DES ENFANTS...TOUT COURT!

 

  Non, ce ne sont pas des enfants "juifs", ou "musulmans", ou "catholiques", ou "protestants", ou blancs, bruns, noirs ou jaunes, qui ont été assassinés lundi à Toulouse, mais des enfants... tout court, oui, des enfants... tout court !

  Là est l'horreur pleine et entière, et nulle part ailleurs !

Au lendemain de cette insupportable barbarie, ces petits martyrs de 4, 5 et 7 ans sont doublement victimes de leur assassin ... par notre faute, notre seule faute.

Car l'effet du massacre qu'en escomptait son auteur, est en tous points conforme - peut-être même au-delà de ses espérances criminelles - à celui qu'il en attendait: instrumentaliser par le sang et la mort, des innocents par essence, en les catégorisant, les étiquetant, pour s'en prendre à la "catégorie" (selon lui) d'adultes humains et conscients, à laquelle ils appartiendraient par "nature".

  Or, Myriam, Gabriel et Arieh, excepté qu'ils sont les enfants de parents qui se revendiquent consciemment et volontairement comme "juifs", ne sont rien de la sorte, ni d'aucune autre sorte, mais simplement des enfants comme tous les enfants du monde.

"C'est l'antisémite qui fait le juif..." écrivit Sartre dans ses "Réflexions sur la question juive".

  70 ans plus tard, nous sommes dramatiquement plongés au coeur de cette réflexion, qui avec le long temps écoulé, en dit long sur notre régression de pensée.

   Des "enfants juifs", donc, entend-on, lit-on partout aujourd'hui.

Mais qu'est-ce qu'un "enfant juif", ou un "enfant musulman", "chrétien", "agnostique", "athée" ???

    L'adhésion à telle ou telle croyance, tradition, culture, ne peut que supposer un minimum d'autonomie de pensée, d'analyse, de réflexion, de vécu, dont par essence, le premier stade de la vie qu'est l'enfance, est dépourvu.

   Les hommes appartiennent à l'espèce "humaine", les animaux à l'espèce "animale" et les végétaux à l'espèce "végétale". Point final.

  On ne naît en aucun cas "juif", "musulman", "catholique", "protestant" ou autre, selon l'imagination par trop débordante au cours des siècles, de ceux qui n'en ont aucune, mais cultivent l'esprit de soumission à on ne sait quelle puissance d'outre-monde ("le coeur d'un monde sans coeur, l'esprit d'une époque sans esprit...!")

   Que dire enfin de ce "rapatriement" (terme employé par l'AFP) des petits cadavres en Israël ? Ne sont-ils pas enfants de la République française laïque qui toute entière les pleure aujourd'hui, et non d'on ne sait quelle terre confessionnelle dont on a vu les drapeaux surgir hier soir dans les rues de Paris ?

  Aucun oriflamme d'aucune sorte n'aurait du être brandi hier soir, si ce n'est celui de l'enfance, donc de l'espérance... Mais qu'il reste à inventer et à broder.

Pauvres, pauvres petits enfants ... tout court, massacrés et instrumentalisés, ante et post-mortem !

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