le président de cette STCPI, André Dang conditionnait déjà la proposition d’un prêt de l’État à une augmentation de capital de la SLN par Eramet (56 % du capital de la SLN) et par le japonais Nisshin Steel (10 %)[28]. Bien sûr, aucune réponse positive d’Eramet qui a fait une croix sur la SLN lorsqu’elle a investi à Weda Bay, c’est pourquoi, par exemple, elle a toujours reporté l’investissement dans la centrale électrique.

En outre, la hargne des loyalistes les plus radicaux contre la politique économique des indépendantistes de la Province Nord est encore apparue, comme un soutien à la stratégie Le Maire-Macron de détricotage de la doctrine nickel faite loi. En octobre 2023, le Congrès calédonien avait voté une redevance sur l’extraction et une taxe sur les exportations de minerai, avec une exonération partielle quand les exportations « sont effectuées vers une entreprise dont le capital est détenu majoritairement par une société d’économie mixte aux mains d’une province calédonienne » ; bref, vers des usines offshore dont le seul exemple est la SMSP avec POSCO ! Ce fut contesté par les loyalistes radicaux par deux saisines du Conseil constitutionnel au motif d’une inégalité devant l’impôt. « Pas de passe droit face à l’impôt ». Le titre claquait dans le communiqué du 16 octobre de l’intergroupe Loyalistes et du groupe Rassemblement, les loyalistes les plus radicaux ; il est vrai que les indépendantistes avaient introduit un amendement permettant aux mineurs de la SMSP (dont la NMC) exportant vers l’usine de POSCO de payer 30 % de moins de taxes que les autres mineurs.  Ils firent une saisine du Conseil constitutionnel, accompagnés par Sonia Backès[29].

La  SMSP avait réagi, considérant que cette loi était conforme à l’intérêt général du Pays[30]. Karl Therby rappelait que ces loyalistes n’ont pas attaqué une autre mesure dérogatoire, celle de « la redevance d’extraction prévue d’être appliquée aux sociétés en difficultés à hauteur d’un franc symbolique. Serait-ce un manque de connaissance du dossier nickel, une incohérence, ou une posture purement politicienne, n’ayant, elle, rien à voir avec l’intérêt général calédonien ? ».

Le Conseil constitutionnel, le 25 janvier2024, a donné tort aux loyalistes radicaux et raison à la SMSP au sujet de l’intérêt général  : cette loi de pays est conforme à la Constitution[31].

Toujours concernant la stratégie nickel, Gomès revenait sur ses intentions au JT de NC1ère du dimanche 28 janvier[32] où il prônait « l’État stratège, l’État actionnaire », pour prendre le contrôle de la SLN, ainsi que, pour l’usine du Sud, « une nationalisation temporaire ». Il faut, affirma-t-il que « l’État fasse an Calédonie ce que la Chine a fait en Indonésie ». Le Haussaire Louis Le Franc a précisé, le lendemain même[33], que le point de vue de l’État n’était pas le même que celui de Gomès : « Je ne suis pas là pour faire enfler une polémique avec Philippe Gomès, a-t-il indiqué, mais ce qu’il a dit n’engage que lui ». Voilà qui est dit ; et précisé : il a rappelé que la politique de la France, ce n’était pas les nationalisations[34]. Est-ce du domaine régalien ? Ce qui signifierait que le domaine économique, transféré, échapperait ainsi au gouvernement du Caillou. Gomès n’a pas tardé à réagir (sur le site Facebook de CE) ; il ne soulève pas notre interrogation concernant la remarque du Haussaire, mais nous propose un cours d’économie interventionniste digne de ce nom. On trouvera en note la totalité de sa réponse, ne serait-ce que pour son ton à tu et à toi[35]...

Enfin, pour revenir à la question institutionnelle du Caillou (très liée à la question de la stratégie nickel : c’est le principal argument de notre antithèse…) la contradiction entre les intérêts purement capitalistes et les intérêts géopolitique de l’État français semble être devenue beaucoup plus évidente aujourd’hui dans le contexte des crises mondiales (Ukraine, Taïwan, Moyen-Orient) ; on peut ainsi défendre l’idée selon laquelle il faut à tout prix maintenir le porte avion « Calédonie » dans le Pacifique Sud, le prix en serait la proposition de Pacte nickel (répétons-le encore, « préalable minier à l’envers » et détricotage de la « doctrine nickel » devenue, par le code minier, loi de pays) et les sous qui vont avec, à la condition qu’il soit accepté par les indépendantistes ; c’était compter également sans le refus des trois groupes métallurgistes de mettre la main à la poche.

Il ne faut pas exagérer cette question : en cas d’indépendance-association (plus exactement de pleine souveraineté avec partenariat (avec la France), le porte avion serait encore là !

À suivre donc… No future, compromis, crise avec les indépendantistes ? Quel suspense, cette stratégie nickel !

...

Dernières nouvelles (qui ne nous avancent guère…).

J’avais zappé, suivant le Pacte nickel comme le lait sur le feu, une intervention d’Harold Martin, ancien Président de nombreux gouvernements pendant les années 2010 (seuls les habitants du Caillou le connaissent ; avec quelques lecteurs de mes blogs…) sur la radio RRB (idem toujours…) le 2 février 2024, interviewé par Élisabeth Nouar (idem encore). L’annonce de RRB  est croustillante : « C’est la rentrée pour le magazine Transparence avec comme invité, Harold Martin, signataire de l’Accord de Nouméa et observateur toujours très attentif de la vie politique »
Martin nous livre son analyse sur les « différents sujets qui préoccupent les Calédoniens », notamment ceux du nickel et de l’avenir institutionnel. Ses délires sur l’avenir institutionnel mis à part (et sa fixette sur Alain Christnacht, l’une de ses bêtes noires ; idem, encore et encore) il a tout compris, affirme-t-il, de la stratégie des indépendantiste de la Province Nord (dirigée par une autre de ses bêtes noires, Paul Néaoutyine) : ils préparent l’arrivée de quelqu’un, « Le Chinois » (en français dans le texte). Mais ça vaut le coup de l’entendre ; voir :

Martin dénonce le positionnement des indépendantistes sur le nickel et l'Avenir institutionnel (youtube.com)

Puis le 7 février ; voir :

Nickel : l’État propose 24 milliards CFP pour venir en aide à KNS, et appelle Glencore et la province Nord à prendre leurs responsabilités - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)

Avec une question orale du député Nicolas Metzdorf à l’Assemblé nationale (il connaissait sans doute déjà la réponse…) le député avait estimé, dans sa question, que la « difficulté à sauver l’usine du Nord résult[ait] principalement dans l’absence de décision et d’ouverture du président de la province Nord [Paul Néaoutyine] ». Bruno Lemaire lui a répondu. L’État propose 24 GCFP d’aide à KNS (sur les 184 puis corrigées à 120 par le Haussaire au global pour éviter les faillites ; ou sur l’enveloppe globale qui n’a jamais été précisée) détaillés ainsi : plus de 7 GCFP de subvention sur le prix de l’énergie ; plus de 5 GCFP de ressources supplémentaires ( ?) ; près de 12 GCFP de prêt.

Mais il appelle Glencore et la Province Nord à prendre leurs responsabilités ; ce qui veut sans doute dire à minima un déblocage de Néaoutyine sur le détricotage de la doctrine-nickel-devenu-code-minier mais aussi peut-être des sous pour la SMSP. Il a précisé (ce n’est pas nouveau) : « Il faut qu’il y ait des industriels. Une usine ne peut pas fonctionner sans industriels. Et l’État ne se substituera pas aux industriels. […] Maintenant, c’est aux actionnaires de prendre leurs responsabilités. Nous n’irons pas plus loin, et nous n’allons pas subventionner à perte. Glencore et la province Nord ont leurs responsabilités à prendre, l’État a pris les siennes, il n’ira pas plus loin car c’est l’argent du contribuable ».

Les réactions aux sorties de Le Maire et Metzdorf furent rapides ; hormis quelques prises de positions syndicales, on retiendra celles de Gomès et de Néaoutyine. Voir :

KNS : entre espoir et plaidoyer, les annonces de Bruno Le Maire font réagir - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)

Le premier, dans une lettre ouverte au ministre, fait un véritable « plaidoyer pour l’usine du Nord » ; s’il craint « que ce ne soit pas suffisant pour [la] sauver. […] Elle le mérite ». Et il réitère que Glencore a été « un partenaire industriel exemplaire », contrairement à Eramet et à Trafigura. Gomès ne mentionne cependant pas la position de Néaoutyine quand à la doctrine nickel qu'il partage.

Le second a rompu une nouvelle fois son silence ; il salue l’aide annoncée mais s’interroge sur la demande à la Province Nord de prendre ses responsabilités. Il affirme que les seuls concernés sont les actionnaires de KNS (la SMSP donc et Glencore), et sans le dire, pas la direction de la Province Nord (qui, pourtant, contrôle bien la SMSP...) : « J’invite chacun à rester à sa place, dans ses compétences et ses responsabilités. Pour ma part, j’occupe la mienne » ; et il invite Metzdorf à « faire preuve de décence, de maturité, au lieu de tenir des propos puérils uniquement destinés à faire de la polémique sur un sujet qui concerne un peu plus de 1 800 emplois générés par l’activité de l’usine de KNS ».

Le débat politique des principaux acteurs continue…

Et en avant pour de nouvelles aventures…

NB .On attend la visite de Darmanin sur le Caillou fin février pour en savoir (éventuellement) plus... À bientôt !

Annexe 1

Illustration 13

Annexe 2

Illustration 14

Annexe 3

Illustration 15

Annexe 4

Illustration 16
Illustration 17

Notes de bas de page

[1] On retrouve la théorie du cycle du porc émise dans les années 1920 par un économiste allemand : quand les prix montent par insuffisance de l’offre, on essaie de produire, attiré par cette embellie, beaucoup plus de cochons (mais ça ne se fait pas en cinq minutes) ; quand on vend ce surplus de nouveaux cochons, les prix baissent par la surproduction ; et le cycle se reproduit. Cette théorie est parfaitement vérifiée dans les secteurs miniers et le pétrole.

[2] Pour comprendre le graphique suivant, il faut préciser que la production et les exportations de nickel concernent : d’une part les minerais ; d’autre part, les différents produits métallurgiques (non pas du nickel pur, mais des semi-produits à teneurs variables). Le volume d’extraction de minerais est en gros utilisé, on l’a déjà indiqué, pour une petite moitié (47 % à long terme ; 46 % depuis 2018) pour la transformation, et pour le reste exportée ou stockée. La production totale de nickel du Caillou en quantité n’est que la somme de ces deux productions, puisque les minerais utilisés par les trois usines sont pour elles des consommations intermédiaires.

[3] En 2015, ces capacités théoriques ont été révisées à la baisse, à 150 KT. On ne tiendra pas compte de cette révision, car on pourrait régulièrement faire de même pour montrer, qu’en fait, tout va bien ! D’ailleurs, Philippe Gomès (du parti Calédonie ensemble) rappelle et regrette que les trois usines ne produisent pas les 150 KT prévus en 2015 : « La SLN produit aujourd’hui 40 KT alors qu’elle devrait en produire 55, l’usine du Nord 25 KT alors qu’elle devrait en produire 50 et l’usine du Sud 35 KT alors qu’elle devrait en produire 45 ». Voir, sur ©NC la 1ère, son interview du 10 décembre 2023 :

https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/philippe-gomes-elu-caledonie-ensemble-dans-notre-pays-les-passages-en-force-ca-ne-nous-reussit-pas-trop-1449854.html

[4] Pas loin des exportations, mais aux stockages et déstockages près, pour chaque année, qui sont souvent importants.

[5] Eramet, après avoir investi en Indonésie, aux côtés du géant chinois Tshinghan, sur le site de Weda Bay (extraction et production pyrométallurgique, pleinement opérationnelles) ; projette depuis fin 2021, aux côtés du grand chimiste allemand BASF, de participer à un complexe hydrométallurgique (un peu comme à ValeNC / Prony Resources) une usine Nickel / Cobalt HPAL (High Pressure Acid Leaching) située également à Weda Bay, ainsi qu’un centre de raffinage (Base Metal Refinery) dont la location n’est pas encore déterminée. Bref, en 2026, 60 KT de Ni pour batteries : tout cela, Eramet l’explique dans son rapport annuel 2023 sur l’exercice 2022, mettant en avant son « ambition de devenir un acteur clé en Europe du nickel pour batteries ». On cherchera vainement ces faits dans l’exposé du préalable nickel à l’envers

[6] Ce n’est pas le cas, on l’a vu pour les Petits mineurs.

[7] Voir, sur le Web, l’article de DNC.NC du 10 mars 2023 :

Nickel : « Les usines et le modèle économique ne fonctionnent pas » – DNC.NC

Cet article indiquait : « Trois cent milliards de francs. Le montant de l’aide de l’État, accordée aux entreprises du nickel ces dernières années, est revenu telle une ritournelle au cours du bref séjour du ministre de l’Intérieur et des Outre-mer. “Je rappelle que l’État n’a pas la compétence sur le nickel et qu’il a pourtant dépensé 2,5 milliards d’euros sur six ans”, a insisté Gérald Darmanin, samedi 4 mars, en sortant du site de Doniambo. Ce qui fait le tiers d'un PIB annuel du Caillou; mais sur plusieurs années... L’article continue : « Et pas un centime de franc ou d’euro de plus ne sera déboursé tant que la Nouvelle-Calédonie ne se dotera pas d’un “projet industriel pensé et réfléchi”. L’ultimatum a déjà été formulé au cours du précédent déplacement ministériel, en novembre [2022]. Il faudra donc une stratégie à l’échelle du territoire rassemblant, du nord au sud, Koniambo Nickel, la Société Le Nickel et Prony Resources. “Les usines et le modèle économique ne fonctionnent pas très bien malgré le courage des élus et des salariés, note le ministre. Nous avons l’année 2023 pour travailler. C’est pour ça que l’État a décidé d’aider de nouveau la SLN (filiale du groupe Eramet dont l’État est actionnaire à plus de 28 %, NDLR)” ».

[8] Voir son dernier Rapport annuel 2022, publié en 2023 (et bien sûr connu de Le Maire et consort) ; il est vrai que 2023 sera moins brillant (par la baisse des cours des matières premières, pas seulement du nickel : d’où notre estimation de la profitabilité de 2023), mais il y tant de projets juteux actuels sur lesquels Eramet communique avec gourmandise (en Indonésie) et encore à venir (dont celui du lithium en Argentine).

[9] On laisse de côté le plus gros morceau, Vale, qui a jeté l’éponge le premier…

[10] Voir :

https://outremers360.com/bassin-pacifique-appli/nickel-caledonien-les-salaries-et-sous-traitants-de-prony-resources-saluent-des-avancees-positives

[11] Dans son interview du 10 décembre 2023, op. cit. Et Gomès enfonce le clou sur le site de Calédonie ensemble (12 décembre 2023, Où est ERAMET ? ... Voir plus) :  

https://www.facebook.com/100069109513906/videos/878401090332603?__so__=permalink&locale=fr_FR

« Où est ERAMET ? ERAMET, actionnaire à 56% de la SLN, ne veut plus mettre un sou dans sa filiale calédonienne… Est-ce que ERAMET serait en difficulté, ce qui pourrait expliquer cette décision ? Du tout. Le groupe a réalisé 180 milliards de F.CFP de bénéfices l’année dernière… Est-ce que ERAMET limiterait ses investissements ? Du tout. Le groupe prévoit d’investir 240 milliards de CFP dans les 3 prochaines années en Indonésie, au Gabon et en Argentine… Est-ce que ERAMET a dépensé, à fonds perdus, au cours de la décennie écoulée des dizaines de milliards de CFP - cas de Glencore en province Nord par exemple - ce qui aurait conduit le groupe à ne plus vouloir soutenir sa filiale ? Du tout. Ce n’est pas la SLN qui a vidé les caisses d’ERAMET mais ERAMET qui a vidé les caisses de la SLN en distribuant 100 milliards de CFP de dividendes à ses actionnaires en 2012 et 2013… Est-ce que ERAMET n’aurait pas été soutenu par l’État et la Nouvelle-Calédonie lorsque la conjoncture était au plus bas ? Du tout. L’État a apporté, depuis 2015, 30 milliards de CFP à la SLN et la Nouvelle-Calédonie a autorisé, au total, 6 millions de tonnes d’exportation de minerais bruts… ».

Et Calédonie ensemble précisa tout cela, avec Philippe Michel, le 17 janvier 2024, avec encore une vive réaction de Sonia Backès :

Nickel : Calédonie ensemble dénonce le montage financier de Prony resources, Sonia Backès répond - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)

[12] Voir :

https://voixducaillou.nc/2024/01/16/nickel-une-semaine-decisive/

Un peu plus tard, l’échéance fut repoussée de quelques jours ; voir :

Nickel : le temps presse - La Voix du Caillou

Dans son article (Nickel : le temps presse) du 17 janvier 2024, la Voix du Caillou insiste encore sur la nécessaire solution… L’article rappelle encore : « Les experts de l’IGF (Inspection Générale des Finances) entament jeudi, trois jours de réunion, avec pour objectif de finaliser l’accord sur le sauvetage de la filière nickel ».

[13] C’est le constat dressé par Sonia Backès au barbecue de bonne année, organisé à Pouembout par le député Metzdorf (la photo avec Backès vaut le coup d’œil…) ; tous les loyalistes radicaux étaient là ; pas Calédonie ensemble… « J’ai regretté, y affirma Backès, qu’un certain nombre d’autorisations pour la SLN soient bloquées, alors que la situation va mal pour les trois usines, et que ce sont 13 000 emplois qui sont en jeu. Mais aujourd’hui, nous ne sommes plus dans cet esprit-là. Tout le monde a l’air de vouloir avancer dans le bon sens. Les experts reviennent cette semaine pour finaliser un projet d’accord, j’espère que nous allons y arriver. Il faut que d’ici la fin du mois, nous ayons réglé la problématique de l’Usine du Sud, KNS c’est fin février et la SLN peu de temps après. Il faut donc trouver des solutions et nous n’en sommes pas très loin. Tout le monde aujourd’hui fait le nécessaire pour que nous y arrivions, tout le monde œuvre dans le même sens pour sauver les usines. Alors certes, chacun a des idéologies différentes, mais l’idée n’est pas de remettre en cause fondamentalement la doctrine des uns et des autres, c’est de sauver les usines pour les 10 prochaines années ». Voir (et donc surtout pour la photo…) :

https://voixducaillou.nc/2024/01/15/le-point-sur-des-dossiers-majeurs/

[14] Voir l’appel à la grève générale pour le 25 janvier : pour les (petits) patrons sous-traitants du S.P.A.E.N.C (le Syndicat patronal des acteurs économiques de la Nouvelle-Calédonie) et, pour les salariés, du SGTINC-CGC. Pas encore de nouvelle des autres syndicats salariés :

https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/un-appel-a-la-greve-generale-dans-le-nickel-pour-alerter-sur-les-enjeux-autour-des-trois-usines-1458380.html

Le JT du 18 H du 19 janvier 2024 de la télé Caledonia est un peu plus précis :

https://www.caledonia.nc/les-replays/le-jt

[15] Pas seulement mon petit doigt, aussi les petits messages indiqués plus haut de Louis Mapou, et encore précisés le 7 janvier 2024 : Louis Mapou, président du gouvernement : trouver un accord-cadre sur le nickel "est réalisable d’ici fin janvier" ; voir son interview (où il n’évoque pas que l’arrivée en renfort de pompiers métropolitains…) :

https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/louis-mapou-president-du-gouvernement-trouver-un-accord-cadre-sur-le-nickel-est-realisable-d-ici-fin-janvier-1455515.html

Louis Mapou confirme, indique l’article : « Concernant la situation de la filière nickel, en particulier les difficultés des trois usines, le chef du gouvernement se montre optimiste. "C’est l’engagement que nous avons pris avec la province Nord, la province du Sud et l’État : d’arriver à un accord-cadre d’ici fin janvier. Il est réalisable, il y a simplement des étapes à franchir. […] Lorsque la mission [du ministère de l’Économie] reviendra, mi-janvier, nous aurons à examiner ensemble les desiderata des uns et des autres mais sur la base des plans qui nous auront été évoqués par les trois industriels pour qu'on évalue le besoin demandé en matière de soutien des collectivités publiques"»Et Mapou insista encore, toujours discrètement, sur le nécessaire engagement financier des trois industriels… promettant que le gouvernement allait mettre sur la table 8 GCFP pour collaborer au sauvetage. Rappelons que Le Maire promettait (en cas de Oui à son Pacte) plus de 180 GCFP...

[16] https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/projet-de-pacte-nickel-les-actionnaires-des-usines-caledoniennes-sont-pries-de-faire-un-effort-aussi-1458455.html

[17] Voir A l'usine du Sud, "la recherche d’un nouveau partenaire est engagée" - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)

On n’est guère plus avancé avec ce dernier communiqué.

[18] https://www.lnc.nc/article/mines/nickel/nouvelle-caledonie/le-groupe-de-travail-sur-le-nickel-demande-un-effort-financier-aux-actionnaires-des-usines

[19] Chacun voit midi à sa porte…

[20] Et avec un art rare du timing - et, sans doute, un avantage compétitif pour se faire inviter sur la chaîne principale du Caillou - où la grève annoncée des patrons sous-traitants et des salariés de la CGC est sans doute tout sauf anodine.

[21] Voir ce replay :

https://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/programme-video/la1ere_nouvelle-caledonie_journal-de-19h30-de-nouvelle-caledonie/

[22] Voir le premier post :

https://www.facebook.com/CaledonieEnsembleNC/

[23] (Voir le JT du soir de la télé Caledonia :

Le JT - Information et replay du journal télévisé | CALEDONIA)

[24] Inquiétude pour l’usine du Nord, on parle de mise en sommeil - La Voix du Caillou

[25] « Une hypothèse évoquée par le président de KNS, Neil Meadows, dont nous avons eu connaissance. Dressant le constat que malgré plusieurs heures de réunion, le groupe de travail nickel, auquel les responsables de KNS, de la SMSP et des représentants de Glencore ont participé, n’est pas parvenu à finaliser un accord, malgré certains progrès. […] dans un contexte de marché du nickel qui se dégrade, il faut envisager toutes les hypothèses, […] et parmi toutes ces hypothèses, il y a la mise en sommeil de l’usine ». Cette hypothèse était déjà envisagée ; mais la décision serait prise au 1er février.

[26] ActuXpress - Mercredi 24 janvier 2024 - NoumeaPost

« “Les discussions actuellement en cours entre les acteurs politiques calédoniens sont saluées par l’État,” a exprimé le ministre sur X. Il a également déclaré : “À la demande d’Emmanuel Macron, je prévois de retourner à Nouméa mi-février, à condition qu’un consensus se dégage autour d’un projet d’accord”. ». En fait il s’agit bien d'un accord politique global, et non d’un accord économique limité au sujet nickel.

Ces infos sont confirmées par la radio RRB.

[27] Deux interprétations possibles : seulement sur le nickel ou également sur le volet institutionnel ? Insistons : sur le volet institutionnel.

[28] Voir, sur ©NC 1ère :

STCPI : le prêt de l'Etat pour sauver la SLN pas à n'importe quelles conditions. - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)

[29] Taxe sur les exportations de minerais : les groupes Loyalistes et Rassemblement annoncent un recours, la SMSP répond ; voir :

Taxe sur les exportations de minerais : les groupes Loyalistes et Rassemblement annoncent un recours, la SMSP répond - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)

[30] Son PDG Karl Therby indiquait : « Une usine offshore est une usine détenue majoritairement par des intérêts publics calédoniensObjectif : une part des bénéfices (dividendes) est renvoyée vers la Nouvelle-Calédonie par le biais de l’actionnariat. […] Après quinze ans d’existence, l’intérêt général de ce modèle est enfin reconnu comme servant l’intérêt général car il permet un retour d’argent sur le territoire. Notre usine en Corée du Sud, la SNNC, a rapporté près de douze milliards de francs sur le territoire depuis 2009. C’est une des justifications de l’intérêt général de ce type de montage. C’est donc avec beaucoup de surprise mais aussi de déception que nous déplorons que certains élus ne le comprennent pas ».

[31] Voir :

Taxe sur les exportations de minerais : la loi de pays est conforme à la Constitution - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)

[32] Le 19h30 : Édition du dimanche 28 janvier 2024 - Nouvelle-Calédonie La 1ère : le replay en streaming (francetvinfo.fr)

[33] Au JT du soir de NC1ère du lundi 29 janvier.

[34] « … l’État n’a pas attendu aujourd’hui pour soutenir la filière nickel, [ce qu’il fait] depuis de nombreuses années ». Il a souligné que « la Nouvelle-Calédonie n’est pas un territoire où l’économie est administrée par l’État. La Nouvelle-Calédonie, c’est un territoire où les entreprises sont sur le sol de la République. La Nouvelle-Calédonie est française et il est hors de question de nationaliser les usines, il n’en a jamais été question ». Il a également précisé que les besoins en trésorerie des entreprises métallurgiques sont évalués à 1 milliard d’euros, soit quelques 120 GCFP : Le Maire les évaluait à 184 GCFP…

[35] (La mise en page est resserrée, PC)

Ma réponse au Haut-commissaire :

Monsieur le Haut-commissaire,

Je viens de prendre connaissance avec retard de tes déclarations au JT de NC 1ère le 29 janvier dernier. Je me permets de te répondre publiquement puisque tu m’as apporté une réponse publique. En effet, au cours de l’interview, la journaliste a diffusé un extrait de mon intervention de la veille au cours de laquelle j’avais développé l’idée que, dans le cadre du « pacte nickel » entre l’Etat, les industriels et les collectivités locales, nous avions besoin non seulement d’un « Etat pompier » mais aussi d’un « Etat stratège ». Dans ce cadre, j’avais proposé que l’Etat puisse prendre une participation majoritaire ou nationalise temporairement tout ou partie de notre industrie métallurgique.

Tu as répondu, de manière un peu vive me semble-t-il, que ce que « dit Philippe Gomès, n’engage que lui », que « la Nouvelle-Calédonie est française et qu’il est hors de question de nationaliser les usines », et que « la Nouvelle-Calédonie, c'est pas un territoire où l'économie est administrée par l'État ». D’abord, permets-moi de te dire que je ne vois pas le lien entre le fait que « la Nouvelle-Calédonie est française » et le fait que l’on ne puisse pas « nationaliser les usines ». Je suis dans l’attente de ton éclairage éventuel sur cette curieuse association d’idées... Sais-tu qu’en France le gouvernement vient de nationaliser à 100% EDF… ? Ensuite mes propositions s’inspirent directement des propos tenus par le Président de la République lors de son discours place de la paix le 26 juillet 2023 : « le Nickel calédonien est un enjeu stratégique majeur pour la France et pour l’Europe… ». Elles s’inspirent aussi du plan « France 2030 » (54 milliards d’euros) qu’il a initié afin de « développer la compétitivité industrielle française » et, dont le premier levier est de « sécuriser l’accès aux matières premières »… Elles s’inspirent enfin de la loi adoptée par le Parlement européen le 07 décembre 2023, qui vise à garantir l’accès de l’UE à un approvisionnement sûr, abordable et durable en matières premières essentielles (lithium, nickel, etc.), afin de « ne pas connaître des pénuries d'approvisionnement et des dépendances indésirables », selon la formule de Thierry Breton, Commissaire européen au marché intérieur.

C’est pourquoi je considère que la France et l’Europe doivent faire pour le nickel calédonien ce que la Chine a fait pour le nickel indonésien : Investir dans une industrie métallurgique à long terme, puissante et compétitive, destinée à préserver une souveraineté économique nationale et européenne dans le domaine de la transition écologique et numérique. En conséquence pour en revenir à ton intervention, je ne comprends pas quand tu dis « la Nouvelle-Calédonie c’est pas un territoire ou l’économie est administrée par l’Etat ». Ce n’est pas le sujet. La question est : l’Etat veut-il construire avec le nickel calédonien une souveraineté économique nationale et européenne comme  Emmanuel Macron  l’a  affirmé ? Dans ce cadre une nationalisation temporaire ou une prise de participation majoritaire de l’Etat dans nos usines, peut être envisagée, le temps de construire des partenariats industriels et financiers robustes. C’est ce que j’ai rappelé. Ça ne me semble pas inutile, après l’invraisemblable fiasco de Trafigura avec l’Usine du sud dans lequel l’Etat a sa part de responsabilité. C’est ce qu’a souligné aussi en son temps le Ministre de l’Economie et des Finances : « Il s’agit simplement d’avoir l'État qui protège, pour une durée limitée, des entreprises, en prenant une participation ou en faisant éventuellement une nationalisation temporaire ». Ces paroles ont été déclinées en actes à l’échelle nationale pour de grandes entreprises (la nationalisation partielle d’Alstom (2004), la participation à l’augmentation de capital de Peugeot (2014), la nationalisation temporaire des chantiers navals de l’Atlantique (2017), intervention financière massive à Air France (2020), ou pour EDF (Nationalisée à 100% en 2023)) mais aussi pour de plus petites entreprises jugées stratégiques comme la CNIM.

Tu vois « nationalisation » n’est pas un gros mot…

C’est l’Agence des Participations de L’Etat qui intervient en tant qu’actionnaire dans les entreprises privées (Airbus, Air France, Thales, Renault, Orange, Engie, ED… Eramet etc... 83 sociétés au total). Cette agence peut parfaitement devenir actionnaire des usines calédoniennes puisque, selon la doctrine qu’elle a édictée « L’Etat actionnaire intervient dans des secteurs économiques stratégiques qui contribuent à l’indépendance de notre pays » (c’est notre cas) Mais aussi dans « les entreprises en difficultés, dont la disparition pourrait entrainer un risque systémique ou une perte d’indépendance » (c’est encore notre cas). Encore faut-il qu’une véritable volonté politique s’exprime en ce sens.

Alors certes notre industrie métallurgique perd actuellement beaucoup d’argent. Mais comme l’a affirmé fort justement le ministre de l’Économie et des Finances, les décisions de l’État actionnaire « sont fondées sur des logiques de souveraineté économique et de consolidation de filières au-delà des seuls enjeux patrimoniaux et de rentabilité, contrairement aux investisseurs privés ». (Rapport du Sénat - Novembre 2023). Voilà qui est dit…

Le pacte nickel dans sa dimension actuelle est bien sur indispensable, aussi bien dans la perspective qu’il trace à long terme (investir dans des moyens de production d’électricité permettant à l’industrie calédonienne d’être plus compétitive), que dans l’aide financière qu’il apporte à court terme aux entreprises concernées pour leur permettre d’éviter la cessation de paiement. Mais, pour l’instant, et je le regrette, l’Etat est présent en tant que tel comme il l’a été souvent au cours de la décennie écoulée, mais l’Etat actionnaire est absent.

Voilà Monsieur le Haut-commissaire, mon cher Louis, l’éclairage qu’il me semblait utile d’apporter au sujet qui nous occupe.

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