Avec les derniers ajouts, successifs, mercredi 19 novembre, toujours à Nouméa et, comme d’habitude, quelques corrections du texte antérieur.
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Suite, donc, du précédent billet du 31 octobre, et dans les mêmes conditions.
Saison 2 (suite) – Semaine du 9 au 16 novembre : semaine de Moutchou, mais aussi du Palika
Deux mots sur la presse métropolitaine qui couvre évidemment la visite de Moutchou ; mais on n’en apprend guère plus qu’avec la presse du Caillou. Quoique…
L’article du quotidien Le Monde du 10 novembre ne me semble pas une mine d’informations nouvelles.
Celui de Libération du 11 novembre non plus.
Mais en dénichant un article du Monde du 12 novembre (Nouvelle-Calédonie : une visite délicate pour Naïma Moutchou, par Nathalie Guibert) on tombe sur des positions un peu plus tranchées et, surtout, on en apprend un peu plus.
Naïma Moutchou en Nouvelle-Calédonie pour une visite aux allures de mission impossible
« Ce projet politique, trop vite qualifié d’"accord historique" par l’exécutif à Paris, reste pour l’heure tenu en échec. Le simple nom de Bougival est devenu radioactif pour le Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS), … […] L’instabilité politique à Paris a fait perdre plusieurs mois au projet d’État de la Nouvelle-Calédonie, censé aboutir à une révision constitutionnelle – de plus en plus hypothétique – en 2026. Du temps perdu pour un territoire endetté à 360 % auprès de l’État, privé de 13 % de son produit intérieur brut en 2024. Du temps gagné, avec le report des élections néo-calédoniennes, pour un FLNKS qui doit surmonter ses divisions internes. Il est poussé à durcir ses positions par les cellules de coordination et d’action de terrain [la fameuse CCAT, PC] qui ont dominé les mobilisations de 2024 jusqu’à l’insurrection du 13 mai, et par les petits partis autonomes qui l’ont rejoint dans la foulée. Dans un mouvement inverse, les indépendantistes réformistes du Parti de libération kanak (Palika) et de l’Union progressiste en Mélanésie suspendaient leur participation [aux réunions du FLNKS, PC] ».
Fine analyse peu courante ; et avec un petit scoop alors que le silence semblait alors la règle dans la presse du Caillou) : « Promoteur de Bougival, tout aussi partagé, [Je souligne, PC] le Palika a tenu un congrès durant le week-end des 8 et 9 novembre, dont les conclusions seront rendues publiques jeudi. [Je souligne encore, PC] Une partie de la base veut acter la rupture avec le FLNKS, refusant son évolution radicale. Mais une autre appelle au renouvellement des cadres et à l’unité du monde kanak [Encore souligné par moi…] face à l’objectif d’"installer l’État de Kanaky Nouvelle-Calédonie" ».
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Passons au 12 novembre et à la presse du Caillou, toujours avec essentiellement les deux concurrents que sont NC 1ère et LNC.
La rédaction d’Outre-mer La 1ère (qui concerne toutes les Outre-mer) avait publié, le 12 au matin, un résumé de la journée d’hier.
Comme par hasard, le début de la vidéo qui ouvre l’article fut longuement consacré à l’absence de réponse de Moutchou concernant l’aide financière de l’État ; et avec quelques détails non mentionnés dans le billet précédent. Le reste du résumé sur le Caillou ne nous apprenait rien ; le reste sur les autres territoires était hors sujet.
Le 12 novembre toujours, en milieu de matinée, on apprenait par NC 1ère que Moutchou avait rencontré Paul Néaoutyine, le toujours "président de la Province Nord (et apparemment, selon la photo, en santé moyenne). C’était peut-être un moment clé de sa visite, même si j’étais (et suis toujours) incapable d’expliquer exactement pourquoi, à part quelques évidences mais surtout quelques hypothèses sans doute osées ; mais ne déflorons pas !
On apprenait, mais cela ne clôt pas la polémique analysée dans le billet précédent (Néaoutyine a-t-il déclaré ou non être contre l’accord de Bougival ?) qu’il émettrait quelques réserves envers cet accord : « Après une coutume d’accueil dans le hall de la province Nord, la ministre des Outre-mer s’est entretenue dans le bureau du président de l’exécutif, Paul Néaoutyine, à l’écart des caméras. Si rien n’a filtré de cette séquence, on sait le patron de la province Nord frileux sur certains points de l’accord de Bougival, notamment sur le volet économique, et plus particulièrement la filière nickel . [Je souligne, PC]" ».
Nos lecteurs éventuels savent que le président de la Province Nord, pourtant depuis longtemps fort taiseux, s’était vertement opposé au détricotage de la « doctrine nickel » quand Macron et Lemaire faisaient tout (sans succès) en 2023 et 2024 pour remettre en cause cette « doctrine » des indépendantistes (soutenue, rappelons le, par Calédonie ensemble) qui (entre autres) ne concevait les exportations de minerais que comme une exception au raffinage des minerais dans les trois usines sur place ou dans celle, coréenne, de Posco où la Province Nord avait implanté une joint-venture (une coentreprise). Voir mes trois billets de février 2024 ; voir aussi (ça m’avait échappé) celui du Cercle du Croissant du 4 septembre 2023.
Et le lecteur trouvera d’autres précieuses informations sur le site du mouvement indépendantiste kanak (peu connu).
https://www.lindependant-knc.com/
Enfin, la visite repoussée (ou annulée ?) au Mont-Dore faisait jaser là-bas où l’on « demande à "ne pas être mise à l'écart" et à "participer à la reconstruction et la refondation de la Nouvelle-Calédonie". L’équipe de la ministre n’a pas confirmé si cette entrevue serait repoussée à une date ultérieure ».
Un peu plus tard, vers 13 h 30 à Nouméa, LNC précisait nettement le caractère de la rencontre entre Moutchou et Néaoutyine ; on en savait donc un peu plus (l’histoire, ou l’Histoire relatée par les journalistes évolue donc minute par minute, et selon les journalistes…) : Moutchou insistait, et pas du tout « en off » selon ce nouvel article, « sur le respect que nous devons à l’histoire » (ce que le précédent article omettait curieusement de noter).
« La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou a été chaleureusement accueillie par le président de la province Nord Paul Néaoutyine. […] Si rien n’a filtré de cet échange, Naïma Moutchou a réaffirmé venir pour "prendre le temps d’écouter", notamment des figures politiques comme ce leader indépendantiste, "capable de rassembler" et dont "on aura besoin pour traverser cette période de l’histoire" ». Elle venait peut-être de tout comprendre (mais gardons le suspense...) ; l’article précédent avait sans doute mal entendu…
Ce nouvel article continuait : « Cette séquence, qui n’était initialement pas prévue au programme du déplacement de Naïma Moutchou en Nouvelle-Calédonie, s’est décidée à la dernière minute. [Je souligne, PC] Le ministre des Outre-mer, de passage à Koné et Pouembout ce mercredi 12 novembre, a finalement suivi le chemin protocolaire habituel en rencontrant le président de la province Nord, Paul Néaoutyine. Une attention à laquelle n’avait pas eu droit son prédécesseur Manuel Valls, en dépit de ses nombreux déplacements sur le Caillou. [idem, PC : on a là un indice de l'importance de cette rencontre…] "Je suis quelqu’un qui a toujours respecté ce pour quoi il a été mandaté", a notamment déclaré Paul Néaoutyine, lors de la coutume de bienvenue ». Signification ?
L’article persistait dans les précisions, jamais évoquées (insistons) par l’article précédent : « Avant d’entrer dans le vif du sujet, le temps d’un entretien de plus d’une heure, loin des caméras et des micros, la ministre et le leader indépendantiste ont échangé en public [Je souligne encore, PC] le temps d’une coutume d’accueil, qui a uni "les valeurs universelles de la République et les valeurs kanak" de part et d’autre de la natte. "On entend beaucoup aujourd’hui, mais on n’écoute plus. Et c’est l’une des raisons pour lesquelles la ministre est là", a introduit Richard Poido, conseiller aux affaires coutumières et politiques au haussariat, qui a rappelé que le président de la province Nord est "un gardien de la mémoire et d’un combat", en tant que seul signataire des accords Oudinot-Matignon et de Nouméa encore à la tête d’une institution, à l’heure "où beaucoup écrivent l’histoire de ce pays à partir de leur date de naissance" ».
Rien que ça, et toc ! Signification de cette étonnante sortie ? Et je doutais ainsi que la rencontre avec le président de la Province Nord ait été décidé « à la dernière minute ».
L’article, intarissable, continuait ; et j’en profitais : « Face à Naïma Moutchou, le membre fondateur du Palika a longuement pris le temps d’expliquer les fondamentaux de la culture kanak et ses symboles, jugeant bon de rappeler que "c’est à celui qui arrive de dire pourquoi il est là", avançant que la ministre a peut-être un "casse-tête" entre ses mains. [un vrai casse-tête, une arme kanak, ou un simplement un grave problème (casse-tête en est expression locale), PC ?] Paul Néaoutyine a notamment fait part à la ministre des Outre-mer que "se comprendre et se parler, c’est la base", avant de lui souhaiter la bienvenue "au nom de toute notre délégation pluriculturelle à l’assemblée de la province Nord". Le chef de l’assemblée, qui rappelle rester attaché à ses "fondamentaux politiques et culturels tant que je serai là", a mis en garde l’assistance : rien ne devra filtrer de son entretien "off" avec la ministre. "Et je n’accepte pas qu’on interprète des propos quand on n’est pas là. Je n’ai jamais accepté de me faire instrumentaliser par qui que ce soit" ».
Que voulait-il dire ? Référence à la polémique sur son opposition supposée à l’accord de Bougival ? Quand le saura-t-on ?
Moutchou finit par développer (encore) qu’elle est « fille d’immigrés marocains, je viens d’une grande terre de coutume. Je partage avec vous beaucoup de choses, le lien avec les ancêtres, le lien à la mémoire, le lien à la foi et aux croyances ». Je ne suis pas sûr que Néaoutyine ait beaucoup de croyance religieuse… Mais aussi de lui passer la brosse à reluire : « Vous avez cette capacité, continue l’article, Monsieur le président, à rassembler vous-même. Vous savez ce que ça signifie, cette partie de l’histoire de ce territoire, vous l’avez forgée » et d’évoquer son premier entretien avec lui en 2018 quand elle « faisait partie de la mission sur l’avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie [ça avait échappé à beaucoup…]. "Nous nous revoyons aujourd’hui toujours pour évoquer le passé et toujours pour parler d’avenir. Car l’un ne va pas sans l’autre. J’ai beaucoup insisté depuis mon arrivée sur le respect que nous devons à l’histoire, aux mémoires et au dialogue vrai. Rien ne peut se construire si nous n’affrontons pas la réalité de ce qui a été, de ce qui est et de ce qui sera". Pour la ministre des Outre-mer, en fonction depuis un mois, "il existe un espoir de voir un chemin se tracer", une voie sur laquelle l’État aura besoin de leaders comme Paul Néaoutyine, qui ont "cette capacité à rassembler". Et ce, "pour traverser cette période de l’histoire, toujours avec la même méthode, celle de l’échange, du respect profond et de l’amitié" ».
Y a-t-il un message subliminal ? Et lequel ? Osons deux hypothèses, certes hasardeuses (et je me trompe souvent !).
La première est que Moutchou allait peut-être tenter (elle qui répète à l’envi depuis des jours : « Je ne souhaite pas faire sans le FLNKS ») de débloquer la question de l’accord de Bougival ; on ne sait rien de ce qu’elle a dit la veille aux délégués du Front qui ont simplement déclaré, pour la énième fois, être prêts à négocier, mais pas sur la base de cet accord qu’ils ont dénoncé. Fera-t-elle ce pas ?
La seconde est que, peut-être, Néaoutyine allait éclaircir sa position sur cet accord (l’a-t-il développée à Moutchou lors de leur entretien tenu secret ?) et même, peut-être, critiquer la curieuse position de son parti à cet égard. Cela expliquerait que le Palika restât étonnamment muet sur sa décision (si décision il y a eu) prise à la fin de son congrès dimanche dernier. On était alors mercredi en Calédonie ! Bref, Néaoutyine allait-il enfin sortir du bois où il se cache depuis des lustres, à l’exception de quelques éclats !
Dernière précision : ce nouvel article indique aussi « que la séquence prévue au Mont-Dore était annulée » en raison d’un retard sur le planning prévu. Annulé ou repoussée ? Là, les choses étaient plus claires mais par certaines.
Attention ! L’article des nouvelles calédonienne a été repris et amendé en milieu d’après-midi, avec plus de photos et de sourires complices de Moutchou et Néaoutyine ; mais le fond restait le même. Comme d’habitude, la première version avait disparu ; c’est donc cette seconde version que le lecteur verra en cliquant sur le lien indiqué plus haut !
Le principal rajout de ce second article est la râlerie de Nina Julié (élue Générations Mont-Dore, candidate aux élections municipales 2026, et surtout second couteau du parti de Metzdorf) après l’annulation (au moins pour ce jour) de la séquence prévue au Mont-Dore (dont la cause est sans doute la rencontre impromptue avec Néaoutyine) : « un très mauvais signal ».
Enfin, NC 1ère avait aussi publié, en soirée, un second article sur la visite de la ministre en Province Nord, avec pas mal de changement.
« Naïma Moutchou a eu les honneurs de Paul Néaoutyine » commence l’article ; j’inverserais plutôt, d’autant plus qu’il est indiqué à la suite : « Cela faisait plus d’un an qu’aucun ministre n’avait été reçu par le président de la province. La dernière visite remonte au 17 octobre 2024, François-Noël Buffet était alors ministre des outre-mer ». Et l’initiative venait, c’est évident, de l’État (avec changement de programme de dernière heure… ou minute) et non pas de Néaoutyine qui le fait habilement remarquer : « Vous êtes la bienvenue, voici le geste à la manière de chez nous. Merci de nous avoir retenu dans votre programme et de ce moment de partage ».
Le reste de la visite dans le Nord (l’agriculture, les jeunes du lycée Michel Rocard, le RIMA, etc.) m’avais moins intéressé.
Le JT de Caledonia du jour mentionnait évidement la rencontre entre Moutchou et Néaoutyine (pas vraiment en santé pétulante et à l’élocution timide : cependant, comme la plupart des Kanak, il ne fut jamais adepte du clairon…) mais ce JT restait d’une discrétion de violette. Celui de NC 1ère était tout aussi discret.
Toujours aucune nouvelle des décisions du Palika lors de son dernier congrès, mais on n’était que jeudi matin à Nouméa.
Et pendant ce temps-là, Moutchou passait de la visite éclair de l’enfer du Camp-Est à l’Île enchanteresse de Lifou (ou se trouve le chef-lieu de la Province des trois Îles Loyauté) considérée comme « l’île la plus proche du paradis ».
Visite à la prison de Nouméa en début de journée ; moins d’une heure...
Les syndicats de surveillants pénitentiaires manifestaient pour l’occasion : « On parle toujours des conditions de détention indignes, mais on laisse trop souvent de côté les salariés. […] En face, pas d’annonce concrète, la ministre affirme son intention de faire avancer les choses auprès du garde des Sceaux pour améliorer les conditions de détention mais aussi les conditions de travail. "Il y a des choses qui ont évolué dans le bon sens, pose Naïma Moutchou. Mais il faut continuer, il faut même accélérer" ».
« Parole, Parole, Parole » ont dû penser les surveillants ; et les prisonniers (qui, eux, n’ont pas manifesté).
Idem, en insistant un peu plus, en images et en écrit, sur les râleries des « matons » (un peu d’argot ne leur fera pas grand mal).
L’après-midi aller-retour en avion pour Lifou, Ne Drehu, à prononcer Né Djéou dans la langue du pays, le qene drehu (la langue kanak parlée par les plus nombreux habitants du Caillou, entre 12 et près de 20 milliers de locuteurs, pas seulement sur l’île).
Toujours armée de sa « philosophie » elle a recommencé avec les mots qui conviennent à la coutume locale : « Il faut cesser les affrontements il faut reprendre le tissage de la natte ». Ensuite, Mathias Waneux, président de la province des Îles loyauté, a développé ses problèmes économiques, de santé et financiers ; elle a répondu par « l’État sera présent à vos côtés, je suis là pour avancer sur les sujets qui sont sur la table ». Puis entretien, toujours en privé avec lui, et aucune déclaration à la presse.
Curieusement, encore rien sur LNC à 22 h sur la visite de Moutchou à Lifou ; c’est fort curieux, non ? Et encore rien du Palika dont le silence devient, comme on dit, de plus en plus assourdissant.
Le JT de Caledonia nous a permis d’entendre surtout l’épisode du Camp-Est avec la manifestation syndicale. Idem pour celui de NC 1ère.
Fin en beauté de cette Saison !
Toujours rien, en début de matinée du vendredi 14 novembre à Nouméa, ni de LNC sur la visite de Moutchou à Lifou (?) ; ni de la décision du congrès du Palika terminé dimanche dernier.
Je venais d’ailleurs de me rendre compte que j’avais zappé le JT de NC 1ère du samedi 8 qui avait donné quelques images et déclarations lors du congrès du parti : je corrige donc cet oubli, car le résumé par ce JT était riche et avec une déclaration importante de Jean-Pierre Djaïwé.
Dans son discours (vers la deuxième minute du JT) il posait la question suivante concernant son mouvement : « Est-ce que c’est un mouvement qui ira seul, c’est un mouvement qui ira avec le FLNKS, ou c’est un mouvement qui ira dans le FLNKS ; c’est à vous, c’est à vous de le dire. [Je souligne les trois options, PC] ». On attendait donc toujours la réponse…
En attendant, une bonne nouvelle venue de l’Assemblée nationale de Métropole (annoncée en début de nuit du 14 novembre, heure de Paris, par la rédaction d’Outre-mer La 1ère France Info et l’AFP) : la « défisc » n’était pas rabotée ; à la quasi-unanimité (242 voix contre 1 !) les députés avaient refusé de modifier un dispositif de défiscalisation dont bénéficient les entreprises en outre-mer (les élus ultramarins étaient vent debout contre cette mesure). Cette bonne nouvelle, annoncée auparavant par la presse de Métropole, n’était arrivée sur le Caillou qu’en cette matinée (mais l’heure indiquée est l’heure de Paris).
Pour justifier ce coup de rabot raté, le gouvernement disait « s’appuyer sur un rapport de l’Inspection générale des Finances s’interrogeant sur son efficacité économique et s’appuyant sur de nombreux cas d’abus documentés ».
Malheureusement, ce n’est pas faux, au moins en Calédonie : des investissements (surtout dans l’hôtellerie de luxe) qui n’auraient été que peu rentables sont devenus scandaleusement juteux et/ou inutiles ou retardés (certes d’abord par la Covid-19, puis par les émeutes – voir le projet Hilton Wadra bay à Lifou). En outre, il y a plus de 10 ans, le gouvernement socialiste de Jean-Marc Ayrault avait voulu supprimer (en le remplaçant par un autre système moins pervers et moins coûteux pour l’État) ce qu’il faut bien caractériser comme un avantage aux capitalistes d’Outre-mer (la gauche ultramarine n'allait sans doute pas apprécier…) ; il y avait renoncé.
Pourtant, « Dès la publication du texte du projet de budget, les députés ultra-marins avaient dénoncé cette proposition décidée brutalement, avec pour conséquence selon eux de fragiliser durablement le tissu économique en Outre-mer, où les défaillances d’entreprises s’emballent […] Dans leur viseur, également, une autre proposition, visant à réformer les exonérations de cotisations patronales en Outre-mer (LODEOM). Elle a été rejetée la semaine dernière par l'Assemblée nationale lors de l’examen du budget de la Sécurité sociale. À l’unisson, les élus ultramarins ont négocié ces dernières semaines avec le gouvernement qui a finalement accepté de revoir sa copie, et dit retravailler sur une "adaptation" de ces niches fiscales "dans les semaines qui viennent" ».
Comme quoi, les alliances de classe, ça existe.
Enfin, peu avant 11 h de ce matin du 14 novembre à Nouméa : le Palika se barre définitivement, et sèchement, du FLNKS ! (lors d’une conférence de presse ci-dessous annoncée). Ce n’était pas un scoop, mais ça avait mis du temps à venir.
« Principale raison avancée pour ce retrait, le manque de concertation dans la nouvelle stratégie du Front. […] … impossible de cautionner la stratégie qui est désormais celle du FLNKS pour accéder à l’indépendance ». Surtout, le mouvement se plaignait d’un « manque de considération pour le Palika. […] et que l’ultimatum de Christian Téin, président du FLNKS, le 23 octobre dernier a été lancé "sans aucune considération de l’implication du parti au sein front depuis 41 ans" ».
LNC annonça aussi la nouvelle, juste un peu plus tard ; mais avec combien de précisions !
« "Ce qui se fait au sein du FLNKS ne nous correspond plus. C’est-à-dire qu’on n’a pas renoncé au projet politique d’indépendance révolutionnaire et socialiste du pays. [Je souligne, PC] Mais on porte l’option politique de l’indépendance en partenariat, [Idem] avec comme point central, la négociation. Or, on s’est rendu compte que le FLNKS nouveau, aujourd’hui, n’est plus dans cette stratégie", lance Charles Washetine, le porte-parole du Palika [une sorte de revenant, membre historique du mouvement qui s’était effacé, un peu comme Néaoutyine, curieux hasard…, PC] pour qui "ce n’est pas par la destruction que l’on peut construire quelque chose pour nos enfants", mais bien dans "le dialogue que le Palika continue de porter depuis 2021" ».
Expliquons nos soulignements : 1/ le « vieux » Charles Washetine rappelle la vieille ligne, en effet révolutionnaire et socialiste du Palika ; 2/ cette ligne fut amendée (je pense avec raison ; je l’ai toujours dit) par l’option politique de l’indépendance en partenariat, bref, l’indépendance association proposée sans succès il y a 40 ans par Edgard Pisani ; en 2021, ce fut un coup de tonnerre, plutôt une éclaircie dans un ciel orageux) ; 3/ Et Washetine revient : le porte-parole, que l’on entendait plus souvent depuis longtemps, était le jeune Judickaël Selefen (à sa droite, on va le voir plus loin) portant sans aucun doute la ligne nouvelle.
On attendait juste, pour confirmer ces remarques, que Néaoutyine sortît enfin du bois ! Notons que cet étonnant retard dans l’annonce du Palika est effectué le jour même où Moutchou allait donner la synthèse de sa visite au JT de NC 1ère. Mais je pousse peut-être encore le bouchon trop loin…
Tout ce qui ressortait, selon LNC, de la déclaration de Washetine n’était certes pas nouveau pour le « nouveau » Palika, mais éclairé un peu différemment (insistons : je serai bien long mais c’est fondamental !).
« Et c’est dans cet état d’esprit que le parti de libération kanak a signé l’accord de Bougival et qu’il continue de le défendre, à la différence du "FLNKS nouveau", dont le rejet, en dépit de la signature de leur délégation, "n’a pas donné lieu à des perspectives en matière de contenus et de discussions avec les autres partenaires politiques". Cette stratégie du Front représente, selon le Palika, "un obstacle dans la recherche d’une solution négociée en faveur de l’accès au pays à la pleine souveraineté". […] Un processus que l’accord de Bougival, "qui s’inscrit dans les perspectives de l’accord de Nouméa et constitue une avancée politique majeure", peut permettre, selon le parti au tamioc [erreur : il s’agit d’une pelle, ronde, de mineur et non d’un tamioc, d’une hache, mot venant de l’indo-américain tomawak, PC] et au fusil, bien qu’il soit encore "perfectible" (voir ci-dessous). "Cet accord fixe le chemin d’accès progressif à la souveraineté sur des bases innovantes, inédites et inéluctables" tout en "prévoyant un processus permettant de sortir de la Constitution française", martèle le bureau politique, pour qui Bougival "prépare le statut de l’État de Kanaky-Nouvelle-Calédonie avec la France". "Imaginer cet État, imaginer une nationalité calédonienne dans le prolongement du combat qu’on porte, imaginer des institutions rénovées… On se projette bien au-delà de la gestion des compétences régaliennes. Et ce n’est pas rien de donner à la Nouvelle-Calédonie la possibilité d’intervenir dans le cadre des relations internationales dans la région, insiste Charles Washetine. C’est une avancée qui nous permet d’inscrire le processus de décolonisation et d’avoir un processus de prise en main par les Calédoniennes de leur propre destin. L’idée étant d’aller chercher l’adhésion d’une majorité de la population autour de cet accord" ».
Je ne change pas mon tamioc ou mon fusil d’épaule : bien que très critique envers l’accord de Bougival, adulé (cependant avec des réserves à mon avis feintes) par les loyalistes, j’ai toujours pointé mes hésitations dans mes nombreux billets.
Bien sûr, le Palika donne aussi dans la politicaillerie : il pense aux prochaines élections, ce qu’indique clairement l’article de LNC : « Cap sur les municipales et les provinciales ». Surtout les provinciales, poursuit Charles Washetine, un scrutin « dont on sait les enjeux puisque ce sera aux futurs élus d’élaborer la loi fondamentale pour le prochain statut du pays ».
L’article finit habilement, comme annoncé plus haut par : « il faut encore "améliorer" l’accord de Bougival. […] Ce mardi 11 novembre, lors des discussions bilatérales avec la ministre des Outre-mer Naïma Moutchou, la délégation de l’Uni était emmenée par Victor Tutugoro (UPM), Adolphe Digoué (Palika) et Jean-Pierre Djaiwé (Palika), qui a pris la parole à l’issue de cet entretien, assurant continuer de soutenir l’accord de Bougival et vouloir continuer le travail avec les non-indépendantistes, mais aussi le FLNKS, mais en comptant "améliorer le texte sans toucher à l’équilibre général" ».
Le Palika dévoile ainsi un peu ses discussions du 11 novembre avec Moutchou.
C’est aussi ce que laissait à penser la ministre, sauf que le Palika était plus précis (et l’avait déjà exprimé). « Parmi ces points à faire évoluer, le transfert des compétences régaliennes à la Nouvelle-Calédonie. "Dans l’accord de Bougival, il faut qu’un groupe du Congrès dépose une résolution, que cette résolution soit adoptée par 36 élus, et une fois que cette résolution est adoptée, un groupe de travail se met en place pour voir les modalités, notamment juridiques, financières, techniques, et ensuite, si ce travail est finalisé avec l’État, avec des représentants du Congrès, des autorités politiques et coutumières dans la Nouvelle-Calédonie, ce projet est soumis au peuple, par un référendum, [Ouf ! PC] détaille Jean-Pierre Djaiwé. On a donc dit à la ministre qu’il faudrait préciser, si on n’arrive pas au niveau du Congrès à trouver cette majorité de trois cinquièmes, que l’État puisse l’organiser comme ce qui est prévu dans l’accord de Nouméa". [Je souligne, PC] Par ailleurs, en cas de transfert des quatre compétences régaliennes "restantes" à la Nouvelle-Calédonie, "pour nous, la rétrocession des dernières compétences équivaut à l’accession du pays à la pleine souveraineté. Et il faudrait que l’État dise par quel acte juridique l’État acte le fait que la Calédonie devienne un pays souverain" ».
Attendons ce soir du 14 quand Moutchou s’exprimera.
On peut voir (au début en image verticale !) et entendre (très mal ! ; et c’est dommage) cette conférence de presse de plus d’une heure sur le site Facebook du Palika. Pas champion en vidéo…
https://www.facebook.com/journal.kanak/
La ministre des Outre-mer clôt sa visite ce vendredi (elle repart en fin de soirée).
« C’est finalement l’un des marqueurs de la visite de la ministre des Outre-mer en Nouvelle-Calédonie. Un agenda chargé et des visites au pas de course ». Elle a entendu pour la énième fois les récriminations des maires : des sous ! « Elle est ensuite retournée au Haut-commissariat pour d’ultimes discussions politiques ce vendredi après-midi. La membre du gouvernement s’est entretenue avec les membres du FLNKS en bilatérale avant de retrouver les autres délégations, ensemble, dans la foulée ».
Tout le monde attendait donc, avec sans doute une grande émotion, ce qu’allait nous dire la ministre, peu après 19 h 30 à Nouméa. Voilà !
Mais quand on venait de se réveiller en France, sauf la France qui se lève tôt comme disait Raffarin il y a des lustres : il n’était que 9 h 30 du 14 novembre en Métropole ! Et personne n’avait encore entendu parler de la sortie du Palika ni de l’intervention de Moutchou au JT local ! Le Caillou est Le Pays du soleil levant pour nous…
Rapidement en soirée, on avait le replay sur NC 1ère, l’interview de Naïma Moutchou aurait été un brillant exercice de langue de bois si elle n’avait pas annoncé une curieuse initiative, probablement soufflée par le Palika : une consultation sur le Caillou en février (le terme référendum n’a pas été employé) au sujet de l’accord de Bougival « avant la modification constitutionnelle ».
Après le replay de l’interview, l’article commençait par : « On retiendra de cette visite beaucoup d’écoute, mais peu d’annonces. […] "Je m’exprime quand j’ai quelque chose à dire, expose la ministre. Je suis venu d’abord pour écouter et comprendre". […] Entre ces rendez-vous, elle a rencontré les différentes délégations politiques du pays. En bilatérales mardi, puis sous un format plus global jeudi et vendredi. Mais les deux fois sans les représentants du FLNKS. Ces derniers restent sur leur ligne de rejet de l’accord de Bougival, mais ont maintenu le dialogue avec la ministre ».
Elle avait donc quelque chose à dire !
« Parmi les annonces de la soirée, celle de la confirmation [Je souligne, PC : les journalistes étaient ainsi au parfum ?] d’une consultation en février. Une décision prise par toutes les délégations pro-Bougival réunie lors d’une rencontre plénière vendredi. Autour de la table, Calédonie ensemble, Rassemblement, Les Loyalistes, Éveil océanien et Uni ».
Aucun étonnement des journalistes, personne ne s’est demandé s’il s’agissait là d’une initiative personnelle (sans doute pas) ou si (sans doute) elle était couverte par Lecornu et Macron !
« L’ordre du calendrier est donc modifié. L’examen du projet de loi constitutionnel sera ainsi décalé "au profit d'une consultation des Calédoniens sur l'accord de Bougival". Le vote pourrait avoir lieu au mois de février, comme prévu initialement. "Nous allons donner leur avis d’abord aux habitants. Cela donnera de la puissance à ce qui est discuté". […] Mais sur quel texte ? Les délégations se sont également engagées à continuer "les discussions sur des points à éclaircir" ».
Et le FLNKS dans tout ça ?
« Qu’en est-il de la reprise du dialogue avec le FLNKS ? La ministre a réaffirmé sa volonté de discuter avec tous les partenaires. Le mouvement indépendantiste s’est entretenu avec elle à plusieurs reprises cette semaine, mais pas en présence des autres délégations. Toujours opposés au projet d’accord de Bougival, les membres du FLNKS ont remis un "projet d’entente-cadre" aujourd’hui aux équipes de Naïma Moutchou, selon un communiqué publié ce vendredi soir. "C’est un projet d’accord-cadre qui pose une méthode et qui donne quelques éléments de fond, révèle la ministre. Deux ou trois pages sur les éléments de fond que nous connaissons déjà, c’est-à-dire la volonté d’accession à l'indépendance". La ministre a tenu à se montrer ferme avec les membres du Front de libération. "Je ne ferai pas sans le FLNKS, à condition que le FLNKS ne fasse pas sans les autres" ».
Sur le soutien à l’économie, surtout des paroles, bien que : « "Le volet institutionnel ne peut pas avancer sans le volet économique" pose Naïma Moutchou tout en promettant qu’elle compte continuer "à porter les dossiers calédoniens à Paris". Concernant le secteur du nickel, la ministre estime que "le modèle est à revoir". Elle explique également avoir la volonté de la "création d’un lieu de dialogue entre les acteurs du secteur". Une création abordée lors de "son entretien avec Paul Néaoutyine", président de la province Nord ».
Va-t-elle proposer le même « Pacte nickel » que Le Maire-Macron en 2023-2024 ? Qu’en a pensé Néaoutyine ? Lui a-t -il donné son point de vue ?
Pour le reste, de vagues promesses, mais pas de nouvelle prison pour le moment. « Naïma Moutchou reconnaît que la situation "ne peut plus durer". Elle ne donne pourtant pas de perspectives concernant la construction du nouveau centre pénitentiaire, promis par le garde des Sceaux Éric Dupont-Moretti au début de l’année 2024. "Je ne vais pas vous raconter d’histoire, dans le contexte budgétaire actuel, nous n’avons pas les moyens de construire la nouvelle prison". Le projet n’est pour autant pas enterré selon elle. Pour ce qui est des solutions à court terme, la ministre veut se tourner plutôt vers les aménagements de peine. "La création d’un centre de semi-liberté permettrait de désengorger le Camp-Est d’une centaine de détenus", précise-t-elle. Un projet notamment porté par le nouvel avocat général près la cour d’appel de Nouméa, Camille Miansoni. Autre grand projet, celui du viaduc au Mont-Dore. "Il est à l'étude, s’est contenté de déclarer la ministre. Le sujet est étudié par la mission ministérielle." Elle devrait rendre ses conclusions "très vite" ».
L’article ne mentionnait pas que sa visite au Mont-dore avait été annulé (on pouvait le voir et l’entendre dans l’interview) mais elle reviendra, en particulier au Mont-Dore.
Concernant l’avenir de la filière nickel, un article du 14 faisait part d’une petite bonne nouvelle.
Mais ce n’était encore qu’un amendement, porté par le député calédonien Emmanuel Tjibaou du groupe Gauche démocrate et républicaine, voté à la Commission des finances du 6 novembre, sur le soutien de l’État à l’usine KNS pour garantir la survie de cette Usine du Nord à l’arrêt (Nord signifiant plus qu’une référence aux points cardinaux) : « 300 millions de CFP » (en fait regrettable coquille corrigée plus loin) : 300 millions d’euros, soit 35 milliards de CFP, 3,5 % du PIB du Caillou en régime de croisière quand même ). Mais c’est un peu plus compliqué.
Revenons à LNC qui n’avait pas encore mentionné cette interview tôt le matin du 15 novembre ; un bref article, sans commentaire ni nouveautés, est arrivé vers 8 h 30.
Á mon humble avis, hormis ce curieux scoop, Moutchou n’a en fait pas dit grand-chose lors de ce moment, bien préparé et bien conduit par le présentateur, Valentin Deleforterie, toujours sans langue de bois et assez cash. Elle ne fut pas mauvaise en com’ et comme on dit d’une femme qu’elle est belle et qu’elle le sait, elle le sait : droit dans ses bottes, type je sais tout, je ne suis par une perdreau de l’année, sûre d’elle, mais sachant manier le Euh dans ses phrases.
Elle a commencé par la rupture du Palika : « Je prends acte » s’est contenté de dire Moutchou ; elle s’est bien gardée de rappeler que le scoop proposé par tous les acteurs politiques du Caillou (sauf le FLNKS) et pris en compte par elle (et l’État, insistons ?) était en fait une idée-force (on l’a déjà indiqué) du Palika. Elle a su botter en touche, quoique maladroitement, quand, astucieux, le présentateur mentionnait les premières sorties de Valls admettant que l’accord de Bougival était bien seulement un projet d’accord, avant de rétropédaler ; elle a affirmé ne pas être au courant…
Le quotidien L’Humanité avait réagi au quart de tour (très tôt le matin à Nouméa, en fin de soirée à Paris) avec un article anticolonialiste ferme (mais qui apporte quelques informations sur les réactions locales à la principale annonce de Moutchou) : Kanaky Nouvelle-Calédonie : l’exécutif entend passer en force avec un référendum sur l’accord de Bougival.
« La France maintient une politique coloniale. […] L’initiative du gouvernement a été favorablement accueillie par les mouvements anti-indépendantistes. La présidente du groupe Rassemblement au Congrès de la Nouvelle-Calédonie, Virginie Ruffenach a estimé que la "consultation citoyenne envisagée fera des Calédoniens les véritables juges de paix". "Le FLNKS ne veut pas, à ce stade, trouver un accord avec l’État et les forces politiques calédoniennes (…) Les autres forces ont donc fait le choix de soumettre l’accord de Bougival aux Calédoniens avant que le Parlement n’ait à adopter une loi constitutionnelle", a de son côté déclaré la cheffe de file de la droite et des Loyalistes, Sonia Backès. Les autorités françaises semblent poursuivre leur passage en force, continue l’article de L’Huma, le parti non-indépendantiste Calédonie ensemble a émis des réserves car "une consultation référendaire" ne saurait contourner "une formation politique hostile à l’accord", mais doit consacrer "un consensus préalable" ».
« Macron ne veut pas l’indépendance. Le mouvement [Calédonie ensemble] met en garde contre un vote organisé sans accord global, rappelant "les événements du 13 mai 2024" et le référendum d’autodétermination de 2021, boycotté par les indépendantistes ».
L’article poursuit : « Le FLNKS, qui a rencontré la ministre des outre-mer à deux reprises lors de son déplacement, a réaffirmé vendredi que le projet de Bougival "ne saurait constituer une base de travail, car il est contraire au processus de décolonisation". "Toute tentative de passage en force sans le FLNKS risque d’entraîner le pays dans une instabilité durable", prévient l’organisation dans un communiqué. Pour Christian Téin, l’attitude d’Emmanuel Macron est problématique, le président français semble vouloir "tout reverrouiller pour que la Nouvelle-Calédonie reste dans la France" ».
Personne n’aura remarque que, sauf erreur, ce référendum ne pourrait s’effectuer qu’avec le corps électoral actuel, gelé ! Craignos pour les loyalistes !
L’AFP avait aussi rapidement réagi (vers 8 h du matin à Nouméa) avec pour titre : Nouvelle-Calédonie : une consultation sur l’accord de Bougival avant la révision constitutionnelle.
À part la mention « une consultation citoyenne anticipée » rien de bien nouveau dans cette dépêche, sauf une précision absente de l’article de L’Humanité de Sonia Backès : « Selon elle, le FLNKS est par ailleurs "affaibli par le départ du Palika", qui a acté vendredi sa sortie définitive de l’alliance indépendantiste ».
France 24 avait fait un copier-coller de cette dépêche.
Ce n’était pas le cas du long et intéressant article d’Ellen Salvi de Médiapart qui a tiré plus vite que son ombre, et avec un titre très engagé, comme le contenu de l’article : Le pouvoir macroniste s’entête à définir l’avenir de la Kanaky sans le principal mouvement indépendantiste.
« À l’issue de son déplacement dans l’archipel, la ministre des outre-mer a annoncé la tenue d’une "consultation" locale sur le projet d’accord de Bougival, pourtant rejeté par le Front de libération nationale kanak et socialiste. Le pouvoir macroniste s’enferre dans sa méthode délétère ».
« C’est à peu près la seule annonce concrète que la ministre des outre-mer Naïma Moutchou a faite, à l’issue de son premier déplacement en Nouvelle-Calédonie. Une consultation sera organisée "fin février" autour du projet d’accord de Bougival, malgré l’opposition du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). L’idée, a-t-elle précisé sur NC la 1ère, a fait consensus parmi les cinq forces politiques qui continuent de soutenir ce texte et qu’elle a réunies en plénière – sans le mouvement indépendantiste, qu’elle a rencontré de manière bilatérale. "Je ne souhaite pas faire sans le FLNKS, pourvu que le FLNKS ne fasse pas sans les autres", a indiqué Naïma Moutchou, assurant avoir "écouté attentivement" ses représentants. Une écoute qui n’a visiblement pas permis à la ministre de prendre en compte les revendications du mouvement, qui souhaite prendre le temps de rediscuter de l’évolution du statut politique de l’archipel, pour "conduire à l’aboutissement de l’accord de Nouméa [signé en 1998 – ndlr] dans sa vocation première : mener la Kanaky sur la voie de la décolonisation et de la souveraineté" ».
On vous laisse savourer la fin de cet article qui reprend la longue histoire des indépendantistes et l’aussi longue histoire des conneries de l’État français ; juste une perle : « Le 13 septembre [1987], au soir, certains vont sabrer le champagne. Le lendemain, nous serons là pour dire "merde", déclarait alors le leader indépendantiste. Et pour dire que nous sommes là et que nous serons toujours là. Et que chaque Kanak naissant naîtra encore avec le droit à l’indépendance. Et ce droit-là, aucun référendum, de Pons ou d’autres ministres, ne le remettra en cause ».
Cependant, l’article ne se posait pas vraiment la question du petit coup de force politique de sa proposition de consultation anticipée en regard de Bougival.
En fin de matinée du samedi 15, LNC nous résumait la visite de Moutchou.
« … les échanges ont été nombreux, mais les annonces rares. […] limitant au maximum ses prises de parole et refusant systématiquement de répondre à la presse comme il est d’usage au terme des différentes séquences ».
« Pas de retour à la table des négociations pour le FLNKS. C’était le principal enjeu de la visite de Naïma Moutchou : faire revenir le Front de libération à la table des négociations, trois mois après le rejet de l’accord de Bougival par l’ensemble de ses composantes. La ministre a rencontré à deux reprises une délégation du bureau politique du mouvement, qui ne disposait d’aucun mandat pour négocier. Force est de constater que les lignes n’ont pas vraiment bougé. […] Un entêtement critiqué par Naïma Moutchou : "Je n’ai pas de contre-proposition de leur part, en dehors d’une trajectoire vers l’indépendance, qui ne s’inscrit pas dans une démarche de consensus […] Ça n’est pas entendable, vis-à-vis de la méthode et des pas qui ont été faits jusqu’à maintenant", a regretté la ministre, au micro de RRB ».
Concernant la consultation anticipée par rapport au projet d’accord de Bougival, aucun commentaire particulier de LNC ; le reste est connu.
Soufflons un peu avant de clore cette semaine-Saison du feuilleton. Tôt ce matin, samdi 15 novembre, LNC nous faisait part d’une nouvelle de première importance de l’UC-FLNKS qui craignait peut-être de se faire oublier…
« Quitter l’aérodrome de Magenta pour mutualiser les moyens d’Aircal et Aircalin, à La Tontouta permettrait à la Nouvelle-Calédonie, selon le gouvernement, d’économiser près de 500 millions de francs par an. [il s’agit bien de CFP, pas d’euros, PC...] Alors que l’exécutif vient de publier une page internet dédiée à ce projet de transfert pour expliquer, dans le détail, cette démarche et répondre aux questions des utilisateurs, le groupe UC-FLNKS au Congrès ne l’entend pas tout à fait de cette oreille ».
Il est vrai que la chute du nombre des passagers depuis 2024 avait contraint la direction à lancer un vaste plan social pour se séparer d’un tiers de son personnel.
Mais il y avait aussi important, également relaté par LNC : l’AS Magenta (un peu l’équivalent du PSG à Nouméa) s’apprêtait à affronter le FC Mulhouse en Coupe de France de foot au stade Numa Daly de la capitale du Caillou. Le titre de l’article était : « "Un état d’esprit de vainqueur" : L’AS Magenta s’apprête à affronter le FC Mulhouse en Coupe de France ».
Revenons ce dimanche 16 à des questions plus sérieuses. La presse du Caillou aura mis le temps, mais enfin, le 15 novembre en milieu d’après-midi (je n’avais pourtant rien vu hier...) NC 1ère indiquait que « la confirmation de la consultation sur Bougival soulev[ait] de nouvelles questions ».
« … cette première rencontre avec la population, depuis l’éviction de Manuel Valls, est loin d’éclaircir l’horizon des Calédoniens. […] Qui pourra voter au référendum de Bougival ? ».
L’article tourne cependant autour du pot.
« D’une part, le référendum serait organisé sans qu’aucun texte ne définisse juridiquement qui peut voter. D’autre part, la liste référendaire (la LESC, ou "liste électorale spéciale pour la consultation") remonte à 2021, date du dernier référendum. Que sont devenus ces électeurs aujourd’hui ? Voter sur quoi ? Autre interrogation qu’entraîne ce changement annoncé par la ministre : sur quoi les Calédoniens voteraient-ils, en février ? Un référendum implique une question précise à laquelle on doit répondre par Oui ou par Non. Là encore, cette question doit normalement être inscrite de manière officielle dans un texte de loi. En l’occurrence, la fameuse révision constitutionnelle. Naïma Moutchou et ses équipes ont sans doute déjà réfléchi à de tels obstacles. Il faut en tout cas l’espérer. [Je souligne, PC] Mais la membre du gouvernement Lecornu repart en laissant les Calédoniens encore plus dans le flou qu’ils ne l’étaient déjà ».
On cherchera vainement dans cet article les mots dégel et gel (du corps électoral) : le dilemme à la Shakespeare (Dégel or not dégel ? That is the question !) n’est qu’implicitement énoncé.
Ou je n’ai rien compris, ou le référendum ne pourrait être soumis au vote qu’avec le corps électoral actuel, gelé : le dégel supposant la constitutionnalisation de Bougival qui ne s’effectuerait, selon la nouvelle construction, qu’ensuite.
Je me demande si les loyalistes radicaux ne se trompent pas en se réjouissant de l’initiative de la ministre ; je me demande aussi si Moutchou et l’État ne se sont pas pris les pieds dans le tapis. Une erreur, encore une, ou une faute ?
...
Allons, en aparté, voir du côté de l’incontournable presse audio de la droite et loyaliste radicale(s) pour savoir ce qu’elle en pense : la radio RRB évidemment et sa principale sirène ; j’ai nommé Élisabeth Nouar.
Deux interviews (probablement du vendredi matin, et je ne sais plus dans quel ordre !) de Naïma Moutchou et de Charles Washetine.
Commençons par celle du second (porte-parole peu attendu – on va le voir – du Palika) : c’est un moment d’anthologie à l’émission « Transparence, ce magasine de la rédaction qui donne l’actualité et qui donne la parole à ceux qui font l’actualité » ; près de 40 minutes d’entretien.
https://www.youtube.com/watch?v=EriHdDaI9HA
Nouar commençait, en souhaitant la bienvenue à ce porte-parole, par « Ce n’est pas Judicaël Sellefen comme nous vous l’avions annoncé, […] et ça fait longtemps que vous n’êtes pas intervenu dans les médias ». Tout était dit !
Beaucoup de jeunes dans ce parti né en 1976, notait Washetine ; de son côté, Nouar notait astucieusement l’impression générale du passage d’un parti « dur, marxiste » (tandis que l’UC était considérée comme plus molle) alors que, depuis des années, il semble que ça s’est inversé, le Palika étant aujourd’hui considéré comme modéré, et vient de sortir du FLNKS. Le « vieux » Washetine eut du mal à s’en sortir : presque impossible à résumer ! Il est vrai que ce n’était pas facile !
La division ne va-t-elle pas affaiblir le camp indépendantiste, interrogeait Nouar ? Et les émeutes commencées le 13 mai 2024 n’ont-elles pas accéléré votre évolution ? Même embarras. « Il faut aller chercher les autres », les non-Kanak, résumait-il (ce qui n’est d’ailleurs pas en contradiction avec la vieille ligne maoïste du Palika, d’alliance avec la fameuse « bourgeoisie nationale » ; mais ça, il ne le dit pas). Concernant les attraits que le parti trouvait à l’accord de Bougival (autre question astucieuse d’Élisabeth Nouar) il tenta (mal) d’expliquer la stratégie : le Palika était plus clair à l’écrit.
Nouar recevait donc aussi Naïma Moutchou à RRB ; notons que l’on connaît peu ou pas de point de presse de cette ministre lors de sa visite sur le Caillou… Moutchou est restée fidèle à elle-même, peut-être encore plus dure et arrogante que d’habitude.
https://www.youtube.com/watch?v=2eV96VtcOd4
Elle corrigea surtout Nouar qui reprenait sa phrase-clé répétée à l’envi lors de sa visite (« Je ne veux pas faire sans le FLNKS ») : « Non, pas tout à fait, pas tout à fait, j’ai dit ça mais je n’ai pas dit que ça ; la phrase complète, et c’est important, est : "Je ne veux pas faire sans le FLNKS, pourvu que le FLNKS ne fasse pas sans les autres" ». Cette seconde partie de phrase fut en effet, de temps en temps, indiquée par la presse qui notait pourtant le plus souvent la seule première partie.
Nouar évoqua aussi, discrètement, une éventuelle consultation avant la constitutionnalisation de Bougival (non encore annoncée par Moutchou : elle ne le fera qu’au JT de vendredi soir). Moutchou répondit à côté.
Quant au volet économique, Moutchou dit vouloir « travailler sur les deux jambes » (l’institutionnel et l'économique)? Quant à la question du prêt transformé en subvention, ce serait une fausse solution ; et pas de chantage : réforme ou pas un sou ! Tu parles ! Quant à la réforme demandée de la stratégie nickel, on va y arriver, affirma la ministre au micro de RRB : et elle en a discuté avec Paul Néaoutyine… Cependant, on n’en savait toujours pas plus.
En matière de sécurité, elle se dit déterminée (20 escadrons de gendarmerie sur le Caillou, sur 120 en tout dans toute la France !). On propose ainsi le graphique suivant, mais sans calculer le ratio mettant en rapport les deux pourcentages : pour une fois, le mantra de l’un de mes profs qui disait (bien avant 1968, et c’était à l’époque osé) que « Les ratios, c’est comme les bikinis, ça donne des idées mais ça cache l’essentiel » devient une exception.
Agrandissement : Illustration 1
...
Mais ce n’était pas fini ! Revenons à une presse d’information qui n’est pas une presse d’opinion.
Le JT de NC 1ère de ce dimanche 16 novembre à Nouméa revenait (après, bien sûr, des histoires de bateaux et autres Kitesurfs de la Bluescope Race à l’Anse Vata…) sur l’histoire de la rupture du Palika, suivie d’un entretien avec (« l’un des co-porte-paroles du Palika », précisa le présentateur, Valentin Deleforterie) le désormais irremplaçable Washetine. Ce dernier fut beaucoup plus en forme et offensif (il n’y pas photo : il suffit de le regarder et de l’entendre) que face à Élisabeth Nouar, singulièrement avec sa sortie : « On n’a jamais entendu de sa propre voix dire qu’il [Paul Néaoutyine] était contre l’accord de Bougival ».
Washetine résumait le pourquoi de la sortie du Front qui commencerait selon lui avec le troisième référendum de 2021 ; il ne commenta pas la future décision de son partenaire dans l’UNI, l’Union progressiste de Mélanésie (l’UPM) de quitter ou non le Front.
Au sujet de la proposition d’un référendum sur le Caillou précédant la constitutionnalisation de l’accord de Bougival (il ne dit pas qu’il était à l’origine de cette initiative) il assumait ; il en était de même des propositions de précisions de l’accord de Bougival (voir plus haut).
Saison 3 – Semaine du 17 au 23 novembre
LNC venait de sortir, ce lundi matin, les dernières nouvelles d’Emmanuel Valls : ce dernier se lâchait, et comment !
https://www.lnc.nc/article/france/politique/le-second-quinquennat-macron-est-un-naufrage-selon-valls
« "Peut-être qu’Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu n’ont pas apprécié que je réussisse là – en Nouvelle-Calédonie, mais pas seulement – où ils avaient échoué", a déclaré Manuel Valls, ancien ministre des Outre-mer, sur Radio J. […] Le second quinquennat d’Emmanuel Macron est un "naufrage" , a fustigé dimanche 16 novembre l’ex-Premier ministre Manuel Valls, qui s’inquiète d’une "crise de régime" et a répété sa "colère" après son départ du ministère des Outre-mer lors du dernier remaniement ».
Il s’agissait en fait d’une reprise de toute la presse métropolitaine qui s’en régala ; NC 1ère reprit la nouvelle un peu plus tard. Le mieux est de regarder et d’entendre cette interview (par Frédéric Haziza) sur Radio J (soutien indéfectible à Israël) que Valls avait donc choisie pour faire part de ce qu’il faut bien appeler de la fureur. Valls semblait en effet fou de rage !
https://www.dailymotion.com/video/x9tvlb0
Ces dernières râleries de Valls étaient en fait déjà annoncées dans une interview sur LCI du 13 novembre qui nous avait échappé, après de nombreux regrets allant crescendo. C’était une assez bonne introduction à la dernière, mais la fureur en moins.
Peu avant midi à Nouméa, NC 1ère redonnait la vidéo de l’interview de Washetine au JT de la veille, avec des commentaires peut-être un peu plus précis que ceux que je proposais plus haut.
« Deux jours après l’annonce historique du Palika, concernant son "retrait définitif du FLNKS", l’un de ses porte-parole (Je souligne, PC] était l’invité politique du dimanche pour approfondir le sujet. Charles Washetine a insisté sur le besoin de "lisibilité". […] "Nous disons, explique le porte-parole, que l’accord de Bougival, pour ce qui nous concerne, s’inscrit bien dans le prolongement des différents accords (…) Pour nous, c’est une étape supplémentaire dans le processus d’appropriation, par les Calédoniens, des moyens d’émancipation" ».
Washetine insistait sur un point qui n’est pas anodin : « … ce retrait définitif "n’est pas une décision en opposition. Chacun est libre de porter la politique qu’il veut. Je voudrais rappeler simplement que le FLNKS, ce sont des groupes de pression, avec leur propre histoire, leur propre stratégie" ». Il n’allait pas jusqu’à dire que le nouveau FLNKS est dans les mains des nouveaux groupes et groupuscules qui y sont entrés récemment, mais le pense sans doute ; c’est d’ailleurs le point de vue dominant chez tous les opposants au Front actuel. Rappelons que la CCAT de Christian Téin n’est pas à mettre dans le lot : c’est une émanation de l’UC.
Il continuait : « "Nous avons aussi demandé, signale l’homme politique, à ce qu’il y ait des éclairages supplémentaires, s’agissant de certaines dispositions de l’accord". Et d’évoquer les modalités des éventuels transferts de compétence ».
Enfin, pour finir la journée du 17, les JT de Caledonia et NC 1ère de ce lundi soir sur le Caillou avaient rapidement évoqué la consultation anticipée proposée par Moutchou ; dans ces deux JT, seuls les centristes de Calédonie ensemble et de l’Éveil océanien avaient émis des réserves : les premiers notant qu’il fallait un consensus préalable avec le FLNKS (pas gagné) ; les seconds, plus critiques, se demandaient comment ça allait juridiquement marcher (Milakulo Tukumuli étant le seul à se poser les bonnes questions : quel corps électoral ; etc. ?
Pendant ce temps, les râleries des élus ultramarins continuaient en Métropole ; ces derniers, participaient en effet le lundi 17 à Paris au Congrès des maires de France, rapportait NC 1ère le 18 novembre très tôt le matin.
« La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou n’a pas annoncé d’aides supplémentaires pour les communes ultramarines, qui en ont pourtant bien besoin. […] La première journée du Congrès des maires de France était dédiée aux territoires d’Outre-mer, lundi 17 novembre 2025 ».
On y avait bien sûr parlé du Caillou, mais pas que. Cet article renvoyait à un autre, plus ancien (du 14 novembre) qui m’avait échappé car non paru, sauf erreur, sur NC 1ère.
Renons sur le Caillou. Ce matin, à Nouméa, une manif pour pleurer les morts abattus en 2024 par les forces de l’ordre mais surtout pour demander justice. Article de LNC du 18 novembre vers midi.
Ils n’étaient donc guère moins nombreux que lors de la mobilisation du FLNKS précédente : trois collectifs de familles, mais aussi quelques militants de la CCAT (voir plus bas).
« Les visages de Lionel Païta, de Samuel Moekia ou de Johan Kaidine recouvrent les t-shirts et les pancartes. Sur la place du Mwâ Kââ, en centre-ville de Nouméa, les manifestants arrivent au compte-goutte, ce mardi 18 novembre, pour célébrer la mémoire "de nos martyrs", lâche le speaker, ceux "tombés pour Kanaky" durant les émeutes de 2024. La date de la mobilisation faisait également écho au geste d’Éloi Machoro, qui a brisé une urne le 18 novembre 1984 pour s’opposer à l’ouverture du corps électoral ».
C’est la deuxième photo de l’article où le Che local apparaît sur un drapeau de Kanaky ; « "C’est pour les mêmes raisons que, quarante ans plus tard, des jeunes sont morts", rappelle Désiré Téin, un des organisateurs de la mobilisation et membre de la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT). […] "Plus d’un an après, nous n’avons toujours aucune nouvelle concernant une partie des dossiers", regrette Désiré Téin, exigeant que la "lumière soit faite" et que "justice soit rendue" ».
L’avocate Louise Chauchat (la fille de Matthias Chauchat, plus connu et bête noir des loyalistes radicaux), était là : « Me Louise Chauchat, avocate des collectifs, rappelle que "sept décès, dont six par les forces de l’ordre, sont toujours au stade de l’enquête, sans qu’aucun juge d’instruction n’ait encore été saisi". Des délais "complètement anormaux" et qui tranchent avec le traitement "très rapide" de la justice concernant les émeutiers, nombreux à avoir été incarcérés dès leur interpellation et jugés dans la foulée. De quoi alimenter chez les familles des victimes le sentiment d’une "justice à deux vitesses" , constate Me Chauchat. Une délégation composée de deux responsables de chaque collectif et de leur avocate a été reçue à 9 h 45 par le procureur de la République, Yves Dupas ».
Le compte-rendu de NC 1ère, au milieu de l’après-midi, était un peu différent.
Entre 130 et 300 participants ; et, contrairement à ce qu’affirmait Louise Chauchat dans l’article précédent, des informations judiciaires seraient achevées et cinq enquêtes encore suivies par l’IGGN, l’Inspection Générale de la Gendarmerie Nationale.
La conclusion de l’article est ainsi différente : « Jugée "lente et imparfaite", la justice avance néanmoins avec les moyens et les contraintes qui sont les siens ».
Sans transition, peu après, LNC indiquait dans un long article que l’usine Le Froid (incendiée à Montravel, quartier populaire de Nouméa, lors des émeutes) sera reconstruite « d’ici 2028 dans la zone industrielle de Païta, pour une ouverture espérée en 2030. D’ici là, la société continuera de produire ses boissons comme le Coca-Cola et la bière Manta à l’étranger. Un modèle économique "déficitaire", pour lequel l’exonération temporaire des taxes douanières dont l’entreprise bénéficie est une question de "survie" ».
Les pleurs de la direction de la société, largement explicités dans l’article (c’est compliqué[1]) m’ont moins ému que ceux provoqués par les deux articles précédents.
L’article de NC 1ère sur le même sujet fait moins pleurer et ne rentre pas dans les considérations précédentes.
Et, pour se consoler, on apprenait une bonne nouvelle.
Enfin, le JT de Caledonia du jour était particulièrement intéressant avec les deux sujets (la manif des « familles » , avec des vidéos, et l’histoire du Froid, suivi d’un troisième sujet que l’on vous laisse découvrir) ; celui de NC 1ère m’avait un peu déçu, quoique le reportage en vidéo sur la manif kanak où il apparaissait évident qu’elle avait été était organisée, c’était expressément indiqué, par la CCAT (ce qui est sans doute vrai ; mais on ne vous dira pas pourquoi ; cependant tous les réacs du Caillou l’auront compris) fut noyée par une longue histoire d’animaux maltraités (proche des chiens écrasés…).
Á suivre, mais dans le troisième billet sur la question, car celui-ci était trop long (selon les limites techniques données par Le Club de Médiapart). Le prochain billet sera beaucoup plus court ; mais ne déflorons pas !
Notes
[1] Une note pour éclairer le lecteur (on peut faire un peu d’économie, non ?) avec quelques extraits de l’article.
« "Contrairement à certaines idées reçues, la production locale était moins coûteuse, poursuit Christophe Badda [le patron] Les volumes produits pour le seul marché calédonien sont faibles au regard des standards régionaux, ce qui renchérit le coût par unité produite. Par ailleurs, le transport maritime, les frais de stockage et les délais logistiques ajoutent encore aux charges, alors que les prix de vente au consommateur, eux, n’ont pas augmenté : Le Froid absorbe seule la totalité de ces surcoûts pour survivre". Un modèle économique que la direction estime temporaire, car "il ne pourra pas s’inscrire dans la durée". Dans ce contexte, les élus calédoniens ont accepté d’exonérer les boissons de Le Froid, produites à l’étranger le temps de reconstruire l’outil local de production, des taxes douanières habituellement appliquées aux produits importés. […] Sauf que cette décision de dispenser de taxes douanières les produits de Le Froid fait grincer des dents, notamment du côté du syndicat des importateurs de Nouvelle-Calédonie (SIDNC) qui a décidé d’attaquer cette exonération concernant les bières Manta devant le tribunal administratif ».
Et c’est mal parti pour Le Froid qui avouait cependant que ce n’était pas très important pour ses profits…
Enfin , le JT de Caledonia était particulièrement intéressant avec les deux sujets du jour (la manif des « familles » et l’histoire du Froid et un troisième sujet que l’on vous laisse découvrir) ; celui de NC 1ère m’avait un peu déçu, quoique le reportage en vidéo sur la manif kanak où il apparaissait évident qu’elle avait été était organisée (c’était expressément indiqué) par la CCAT (ce qui est sans doute vrai ; mais on ne vous dira pas pourquoi, cependant tous les réacs du Caillou l’auront compris où Louise Chauchat était plus objective que ce qu’on lui avait fait dire dans l’article de LNC) fut noyée par une histoire d’animaux maltraités (proche des chiens écrasés…).