Un destin pas commun du tout !…
C’est où, ce Caillou, et avec combien de monde ? La Nouvelle-Calédonie est jetée aux antipodes à l’est de l’Australie et au nord de la Nouvelle-Zélande[1]. Deux fois la Corse en superficie avec une population légèrement inférieure, et proche de celle de la Polynésie française. Autour de 270 000 habitants actuellement[2], dont officiellement (en données brutes non corrigées) au recensement de 2014 : 39 % de Kanak et 27 % de Caldoche, Métros (ou Zoreils[3]) ; ce qui ne fait que deux-tiers des âmes. Tout n’y est pas tout blanc ou tout noir : qui sont les autres ?
D’autres immigrés et leurs descendants : D’abord des Algériens surtout Kabyles (confondus ici avec les Arabes, dits Caledoun) forçats le plus souvent transportés politiques (on y reviendra), puis des Réunionnais dès les années 1870, Asiatiques plus tard (Indonésiens, Vietnamiens, Javanais et quelques Japonais pour les anciens), des Wallisiens-Futuniens (les plus nombreux, 8 %), Ni-Vanuatu, Tahitiens et Antillais pour les plus récents. Mais surtout près d’un quart se déclarant Calédoniens ou ne déclarant pas leur appartenance à une ethnie… Ce qui ne simplifie pas une analyse précise ; d’où notre insistance à mentionner des données brutes… et à tenter de les corriger ; mais, encore une fois, n’allons pas trop vite[4]…
Intro 1 - Quelle histoire jusqu’au « Destin commun » !
Qu’est donc ce Destin commun alors que nous avons intitulé notre introduction : Un destin pas commun du tout ! Pour les lecteurs pressés qui veulent déjà avoir une idée résumée ou plus précise de l’histoire de la Nouvelle-Calédonie, il y a la Toile[5]. Bien sûr, le feuilleton développera cette histoire, depuis quelques millénaires et surtout depuis la prise de possession du Caillou par la France ne 1853 ; on abordera cependant tout de suite la naissance du mouvement indépendantiste à la fin des années 1960, pendant les années 1970 et au début des années 1980 ainsi que la quasi-guerre civile qui a suivi et sa résolution (provisoire) en 1988 et 1998 : c’est en effet l’un des cœurs du récit proposé dans ce feuilleton.
* Le début du mouvement indépendantiste
Tout commença en 1969, grâce à Mai 68[6] avec la fondation des Foulards rouges[7] par Nidoïsh Naisseline, puis, en 1971, avec le Groupe 1878 (référence à la révolte du grand-chef Ataï) fondé par Élie Poigoune ; on retiendra aussi, en 1975, la fondation du Parti de libération kanak (Palika) fusion des Foulards rouges et du Groupe 1878. En 1977, un peu plus tard, l’Union calédonienne, l’UC[8], plus exactement son aile gauche (avec les Kanak Jean-Marie Tjibaou, Éloi Machoro et Yeiwéné Yeiwéné, mais aussi le Métis François Burck et l’Européen Pierre Declercq) se prononce officiellement « pour l’autonomie, première étape sur la voie de l’indépendance » puis, en 1978, « l’Union calédonienne s’engage résolument vers l'indépendance ». En 1979, est créé un Front indépendantiste (le FI) qui est une alliance politique et électorale de l’UC du Palika et de quelques autres mouvements.
* Le Front indépendantiste au pouvoir de 1982 à 1984 après les élections de 1979[9] et l’une de ses conséquences inattendue : le premier gouvernement (légal) de Tjibaou
En 1982, Jean-Marie Tjibaou, le patron du FI dirige (jusqu’en novembre 1984) un gouvernement d’alliance[10] avec un parti autonomiste dirigé par Jean pierre Aïfa qui y participa après moult tractations (l’alliance avec la droite loyaliste était aussi possible…) avec José-Louis Barbançon[11] comme conseiller. Aïfa est un Caledoun surnommé « le Calife » ; il a pendant longtemps été une figure de l’autonomisme, en fait de ce nationalisme calédonien considéré comme une « troisième voie » entre les camps indépendantistes et loyalistes. Son mouvement éphémère, en fait alliance conjoncturelle hésitant donc entre deux chaises, la FNSC (Fédération pour une nouvelle société calédonienne) a ainsi choisi en 1982 la chaise indépendantiste[12]. Tout est dans « pour une nouvelle société calédonienne ».
* Le malheureux ratage de la « table ronde » de Nainville-les-Roches de 1983, peu après l'élection de Mitterrand
Au milieu du gouvernement Tjibaou, le secrétaire d’État aux DOM-TOM, Georges Lemoine, convoqua au château de Nainville-Les-Roches en juillet 1983 (sous la pressions des nationalistes calédoniens du FNSC) une « table ronde » sur l’évolution politique du Territoire. L’élection de Mitterrand en 1981 avait un peu changé la donne ; le nouveau président de la République ayant, semble-t-il donné des gages aux indépendantistes, gages peu tenus[13]… Jacques Lafleur, loyaliste représentant des Européens, refusa de signer la déclaration qui reconnaissait à la fois la légitimité du peuple kanak et des autres habitants dites « victimes de l’histoire »[14] ; le principal point de désaccord de Lafleur fut l’évocation d’une possible autodétermination. La quasi-guerre civile suivra ; elle avait en fait déjà commencé...
* La quasi-guerre civile dite « Les Événements » et le retour de la paix pour au moins 35 ans
Il s’agit bien d’une quasi-guerre civile (comme la guerre d’indépendance de l’Algérie était dite « les événements d’Algérie ») commencée en fait depuis l’assassinat, en 1981, de Pierre Declercq[15], ex-syndicaliste (également de l’USOENC) et secrétaire général de l’Union calédonienne, l’UC devenue indépendantiste. Cette quasi-guerre civile aurait pu être évitée ou ne pas se développer et remplacée par la paix civile, qui sait, si en 1983 la droite loyaliste de Jacques Lafleur avait accepté le compromis de Nainville-les-Roches.
Le paroxysme de cette quasi-guerre civile fut la tragédie de la grotte d’Ouvéa en 1988 ; on en trouve partout le récit, mais on y reviendra bien sûr.
* Le « Destin commun » : une notion devenue slogan
Après cette tragédie, Michel Rocard, le nouveau Premier ministre de Mitterrand fraichement réélu pour un second mandat, impose (on verra plus loin comment...) la poignée de main entre Lafleur et Tjibaou ainsi que les accords de Matignon-Oudinot[16] de 1988. Ces accords prévoyaient certes un référendum en 1998, mais sans référence explicite à un peuple et à une culture kanak : il ne s’agissait que d’un cessez-le-feu ou d’un armistice, pas d’un traité de paix. En 1997-1998, les tensions étaient telles que tant les Kanak (sûrs de perdre) que les Caldoches (sûrs de gagner, avec une telle forte avance, qu’ils craignaient que les tensions ne s’attisent) décidèrent sagement un nouveau délai pour le référendum d’autodétermination mais avec un préambule qui ressemblait à un véritable traité de paix. La notion de Destin commun ne fut en effet gravée dans le marbre que par le préambule de l’accord de Nouméa[17] de 1998, second round de recherche de la paix civile. On était encore parti pour un tour : la procrastination est une seconde nature sur le Caillou ; surtout pour les colons et l’État…
Il s’agissait de construire, quel que soit l’avenir institutionnel (indépendance ou maintien au sein de la République française une « communauté de destin » pluriethnique ; d’où un long préambule. D’abord « Il convient de faire mémoire de ces moments difficiles, de reconnaître les fautes, de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté, préalable à la fondation d’une nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun » (paragraphe 3). « Il est aujourd’hui nécessaire de poser les bases d’une citoyenneté de la Nouvelle-Calédonie, permettant au peuple d’origine de constituer avec les hommes et les femmes qui y vivent une communauté humaine affirmant son destin commun » (paragraphe 4). « Le passé a été le temps de la colonisation. Le présent est le temps du partage, par le rééquilibrage. L’avenir doit être le temps de l’identité, dans un destin commun. » (paragraphe 4).
Destin commun[18] certes, mais pour l’avenir ; le passé fut tout autre : près d’un siècle où les Kanak ne furent que des sujets et non pas des citoyens (jusqu’à l’abolition de l’indigénat[19] en 1946 et l’accès complet aux urnes 10 ans plus tard).
Peuple kanak, peuple calédonien, nation pluriethnique dans un destin commun, avec ou sans la France ou indépendance avec partenariat ? La notion même de peuple interroge[20]. L’indépendance nous semble la réparation naturelle à la colonisation des Kanak, peuple premier, colonisation « crime contre l’humanité » selon Emmanuel Macron ou non. Même si les autres peuples du Caillou sont également des « victimes de l’histoire » à l’instar des anciens bagnards ; mais certains furent plus victimes que d’autres… Les loyalistes veulent rester dans la République qui assure politiquement leur pouvoir économique, quitte à aller jusqu’au bout d’une autonomie avec participation à certains pouvoirs régaliens[21].
Après cette introduction à l’histoire, pour le lecteur non averti de la Métropole[22], des traductions de certains mots s’imposent.
* Caillou, Kanak, Caldoche
La langue parlée sur le Caillou (mises à part la trentaine de langues kanak dont seulement quelques-unes sont parlées par beaucoup de locuteurs) est le français ; mais un français souvent riche en couleurs[23].
Le Caillou est donc l’appellation familière, commune à toutes les communautés ; on utilisera beaucoup ce mot, pour éviter le choix entre Calédonie (l’Écosse latine de James Cook) et Kanaky (l’origine du mot étant kanaka en hawaïen et signifiant à l’origine homme, être humain ou homme libre). Kanak-homme libre fut en fait utilisé dans le Pacifique au XXIe siècle pour désigner les hommes d’équipage et les portefaix, l’homme libre ayant disparu. Le Caillou serait dénommé, par esprit de synthèse, Kanaky Nouvelle-Calédonie[24] par les indépendantistes du FLNKS lors de son congrès de 2017. Kanaky Nouvelle-Calédonie est donc un nom mi-écossais, mi-hawaïen…
Kanak est donc un mot invariable (selon une coutume indépendantiste récente non codifiée mais que nous reprenons) qu’il ne faut pas confondre avec l’ancien terme péjoratif Canaque[25] (l’une des plus belles injures du capitaine Haddock). Il fut employé pour nommer les Mélanésiens locaux, les termes Autochtones, Indigènes ou Océaniens étant de ce temps plus corrects. Le terme kanak serait donc tout récent sur le Caillou ? Pas du tout ! Deux lectures qui nous avaient échappées en 2018 permettent aujourd’hui de corriger le tir : contrairement à une idée reçue que nous partagions, l’orthographe kanak était déjà employée au milieu de XIXe siècle.
La première lecture[26] fut l’effet du hasard, car la publication nous avait aussi échappée. Il s’agit de Jules Garnier[27] : celui qui a trouvé le nickel sur le Caillou (sous forme de roche qui sera nommée la garniérite). Ce jeune ingénieur des mines fut envoyé à Nouméa, comme chef du service des mines de 1863 à 1866, pour rechercher du charbon et de l’or ; il n’y trouva que du nickel, mais n’y retourna jamais, fondant cependant bien après, et de France, à la fin du XIXe siècle, l’usine de la SLN (la Société le nickel). La seconde lecture, toute récente celle-là, est celle du livre de Barbançon[28] qui nous enseignait déjà en 1992 qu’au milieu du XIXe siècle « Kanak peut encore, à cette époque, s’écrire Kanaque ». Le mot kanak est, depuis les années 1970, revendiqué par les indépendantistes, avec la Kanaky (le y étant, comme le k remplaçant le c, un renvoi à l’anglais pour marquer une distance avec le français colonial). Depuis Jean-Marie Tjibaou, le Kanak (et donc la Kanaky) est maintenant une identité culturelle et politique revendiquée : ce leader indépendantiste a utilisé l’homonymie du terme avec le nom du héros d’un mythe régional : Tein (ou Téâ) Kanaké, le premier ou l’aîné des Kanak[29].
L’origine de Caldoche (le suffixe -oche étant péjoratif, comme dans belle doche) viendrait, à la fin des années 1960, lors du fameux boom du nickel, de la dérision des nouveaux arrivants métropolitains envers les vieux habitants européens ; sans parler d’une assimilation avec boche[30]. Il fut et reste donc le plus souvent péjoratif : Barbançon (le Calédonien, encore lui…), ne le supporte pas[31]. Il devient plus usité par eux-mêmes ; mais il reste méprisant pour certains d’entre eux.
Métro est plus facile à comprendre, ou encore Zoreil ou Zoreille déjà abordé.
Une bande dessinée locale La brousse en folie[32] illustre de façon hilarante les rapports de Tonton Marcel le Caldoche, Dédé le Kanak, Tathan l’épicier Asiatique et l’inénarrable Joinville le Métrofonctionnaire (qui a tous les diplômes, tout vu, tout lu et a touché la prime). Pas le moindre racisme dans cette BD.
* Pour finir ce premier point d’introduction : le retour, encore, de Barbançon et du nationalisme calédonien !
Nous avions oublié, en 2018, de définir… calédonien. Ce qui nous paraissait une évidence ne l’est en fait pas, après lecture de Barbançon[33]. Ça reste flou (notez bien le ça qui se réfère à la psychanalyse…) : Barbançon, qui préfère se définir calédonien (comme tout bon Caldoche, même s’il déteste cette appellation) préfère en fait, contre toute attente, le Kanak au Zoreil… Mais il faut le lire pour tenter de le comprendre : pas le moindre racisme chez Barbançon ; peut-être un tout petit brin inconscient de xénophobie d’un Îlien ? Pourtant les Îliens ont toujours été accueillants, et pas seulement des bagnards…
Donc, on en remet ici une couche chez cette personnalité attachante.
Rappelons, pour les têtes en l’air, le titre de son premier bouquin : Le pays du Non-Dit, ainsi que son sous-titre, Regards sur la Nouvelle-Calédonie[34], écrit de 1989 à 1991. Il en a publié plein d’autres[35] et publia en 2022 À la recherche du Nous[36]. Cet avant-dernier titre et son contenu résument parfaitement la trajectoire philosophique, mais aussi politique de cet auteur certes attachant mais hésitant, bien résumé par sa présentation : « Alors que, plus que jamais, le débat identitaire plane sur la société calédonienne comme une ombre, à la fois menaçante et essentielle, celui qui se qualifie d’Océanien d’origine européenne partage l’expérience d’une vie pour esquisser un chemin possible, celui du "nous" ». Il s’éloigne alors du nationalisme calédonien, car ce « nous » inclut de façon évidente les Kanak dont son ami (semble-t-il inséparable Wallès Kotra[37]. Il récidive en 2023, avec La racine et l’horizon[38]. Barbançon est, on l’a compris, petit-fils d’un bagnard, d’un côté, d’un colon libre de l’autre. Plutôt proche des indépendantistes mais jamais indépendantiste (et, en route, plutôt très critique) disons un « compagnon de route », surtout au début du Jean-Marie Tjibaou encore légaliste de 1982.
Nous venons de le rencontrer début décembre 2023 ; non pas sur rendez-vous, mais à la librairie Calédo Livres de Nouméa où il dédicaçait son dernier bouquin. C’est l’un des rares personnage du Caillou que j’ai approché : pas beaucoup de langue de bois (juste un peu…) et répondant sans fard à mes questions, pourtant directes, du genre : « Que pensez-vous du nationalisme calédonien, de ce certain centrisme dont, avec Jean-Pierre Taib Aïfa, vous vous êtes toujours revendiqué, notamment lors du premier gouvernent Tjibaou en 1982, alors que vous aviez failli vous allier à la droite du RPCR de Jacques Lafleur… etc. ». Il ne rebondit pas sur la notion de nationalisme calédonien, ne nia pas leur centrisme mais affirma « Nous n’étions pas au centre, mais en avant ». À ma question sur son avis sur l’indépendance-association, il éluda.
On n’en pas beaucoup appris, sauf sa critique des loyalistes les plus radicaux et nommément cités (dont Nicolas Metzdorf et Sonia Backès) voulant « supprimer » dit-il, l’Agence de Développement de la Culture Kanak (l’ADCK), du Centre culturel Jean-Marie Tjibaou[39]. Et voulant supprimer aussi le processus de restitution des terres spoliées aux Kanak pendant les longues années de colonisation dure.
Il n’avait ainsi pas sa langue dans sa poche ! Il eut aussi des mots très durs envers le discours de Macron, place des Cocotiers à Nouméa en juillet 2023 ; et, reçu par ce dernier, lui en fit part[40]. Le reste n’est pas inintéressant et éclaire un peu mieux ses positions[41].
Intro 2 - Les trois champs de notre analyse (luttes de classes, nationalisme, développement) et le plan du feuilleton
* Que va-t-on analyser ? Un petit Pays, mais avec trois « Provinces » et un statut d’autonomie très particulier
La Nouvelle-Calédonie dispose d’un statut particulier depuis les accords de Matignon-Oudinot de juin et août 1988 où le Premier ministre Michel Rocard[42] parvint à l’accord, entérinés par le référendum national de novembre. On oublie souvent que Rocard fit pour le moins une forte pression pour obtenir cet accord : sans dire « Si tu veux la paix, prépare la guerre ! », il ne l’avait pas caché. Il avait prévenu à la fois Lafleur et Tjibaou et l’affirma ainsi solennellement à Matignon : « Nous sortirons [d’ici] avec la paix ou la guerre ». Pire, il précisa pour ceux qui n’auraient pas compris le message, et ce qu’il dit est plus précis et en fait effrayant : d’une part, il affirma que la négociation ne serait qu’un compromis qui ne donnera satisfaction, ni à un camp ni à l’autre (ce qui n’était qu’une évidence) ; d’autre part, il se livra à un véritable chantage : « Nous sortirons d’ici sans autre rendez-vous, et à la sortie, ce sera la paix ou la guerre. Je pense que la paix est possible, je pense que nous devons la faire ; mais si la République française devait se retrouver avec la guerre, sachez simplement que si nous devons nous retrouver avec la guerre (toussotement…) la République française la fera sans faiblesse. Nous avons naturellement les moyens d’augmenter notre puissance militaire là-bas. Ce n’est pas ce que je souhaite, et nous avons la capacité de faire beaucoup mieux ».
Ce fut la fin, pour plus de 35 ans, de la quasi-guerre civile. Le statut de la Nouvelle-Calédonie est spécial dit sui generis, différent de celui des Collectivités d’outre-mer (COM). Le référendum d’autodétermination était prévu après 10 ans ; il sera donc repoussé (en fait pour éviter une nouvelle quasi-guerre civile) en 1998 (accord de Nouméa) à 2014-2018. Il n’a donc pas eu lieu en 2014 et la date butoir fut donc celle d’octobre-novembre 2018 (le 4 novembre fut fixé par accord) du moins pour le premier essai. Deux autres ont suivi, dont la farce de décembre 2021.
Le système politique est fondé, outre la division en Provinces, sur la représentation proportionnelle qui amoindrit les clivages entre les deux blocs loyalistes et indépendantistes. Le législatif (le Congrès) et l’exécutif (le Gouvernement) étant élus par des scrutins de liste, ils sont, par constructions, collégiaux, avec les deux blocs loyaliste et indépendantiste proches en nombre et poids politique[43] compte tenu des discriminations politiques positives qui avantagent les Kanak. Là aussi, cette construction n’a pas été établie par hasard mais pour pousser au consensus ; bien sûr, ces discriminations ont toujours fait tousser les Européens, depuis 2021, ils s’y opposent plus ou moins frontalement, avec en particulier le projet en mai 2021 au Sénat de Pierre Frogier[44], mal reçu de tout le monde car accusé d’être à la limite de la partition du Territoire. Cependant, depuis peu, les loyalistes les plus radicaux (ceux que Barbançon n’aime guère) se rapprochent de ses thèses.
En Province Sud, les Caldoches et Zoreils dominent, mais avec une population kanak minoritaire cependant croissante avec les migrations internes[45]. Le chef-lieu, en fait la Capitale Nouméa La Blanche (pas seulement pour la couleur de ses bâtiments ; l’expression est maintenant moins usitée) et sa banlieue représentent près des deux tiers de la population. La province Nord et celle des Îles Loyautés (Lifou, Maré et Ouvéa) sont à dominante kanak et administrées ainsi par les indépendantistes.
Le PIB (Produit intérieur brut) par habitant est à peine inférieur à celui de la Métropole (pas seulement grâce à l’or vert du nickel) et incomparablement supérieur à celui des DOM-TOM[46] ; il est supérieur à celui de maintes anciennes régions de France et, selon les parités monétaires, quelquefois supérieur à celui de la Nouvelle Zélande. Cependant, en parité de pouvoir d’achat, l’écart se creuse fortement par le niveau structurellement élevé des prix. Et les inégalités sont flagrantes, en particulier en termes ethniques et, donc spatiales. Bref, malgré un développement évident - et bien avant 1988 - et une tentative de rééquilibrage, le Caillou présente toutes les caractéristiques d’une économie de comptoir où les vieilles familles caldoches et leurs alliés plus récents dominent l’économie de façon écrasante. Le Caillou reste une colonie alors que le discours des dominants insiste sur un processus de décolonisation qui pourrait s’effectuer sans indépendance.
* Les trois champs de notre analyse : le triptyque de feu[47] le grand sociologue Alain Touraine : luttes de classes, nationalisme, développement
L’analyse fera référence (probablement sans ses finesses que nous avons oubliées) à celle[48], vieille de près de cinquante ans (mais peu connue dans son œuvre pléthorique) de celle d’Alain Touraine (moins connu aujourd’hui que sa fille Marisol qui fut ministre). La dynamique d’une société de l’ex-Tiers Monde pouvait être analysée, d’après lui, selon ces trois axes. L’existence de ce triangle ou triptyque est évidente en Nouvelle-Calédonie : la division de la société entre riches et pauvres où l’aspect ethnique est dominant, les classes sociales correspondantes étant difficiles à préciser, s’articule à la revendication de l’indépendance pour les Kanak qui est bien une lutte nationaliste, le tout baigné dans une recherche de développement qui devrait réduire les inégalités et, pour certains (devinez qui ?) rendre inutile la lutte nationaliste kanak.
Les liens entre ces trois éléments sont évidents ; par exemple, lors du boom du nickel[49] (1968-1972 essentiellement) et pour répondre aux besoins de la croissance, le gouvernement français encouragea une nouvelle fois[50] une immigration massive. Mais les visées politiques furent dévoilées dans la fameuse lettre de Pierre Mesmer[51] en 1972 (juste avant la fin du boom) qui vaut son pesant de Blanc[52]. Le raisonnement est savoureux, nous en maintenons ici, par la citation de quelques extraits, sa lourdeur : « La Nouvelle-Calédonie, colonie de peuplement, bien que vouée à la bigarrure multiraciale, est probablement le dernier territoire tropical non indépendant au monde où un pays développé puisse faire émigrer ses ressortissants [...] La présence française ne peut être menacée que par une revendication nationaliste de populations autochtones [...] À long terme, la revendication nationaliste autochtone ne sera évitée que si les communautés non originaires du Pacifique représentent une masse démographique majoritaire [… avec] immigration systématique de femmes et d’enfants ». Ce qui va bien sûr radicaliser le discours indépendantiste naissant[53].
Barbançon (encore lui !) nous donne d’autres exemples précis des liaisons étroites entre les trois axes de Touraine. Dans son intervention au Colloque de 2013[54], Les 25 ans des accords de Matignon-Oudinot et des 15 ans de l’Accord de Nouméa, il soulignait en particulier que l’accord économique de Bercy concernant le nickel (dit préalable minier) de 1998 fut la condition de l’accord politique de Nouméa : sans économique, pas de politique. Autre exemple : lors des conflits sociaux très durs « des bâches bleues[55] et des cadenassages » (c’est-à-dire des occupations d’entreprises de la période 1988-1998) l’USTKE (Union syndicale des travailleurs Kanak et des exploités) un important syndicat essentiellement kanak et indépendantiste, fut évidemment vu par beaucoup comme un empêcheur de paix social. C’est au contraire, dit Barbançon, l’émergence d’une nouveauté très moderne, « l’évidence d’un salariat kanak en développement » : l’économique induit aussi le politique.
Les contraintes actuelles de ce passage sont, sur le Caillou, par ordre d’importance : d’abord politiques (le nationalisme teinté de luttes ethniques entre les Kanak et les autres) ; les luttes de classes ensuite, et ne recoupant pas exactement le nationalisme, malgré les inégalités criantes nées de l’histoire politique ; enfin économiques (le développement, mais aussi tout bêtement la croissance et le PIB). Même, répétons-le, si l’infrastructure au sens de Marx (l’économique, mais avec les rapports sociaux de production) est peut-être déterminante en dernière instance, on ne peut pas ne pas considérer que les conditions politiques de ce passage, qui devaient se résoudre par les fameux référendums, sont les plus brûlantes : la politique est au poste de commandement, singulièrement sur le Caillou ; pas besoin de Mao pour cette évidence.
Fine dialectique encore : la quasi-guerre civile de 1984 à 1988 suit ainsi une période de crise économique profonde où le PIB calédonien est soumis à une croissance zéro en moyenne de 1974 à 1984, un peu comme partout dans le monde, après le boom du nickel contemporain de la fin des Trente Glorieuses en France.
* Notre exposition ira cependant en ordre inverse, et chaque partie ne pourra pas ne pas se référer à tous les éléments du triptyque de Touraine.
D’abord (première partie) les luttes de classes en lien avec l’histoire : d’une part, dynamique de la société kanak dite traditionnelle et d’autosubsistance des tribus mais où la monétarisation est déjà ancienne (cette société est-elle « soluble dans l’argent ?[56] ») ce qui pose déjà la question du développement ; d’autre part, luttes de classes entre salariés et patrons du capitalisme du secteur dit moderne avec le rôle central du syndicalisme (lié bien sûr à l’économique et au politique : toutes les réformes économiques et sociales le furent sous la pression du syndicalisme).
Ensuite (deuxième partie), l’économique au sens le plus commun : les équilibres macroéconomiques avec un commerce extérieur très déséquilibré (le Caillou n’exporte en fait que du nickel, minerai et métal - et quelques produits de la mer - et importe la plus grande partie des biens de consommation et d’investissement) ; la question du « partage du gâteau » entre travail et capital ; les équilibres budgétaires et sociaux, dépenses et recettes, impôts et cotisations sociales (dont la somme donne lesdits prélèvements obligatoires, les PO) et avec les importants, mais en baisse, transferts de fric de la Métropole, qui joue le rôle de bouche-trou[57] avec des PO du Caillou bien inférieur à ceux de la Métropole ; enfin l’analyse de quelques secteurs clés (le nickel, évidemment, mais aussi le BTP, les banques et le tourisme). Bref, l’économique du Caillou permet-elle l’indépendance ?
Enfin (troisième partie), le et la politique : la myriade de partis (loyalistes et indépendantistes) de plus en plus éclatés qui impose, dans le cadre du système à la proportionnelle, des alliances, quelquefois entre la carpe et le lapin - ou l’inverse - entre loyalistes et indépendantistes ; les tentatives de l’ONU et de l’État (en clair des politiques de la Métropole dite maintenant Hexagone...) de trouver des solutions consensuelles (mais vaines, on le verra) pour éviter la question et la réponse binaire indépendance-refus de l’indépendance ; enfin son volet final tentera d’analyser l’actualité, surtout après les trois référendums de 2018 à 2021.
Ce plan nous semble le moins mauvais car, d’une part, l’importance de ces trois axes nous apparaît croissante pour traiter de la possibilité d’indépendance, d’autre part, car c’est le seul moyen de présenter progressivement au lecteur toutes les facettes du tableau. Ceux que la question de l’indépendance n’intéresse pas ou irrite, sur le Caillou comme en France, pourront également y trouver quelques informations sur les perspectives d’une Calédonie française. Pour ces trois domaines, nous ferons nôtre l’aphorisme du prix Nobel de physique Leon Lederman : « On peut observer beaucoup, simplement en regardant ! ». On a regardé, outre la vie des gens[58], les statistiques, les écrits et déclarations des experts, des politiques et des syndicalistes.
Pour donner un peu plus de piquant, nous avons utilisé la monnaie locale : le franc CFP, CFP comme « Franc des Colonies françaises du Pacifique », appellation fixée par décret le 26 décembre 1945 et, paraît-il, toujours en vigueur ; comme cela pourrait paraître politiquement incorrect, soit on ne traduit jamais, soit on balbutie Communauté financière du Pacifique ou Change Franc Pacifique. Les Zoreils devront donc traduire : 119,33 CFP pour un euro (parité fixe) ; bref il suffit de diviser les CFP par 100 pour avoir une valeur approchée en se disant que ça fait encore beaucoup, et en multipliant donc par environ 0,84 ; un milliard de CFP (noté ici Giga CFP, GCFP) l’unité de base de toutes les approches macroéconomiques, ne fait donc que 8,4 M€ ; fastoche !
Trois remarques avant de plonger.
Il faut lire ce livre qui est bien sûr avant tout un essai socio-économico-politique, comme un roman à suspense particulier : un roman noir[59]. On décrira la situation en faisant parler à la fois les chiffres (mais avec des schémas et graphiques : des dessins qui valent, selon Confucius, mille mots) et, abondamment. On fera également parler les hommes, car les mots ont parfois du poids ; cela alourdira évidemment le texte ; mais c’est plus clair et précis que la paraphrase.
Cependant, vous aurez été, je l’espère, éclairés ; notre objectif étant de montrer (radotons…) que le Caillou peut être économiquement et politiquement indépendant, avec ou sans association avec la France (l’Indépendance-Association[60]) à condition que des réformes économiques (lutte contre la « vie chère », les inégalités, la fiscalité et les régimes de sécurité sociale iniques, la stratégie minière du nickel, etc.) soient mises en œuvre. Si la Nouvelle-Calédonie reste dans la République avec probablement au moins une autonomie renforcée, ces réformes s’imposeront de toute façon. Ce sera simplement encore le contribuable français qui financera la construction de nouvelles routes ; un pont qui remplacera le Bac de la Ouaïème ; peut-être des chemins de fer[61] ; pourquoi pas des canaux, comme le ministre français Freyssinet au XIXe siècle !
Le Caillou sera peut-être indépendant, tôt ou tard ; mais nous enlevons maintenant le point d’interrogation, surtout depuis le tournant pris par Macron après le départ de Matignon d’Édouard Philippe. Rendons une fois encore, en radotant donc, à Macron ce qui appartenait à Macron qui déclarait : « Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité » ; radotage certes, mais à mettre en relation avec feu Aimée Césaire. Celui qui disait « Oui, je suis un nègre et je t’emmerde » pensait déjà dès 1950 (réédition en 1955 dans Présence africaine) avec son Discours sur le colonialisme que c’était la « négation de la civilisation »[62]. Mais la négation (sauf le négationnisme), ce n’est pas un crime contre l’humanité.
La meilleure solution, à notre humble avis, est donc l’Indépendance-Association (avec majuscules) ou quelque chose comme cela, pour sortir de l’ornière d’une décolonisation sans indépendance (point de vue des loyalistes qui jouent la montre depuis 1988 et qui continuent à la jouer) mais avec indépendance possible selon la lettre des accords de Matignon-Oudinot puis de Nouméa (point de vue des indépendantistes).
Deuxième remarque, on nommera dans ce livre tous les acteurs d’abord par leur prénom et nom ; on utilisera ensuite le plus souvent le simple nom. Ainsi, par exemple, Harold Martin (à prononcer à la britannique SVP : il se fâche tout rouge quand vous le prononcez à la française) deviendra Martin ; Philippe Gomès, Gomès et Édouard Philippe, Philippe.
Enfin, les hommes politiques néocalédoniens se tutoient couramment en public et s’appellent souvent par leur prénom, même dans des débats publics cinglants où ils s’opposent. Bref, ils apparaissent être à tu et à toi ; pourtant la violence verbale grosse d’une autre violence reste très forte : ils sont souvent à tue… et à toi[63].
Notes de fin de Saison
[1] Grâce aux atlas et à la Toile (Internet) on peut facilement situer ce Caillou. Il se trouve au sud de la Mélanésie (qui signifie Îles noires) avec au nord la Micronésie (Îles minuscules) et à l’est la Polynésie (Îles nombreuses) ; ces appellations sont des inventions des géographes du XIXe siècle.
[2] Pourquoi ne pas donner le dernier recensement de 2019 ? Un début d’explication suit... En 2018, on l’évaluait (en projetant l’évolution passée) à près de 290 000 habitants ; on reviendra sur cette erreur d’appréciation qui renvoie à un véritable scoop ; mais laissons pour le moment ce suspense… Le prochain recensement devrait avoir lieu en 2024.
[3] Le Larousse préfère Zoreille : nom masculin ; Familier, nom donné aux Antilles, à la Réunion, en Nouvelle-Calédonie aux personnes nées hors de ces territoires (résidents, touristes). Pour Zoreil (dont les orthographes sont donc multiples, Z’oreil ou encore Zorey dont le plus dépréciatif Zor), le terme vient de l’île de la Réunion. Mille origines sont données (dont celle, en passant par Cayenne, du maton tendant toujours l’oreille pour espionner les bagnards). Un éminent linguiste du CNRS les balaie tous : le terme provient selon lui du tamoul dorey qui signifie maître ; il s’est généralisé à la Réunion lors de l’engagisme d’Indiens (des Indes, évidemment...) au milieu du XIXe siècle avant de faire le tour des îles francophones.
[4] Et avec le scoop mentionné plus haut.
[5] Par exemple le pavé de Wikipédia :
Histoire de la Nouvelle-Calédonie — Wikipédia (wikipedia.org)
En plus court :
Histoire de la Nouvelle-Calédonie : le Caillou en 16 dates clés - Geo.fr
Avec plus d’images :
[6] On résumera ici très rapidement (en oubliant quelques mouvements) car on peut en savoir plus avec l’article de Wikipédia, Le nationalisme Kanak, à ne pas confondre avec le nationalisme calédonien ; voir :
Nationalisme kanak — Wikipédia (wikipedia.org)
[7] Une référence au foulard rouge (supposé) donné par Louise Michel aux insurgés de 1878.
[8] En novembre 1977 le congrès de la très vieille UC (on reviendra sur sa vieille histoire) oppose les partisans de l’indépendance, avec Jean-Marie Tjibaou, et ses adversaires emmenés par Jean-Pierre Aïfa (l’un des premiers nationalistes calédoniens) : Tjibaou gagne la partie.
[9] Voir :
https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_territoriales_n%C3%A9o-cal%C3%A9doniennes_de_1979
[10] Mais sous la présidence du Haut-Commissaire représentant la France ; ce ne fut pas sans réactions violentes des loyalistes les plus radicaux ; voir :
[11] Voir un compte-rendu par Isabelle Leblic qui analyse finement le caractère de cette alliance.
[12] Voir :
Fédération pour une nouvelle société calédonienne — Wikipédia (wikipedia.org)
Voir aussi la biographie de Aïfa (qui a encore, début 2024 bon pied bon œil) l’un des fondateurs d’un syndicat (l’USOENC, l’Union des syndicats des ouvriers et employés de Nouvelle-Calédonie) qui eut un bel avenir. L’article de Wikipédia qui suit a peu d’intérêt, sauf à montrer que la politicaillerie (quoique la création d’un impôt sur le revenu, rejeté par la droite loyaliste, décida du passage à la gauche indépendantiste) eut de beaux jours sur le Caillou ; et en a encore…
Jean-Pierre Aïfa — Wikipédia (wikipedia.org)
[13] Voir :
https://www.facebook.com/watch/?v=1312785899647515
[14] Voir, sur cette table ronde et son échec (relatif), l’article, avec quelques vidéo :
Il y a 37 ans, la table-ronde de Nainville-les-Roches - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)
Le contenu de l’accord (non signé par Lafleur) est le suivant :
Accord de Nainville les Roches (e-monsite.com)
[15] C’est souvent considéré comme la date officielle du début des événements ; voir :
Il y a quarante ans, l'assassinat de Pierre Declercq - Nouvelle-Calédonie la 1ère (francetvinfo.fr)
D’autres dates sont proposées où l’on oublie Declercq ; par exemple celle de la « neutralisation » (assassinat) d’Éloi Machoro, le ministre de la Sécurité du second gouvernement Tjibaou (quasi-clandestin, celui-là). Jean Guiart (1996, op. cit.) raconte la réaction de Barbançon à la disparition d’Éloi Machoro : « Machoro n’était pas son ami, mais il a pleuré à sa mort, comme mon épouse et moi-même, autant pour la faute politique irréparable que cet assassinat voulu par l’Elysée constituait, [on lui laisse la responsabilité de cette affirmation, PC] que pour la disparition d’un homme attachant, courageux et qui n’avait pas de sang sur les mains ». Voir, sur Éloi Machoro, après cette précision :
Éloi Machoro — Wikipédia (wikipedia.org)
et :
Petite histoire du « vieux Eloi » Machoro (wikiwix.com)
Voir aussi le point de vue des loyalistes ; après sa mort ; il est très différent… :
Reportage propagande des médias Français - Eloi Machoro - YouTube
[16] Accords de Matignon (1988) — Wikipédia (wikipedia.org)
[17] Accord de Nouméa — Wikipédia (wikipedia.org)
et :
[18] Plusieurs livres et articles récents jouent également sur l’ambiguïté de cette notion-slogan, dont : Faberon J-Y. sous la direction de, Citoyenneté et destin commun en Nouvelle-Calédonie, Presses universitaires de l’Université d’Aix-Marseille ; Pitoiset A., Wéry C. (2013) ; Un destin hors du commun Chronique de la vie politique calédonienne en 2012, Le Rayon vert ; Gay J-Ch. (2014) Un destin peu commun, Editions IRD ; Graff S. (2016) Visibilité du destin commun et invisibilité de l’histoire : discours, célébrations et construction de la citoyenneté en Nouvelle-Calédonie, Anthrovision ; Le Meur P-Y. (2017) Le destin commun en Nouvelle-Calédonie : entre projet national, patrimoine minier et désarticulations historiques, Mouvements 2017/3 (n° 91) Kanaky Nouvelle-Calédonie : situations décoloniales. Indiquons cependant tout de suite, après ce premier inventaire, que notre bibliographie sera sélective : pas question de jouer les encyclopédistes… Mais les curieux pourront continuer à chercher sur la Toile :
https://www.google.com/search?client=firefox-b-e&q=Le+destin+commun+en+nouvelle+cal%C3%A9donie
[19] Avec le Code de l’indigénat (d’abord appliqué à l’Algérie en 1834 puis généralisé à la fin du XIXe siècle aux colonies françaises) qui distingue les citoyens français (les colons) des indigènes sujets français, aux libertés limitées (pas de droit de circuler librement, de jour comme de nuit, de droit de résider avec résidence imposée en cantonnement ou réserves pour la Calédonie) et soumis à un régime pénal discriminatoire. Voir :
Indigénat — Wikipédia (wikipedia.org)
Voir également Isabelle Merle, De l’idée de cantonnement à la constitution des réserves La définition de la propriété indigène, lisible sur la Toile :
https://books.openedition.org/editionsmsh/2788?lang=fr
Cet article se trouve dans le recueil d’Alban Bensa et Isabelle Leblic (dir.), En pays kanak, Ethnologie, linguistique, archéologie, histoire de la Nouvelle Calédonie (Éditions de la Maison des sciences de l’homme, Ministère de la Culture, Collection Ethnologie de la France.
On peut également relire un texte plus récent : (CNRS, 2019) Isabelle Merle et le Néozélandais Adrien Muckle, L’indigénat, Genèses dans l’empire français, pratique en Nouvelle-Calédonie, op. cit. ; on ne résiste pas ici à vous faire voir la couverture de ce livre… :
https://www.cnrseditions.fr/catalogue/histoire/l-indigenat-geneses-dans-l-empire-francais/
Voir aussi, plus ancien (2010) :
Faugere Elsa et Merle Isabelle, La Nouvelle-Calédonie : vers un destin commun ? (Chez Karthala).
[20] Voir et entendre la récente conférence (Faire peuple ?) d’Isabelle Merle, historienne, au Centre culturel Tjibaou, du 23 novembre 2023 où la notion de Peuple est déclinée pour la Nouvelle-Calédonie, ce qui peut aussi introduire notre sujet.
https://www.unjourencaledonie.com/facebook-event/conference-faire-peuple/
L’audio de cette conférence sera peut-être entendable un jour sur le site La médiathèque du Centre culturel Tjibaou, puis, plus tard, la vidéo de cette conférence sur le site de la télé Caledonia. Pour le moment : rien !
Voir une critique de cette conférence par le magazine Demain en Nouvelle-Calédonie (DNC) :
« Il y a un peuple calédonien qui se reconnaît » – DNC.NC
Voir également la conférence de l’anthropologue Patrice Godin (où la notion de peuple est remplacée par celle de société) : La Nouvelle-Calédonie : une société plurielle ? (Rencontres de la Médiathèque du Centre culturel Tjibaou, en juillet 2020, vidéo assurée par la chaîne de télé Caledonia)
centre culturel Tjibaou - YouTube
[21] Fin 2023, ils proposent plutôt un retour en arrière : certains transferts de compétence devant être rétrocédés à l’État. Et si ce n’était que ça !
[22] Il ne faut pas dire la France à beaucoup de Caldoches, car pour eux la Nouvelle-Calédonie, c’est la France. Et Métropole est (c’est tout récent) de moins en moins usité, car le relent colonial est trop évident ; on préfère maintenant sur le Caillou de plus en plus utiliser Hexagone, sans se rendre compte que l’on exclut alors de la France la Corse et les autres ex-colonies éparpillées dans le monde !
[23] Tous les habitants du Caillou adorent les mots fleuris (voir Mille et un mots calédoniens, petit lexique des termes utilisés en français calédonien (publication FOL, Fédération des œuvres laïques, Nouméa, 1982) ; les plus fleuris sont croustillants et sont employés nettement plus qu’en Métropole, en interjection, un peu comme Con ! qui clôt les phrases dans le sud de chez nous. Il s’agit (et écrit avec la prononciation locale) de « l’Onculé » (ou l’Ônculé) ou autres variantes…
Ceux qui veulent se cultiver un peu plus peuvent lire l’article de Mireille Darot et Christine Pauleau intitulé Tabou et français calédonien. Un exemple de variation lexicale du français en francophonie (Langage & société, 1992) lisible sur la Toile :
https://www.persee.fr/docAsPDF/lsoc_0181-4095_1992_num_62_1_2588.pdf
[24] Plus exactement Kanaky-Nouvelle-Calédonie, avec deux tirets. Nous préférons notre appellation : il n’y a pas trois Pays, sauf à jouer sur Kanaky-Nouvelle…
[25] « En raison de la proximité sonore des mots canaque et macaque (ce primate à corps trapu et à museau proéminent) les Blancs de la Nouvelle-Calédonie ont ainsi, vers 1899, affublé de ce nom les Mélanésiens ». Ce qui pourrait apparaître comme une mauvaise plaisanterie raciste (en fait une dérision très critique) se trouve sur une publication de la grande Université Laval du Québec, au Canada :
https://www.axl.cefan.ulaval.ca/pacifique/ncal-kanaks_def.htm
[26] Jules Garnier, Voyage à la Nouvelle-Calédonie : 1863-1866, fac-similé de l’original (Nouméa juin 1978 - Hachette Calédonie). Ce livre est donc une réédition ; autre réédition chez Zulma, 1991.
Il m’a été offert par un copain (bien après 2018) qui était tombé dessus en flânant près des bouquinistes sur les quais de la Seine. Il s’agit de différents reportages de Garnier parus dans la revue Le tour du monde (volume 18 pour 1868 et volume 16 pour 1867), après son retour en France. L’inventeur des aciers inoxydables au nickel s’avère aussi ethnologue progressiste. On peut lire ce vieux livre, encore pour les longues soirées d’hiver, sur BNF Gallica :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k261394/f268.item
[27] On y reviendra un peu plus loin avec une bonne surprise…
[28] Le Pays du Non-Dit, op. cit. Il refuse l’usage (imposé par les kanak…) de l’invariabilité en genre et en nombre. ; il précise que « le retour du K se situe dans les années 1968-1970, avec les premières manifestations des étudiants kanaks de Paris ». Il indique également que l’origine du mot kanak est tamata en polynésien (?).
[29] Ou Téâ Kanaké, mythe fondateur de la société Kanak né sur la côte est ; voir par exemple, entre mille trouvables sur la Toile :
https://fr-fr.facebook.com/1076487109090793/posts/1842221722517324/
En septembre 1975, le clou du festival Mélanésia 2000[29], marqueur historique de la reconnaissance de la culture kanak, initié par Jean-Marie Tjibaou, fut le spectacle son et lumière (dite pièce de théâtre) autour de l’histoire de Téa Kanaké. Ce festival, tenu à Tina, près de l’actuel Centre culturel Tjibaou (abritant l’Agence de développement de la culture kanak, l’ADCK) peut être considéré comme l’origine de ce centre culturel, décidé par la France en 1989 et inauguré par le premier Ministre Lionel Jospin en 1998, paraphant dans la foulée l’Accord de Nouméa entre loyalistes et indépendantistes qui prolongea la période d’attente et de paix des accords de Matignon-Oudinot.
[30] Une autre origine de l’appellation, est donnée par Jean Guiart (1996, op. cit.) :
« Caldoche est la crase de "Calédo chose" une interjection vengeresse imaginée à Nouméa par deux petites filles canaques, mon épouse et la future Madame Maurice Lenormand, au tout début des années trente, puis répété et aspiré dans la masse de l’Union Calédonienne. Il n’y a pas de quoi en faire un plat ».
[31] Il précise (outre l’histoire de boche) que le mot viendrait du poisson (le mérou) nommé loche sur le Caillou : « grande gueule », le Caldoche aurait des points communs avec ce poison : « Il est comme les loches, tu enlèves la gueule, y’a plus rien ! » (Le pays du Non-Dit, op. cit.).
[32] Son auteur est Bernard Berger ; il en existe des dizaines de volumes.
[33] « Une véritable fixette pour l’auteur ! », pensera le lecteur. Si on veut. C’est l’un des seuls où ce nationalisme calédonien peut se lire entre les lignes dans ses très nombreux écrits. Celui de Jean-Pierre Aïfa transparaît rarement (et dans beaucoup moins d’écrits) ; celui du centriste Philippe Gomès, le patron encore incontesté du Parti Calédonie ensemble, me semble évident mais n’est jamais déclaré comme tel.
[34] Op. cit. Pour ceux qui veulent mieux le connaître et en particulier le voir quand il était encore jeune (car ce n’est plus aujourd’hui un perdreau de l’année : il est né en 1950) et raconte qu’il est descendant de bagnard (et bien d’autres choses) sur une interview de 1989 visible sur la Toile ; et c’est une excellente introduction :
https://www.youtube.com/watch?v=eCKTTX6aUtg
On peut en voir et entendre plein d’autres :
Il fut plus tard interviewé en 2019 pour la réédition de son livre, en particulier à un journal télévisé de Nouvelle-Calédonie la 1ère, mais aussi ailleurs, à la radio :
https://www.babelio.com/auteur/Louis-Jose-Barbancon/120690
Tout non-dit est-il bon à dire ? Cette question du Non-Dit (et avec majuscules chez Barbançon) n’est cependant pas soulevée explicitement, sauf par une phrase : « Je me souviens de la réflexion de ma mère à qui je confiais mon intention d’effectuer des recherches sur le bagne : "Mon fils, m’a-t-elle dit, il faut laisser les morts dormir en paix, ils ont assez souffert" ». Et il généralise : « Quelques mois plus tard, m’étant rendu à Lifou pour assister à une conférence sur l’arrivée du christianisme dans l’île, j’interrogeai un auditeur kanak sur cette période et sur les oppositions entre catholiques et protestants, il me répondit : "Il ne faut pas réveiller les vieux qui sont morts" ».
Barbançon (il est alors beaucoup plus vieux mais a toujours une bonne bouille…) a répondu en 2009 aux 5 Questions pour Île en île dans un entretien réalisé par Thomas C. Spear à Poindimié (village du nord de la côte est du Caillou :
http://ile-en-ile.org/louis-jose-barbancon-5-questions-pour-ile-en-ile/
Il y précise ce que signifie le non-dit : « Tant que les choses n’étaient pas dites, on avait l’impression que le mal n’existait pas ».
[35] Les écrits de Barbançon sont donc nombreux, outre Le pays du non-dit… Mentionnons (en 1995) La Terre du lézard (Libres écrits, éditions Îles de lumières) qui a été réédité en Ebook :
La terre du lézard de Louis-José Barbançon - ePub - Ebooks - Decitre
Voir son compte rendu par Jean Guiart, en 1996 :
Barbançon, José-Louis, La Terre du Lézard - Persée (persee.fr)
Guiart écrit, le concernant : « … et qui avoue ne pas savoir ce qu’il est lui-même, Français ou faux français, Calédonien ou Caldoche … ». C’est, à mon avis, tout lui.
Le plus personnel de ses ouvrages est sans doute (2003) L’Archipel des forçats : Histoire du bagne de Nouvelle-Calédonie, 1863-1931 (Lille, Presses Universitaires du Septentrion) où le Non-Dit est sans doute mieux abordé : il découvre le non-dit familial et grand classique des descendants des Européens natifs du Caillou, longtemps tabou : l’un de ses aïeux était bagnard ; d’où la réaction de sa mère indiquée plus haut. La présentation du livre par la FNAC indique « De 1863 à 1931, la Nouvelle-Calédonie est connue sous le nom de "la Nouvelle". Vingt-deux mille transportés des travaux forcés, plus de 4 000 déportés politiques, surtout de la Commune de Paris, près de 4 000 relégués, en majorité récidivistes de délits mineurs, auxquels il faut ajouter plus de 1 000 femmes transportées ou reléguées y débarquent, faisant de cette terre kanake du Pacifique Sud, l’archipel des forçats ». Bien plus tard, en 2020, il reprendra le sujet, en deux coffrets : Le mémorial du bagne calédonien - Entre les chaînes et la terre, édité Au vent des îles, Collection Beaux Livres.
Ce livre est la publication, modifiée, de sa thèse intitulé Entre chaînes et terre ; il en a fait un documentaire : l’histoire du bagne calédonien racontée par Louis-José Barbançon :
[36] Avec Wallès Kotra ; ce livre est sorti fin janvier 2023 (éditeur Au Vent Des Iles, collection Biographies) mais on pouvait déjà en avoir connaissance lors d’une conférence au Congrès de Nouvelle-Calédonie le 20 décembre 2022. Il avait déjà publié, un an auparavant, dans la même veine, Nos ailes ont des racines (édition Académie des langues kanak, avec titre en drehu, la langue de Lifou, La itre iape së ka hetre iwaan, 2021). Voir surtout, à la fin de l’article, son interview :
[37] Ce grand journaliste kanak mérite aussi un petit clin d’œil ; voir :
[38] La racine et l’horizon (chez Humanis, Collection Archipels, 2023) ; voir :
La racine et l'horizon - Louis-José Barbançon (editions-humanis.com)
[39] Plus exactement le renommer ADCC, l’Agence de Développement de la Culture Calédonienne.
[40] À cette séance de dédicace de Barbançon en décembre 2023, il en dit peu à l’assistance, s’étant engagé auprès du Président à ne pas divulguer le contenu de l’entretien ; mais l’un de ses amis divulgua une rumeur sur les réseaux sociaux selon laquelle il lui aurait dit : « Il ne manque plus à votre discours que le port du casque colonial ! ». Barbançon ne l’a pas contredit…
[41] Il précisa : n’avoir eu « aucune formation de gauche, et surtout pas marxiste, ayant été élevé dans une culture familiale très catholique » ; être un libéral en économie, mais avec intervention du secteur public ; être plutôt de droite (mais une droite sociale). Enfin, il rêve que cette droite se réveille en Calédonie pour contrer le radicalisme des loyalistes (qu’il ne qualifia pas d’extrême-droite mais semblait fort y penser). Tout est presque dit.
[42] On propose de regarder une vieille vidéo (d’une heure et demie), Les Médiateurs du Pacifique, de janvier 1996 :
MichelRocard.org - Détail document : VIDEOFJJ002135
[43] Depuis 2019 cependant, un nouveau petit parti de Wallisiens-Futuniens (L’Éveil océanien) joue les faiseurs de rois.
[44] On y reviendra, mais les lecteurs pressés peuvent déjà comprendre l’enjeu, avec :
[45] Déflorons un peu : et le solde migratoire très négatif des Européens (surtout des Métros) de 2014 à 2019 qui semble s’aggraver aujourd’hui.
[46] Les DOM-TOM n’existent plus (pardon : l’appellation…) depuis 2003 Les DOM sont devenus DROM ou DOM-ROM (Département et région d’outre-mer») et les TOM sont disparus, sauf pour les Terres australes, afin de faire place aux COM (Collectivité d'outre-mer). Mais l’appellation DOM-TOM est restée, comme sa réalité.
[47] Il vient de s’éteindre en 2023, à 97 ans. Il fut marié à une Chilienne et se trouvait à Santiago avant et après le coup d’État de Pinochet le 11 septembre 1973 où il prit des tas de notes ; il en fit un livre en 1974 (Vie et mort du Chili populaire, Éditions du Seuil) que j’avais modérément apprécié, ayant vécu et participé (comme Volontaire du service national ; bref le substitut de mon service militaire) un an et demi sous le régime de Salvador Allende à aider au développement de la Réforme agraire. La hasard voulut que je le retrouve plus de dix ans plus tard à Santiago. Je travaillais alors dans les bidonvilles de la ville, sous Pinochet - mais pas pour lui… - certes moins agressif qu’au début de sa dictature : la crise mondiale du début des années 1980 avait mis fin au miracle supposé de l’ultralibéralismes qui avait boosté le développement capitaliste. Curieusement, Touraine (cependant toujours de gauche réformiste sociale-libérale) insista plus sur le grand bond en avant de la modernité sous Pinochet que sur les grands défauts de ce dernier ; peut-être était-il prudent et donc méfiant. La discussion avec lui sur ce thème fut un peu âpre.
[48] Cours de sociologie du développement à l’IEDES (Institut d’étude du développement économique et social) au début des années 1970. Ce cours ne portait pas spécifiquement sur l’Amérique latine ; dans son livre de 1976, Les sociétés dépendantes, sous-titré Éssais sur l’Amérique latine (Éditions Duculot, Sociologie nouvelle) Touraine ne reprenait pas exactement sa trilogie qui devenait Luttes de classes, lutte pour la libération nationale, recherche d’une modernisation sociale (que l’on peut assimiler à développement) ; l’axe de ses réflexions était plutôt le national-populisme.
[49] Voir, sur ce boom, un vieil article (de 1976) de l’ORSTOM, J. C Roux, Le « boom » du nickel de 1968 à 1972 en Nouvelle Calédonie :
https://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers15-06/01890.pdf
Cet article en facsimilé (ce qui permet de percevoir la beauté des caractères des machines à écrire d’avant-guerre) n’est néanmoins pas inintéressant pour comprendre la dynamique démographique : arrivée de nombreux immigrés, suivie d’une fuite après la crise de 1974. L’ORSTOM est l’Office de la recherche scientifique et technique outre-mer, aujourd'hui remplacé par l’IRD, l’Institut de recherche pour le développement dont l’un de ses principaux centre en Outre-mer se trouve à Nouméa. L’ORSTOM est en fait l’ancien Office de la recherches scientifique coloniale (ORSC) qui deviendra l’ORSOM (Office de la recherche scientifique outre-mer) en 1949 et, en rajoutant le T de Technique, l’ORTOM, seulement en 1953. Le colonial devient l’outre-mer, reste scientifique et devient technique : on s’éloigne du colonialisme…
[50] Plusieurs tentatives déjà pendant la colonisation, avec peu de succès.
[51] Premier ministre, Lettre adressée à Xavier Deniau, secrétaire d’État chargé des DOM-TOM.
[52] Roger Laroque, maire de Nouméa à l’époque, était plus direct : il fallait « faire du Blanc ».
[53] Une étude comparative présentée par Louis-José Barbançon à un colloque de l’IRD à Nouméa démontre clairement l’impact de l’immigration sur l’électorat.
[54] Son intervention au Colloque de 2013, Les 25 ans des accords de Matignon-Oudinot et des 15 ans de l’Accord de Nouméa retraçait l’histoire des deux (ou trois) accords et des deux référendums « qui ont donné du temps au temps ». Ce colloque fut tenu à la Maison de la Nouvelle-Calédonie, en présence, entre autres, des anciens Michel Rocard et Lionel Jospin (qui fit aussi référence au processus de décolonisation interne) pour l’État, Harold Martin et Pierre Frogier (deux loyalistes caldoches) et Paul Néaoutyine (indépendantiste kanak) pour les diverses tendances du Caillou.
Voir ce colloque sur YouTube :
https://www.youtube.com/watch?v=umBuP4jl7-I
Nous reviendrons sur ces acteurs, mais Néaoutyine mérite déjà d’être présenté : il est le fondateur du Palika (Parti de libération kanak déjà évoqué) et l’un des deux grands partis que regroupe le FLNKS. Les curieux peuvent déjà le découvrir : Néaoutyine P. entretiens avec Jean-François Corral et André Némia (2005) L’indépendance au présent, Identité kanak et destin commun, Préfaces de Didier Daeninckx et Élie Poigoune, Collection Des paroles en actes, Syllepse, Paris. Les entretiens datent en fait de 2002, mais la ligne politique de Néaoutyine n’a guère varié.
[55] Lors des occupations d’entreprises, les grévistes s’abritaient sous ces bâches.
[56] Nous avons emprunté cette expression ; on y reviendra.
[57] Ces transferts métro financent certes les compétence régaliennes (justice, défense, relations internationales : il est donc parfaitement logique qu’ils soient fournis) mais ils financent aussi les coûts des compétences transférées (dont l’enseignement, hors celui du primaire) et, pour être direct, ceux que les classes aisées et riches ne financent pas… par insuffisance des impôts et cotisations sociales locales : ces classes privilégiées veulent le beurre (la Calédonie française, le maintien dans la République) et l’argent du beurre (ces transferts de fric)…
[58] Depuis 2010, on séjourne en Calédonie trois à quatre mois par an (et en général en deux fois ; et presque le temps d’une grossesse pendant la pandémie de la Covid) en combinant : d’une part, enquêtes sur les trois champs sociaux, économiques et politiques ; d’autre part, un enseignement d’histoire de la pensée économique à l’UNC (Université de Nouvelle-Calédonie) ; enfin une activité d’expertise pour les syndicats et comités d’entreprise jusqu’à ma retraite. Toutes les informations économiques données ici et dans les compléments TIC sont cependant des informations publiques tirées de l’ISEE nc. Sauf autres sources, on n’indiquera donc pas nos sources à chaque graphique présenté.
[59] Wikipédia nous rappelle ce qu’est le roman noir : « (Il) désigne aujourd’hui un roman policier inscrit dans une réalité sociale précise, porteur d’un discours critique, voire contestataire. Le roman noir, tout en étant un roman détective, se fixe ses propres frontières en s’opposant au roman d’énigme, car le drame se situe dans un univers moins conventionnel, et moins ludique ».
[60] Certains préfèrent Souveraineté avec partenariat ; on reviendra sur cette question fondamentale ; les curieux pressés peuvent déjà commencer à comprendre en lisant le livre de Jean-Luc Mathieu, La Nouvelle-Calédonie sera-t-elle indépendante ? Analyse d’une politique publique, paru chez L’Harmattan en 2018 : un concurrent… On peut aussi lire sur la Toile : Isabelle Leblic, Compte rendu de La Nouvelle-Calédonie sera-t-elle indépendante ? Analyse d’une politique publique par Jean-Luc Mathieu, Journal de la Société des Océanistes, 147, 2018, 596-599.
https://journals.openedition.org/jso/9702
[61] Il y eut un « petit train » (à voie étroite, de marque « Decauville ») transportant le minerai sur mine. Mais surtout le grand projet Nouméa-Bourail (160 km quand-même ) de la fin du XIXe siècle réalisé à grands frais en 1904 et qui n’atteindra que Païta (une banlieue de la Capitale) : crise agricole et Première guerre mondiale ; il ne fut supprimé qu’en 1945. Récemment, la SNCF étudia un nouveau projet, resté sans doute dans les cartons.
[62] On le sait grâce à l’article du journal Le Monde Afrique, Dakar de février 2017 : Hamidou Anne, Oui, la colonisation est un crime contre l’humanité où est cité Césaire « qui, rappelle Hamidou Anne, avait anticipé la réponse … avec son monumental Discours sur le colonialisme ». Que disait Césaire ? Simplement : « On me lance à la tête des faits, des statistiques, des kilométrages de routes, de canaux, de chemin de fer. Moi, je parle de milliers d’hommes sacrifiés au Congo-Océan. Je parle de ceux qui, à l’heure où j’écris, sont en train de creuser à la main le port d’Abidjan. Je parle de millions d’hommes arrachés à leurs dieux, à leur terre, à leurs habitudes, à leur vie, à la vie, à la danse, à la sagesse. Je parle de millions d’hommes à qui on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité, le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme ». Voir cet article de Hamidou Anne :
[63] A tue... et à toi, un San Antonio, polar de Frédéric Dard.