patrick howlett-martin
Diplomate, journaliste, écrivain
Abonné·e de Mediapart

9 Billets

0 Édition

Billet de blog 5 août 2022

LE SALAIRE D'UN DEPUTE: "et maintenant que vais-je faire?"

L'ampleur des facilités mises à la disposition d'un député et le nombre d'indemnités dont il bénéficie pour des sessions parlementaires en principe limitées à six mois dans l'année, interpellent. Lors d'une défaite électorale, ne croyez pas que sa vanité blessée et le pouvoir dont il s'estimait investi entamé, sont à l'origine de son désarroi. La question financière y compte pour l'essentiel.

patrick howlett-martin
Diplomate, journaliste, écrivain
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je me suis souvent demandé ce qui motivait réellement les candidats à la députation: pouvoir, vanité, service public?

Lors des récentes élections législatives, j'ai rencontré bien des ex-élus, battus au récent scrutin , et qui se lamentaient sur leur propre sort. " Et maintenant que vais-je faire" empruntant les mots à une célèbre chanson de Gilbert Bécaud. Je décidais donc de jeter un oeil au salaire d'un député pour vérifier si un tel désarroi avait surtout une origine monétaire.

1/ Selon les informations figurant sur le site de l'Assemblée nationale, le salaire d'un député est la somme de diverses rémunérations:

- l'indemnité salariale, de l'ordre de 7 240 euros en brut, soit 5 679 euros en net. Ce salaire est majoré par une indemnité complémentaire en faveur de certains titulaires: le président de l'Assemblée + 7 267 euros, les questeurs + 5 000 euros (ils sont trois), les vice-présidents + 1 038 (ils sont six) les secrétaires de bureau +692 euros (au nombre de douze)

- l'indemnité de résidence de 170 euros (appellation curieuse puisque le député dispose d'un studio mis à sa disposition à Paris et d'un bureau à l'Assemblée nationale),

- l'indemnité de fonction de l'ordre de 1 500 euros,

- une somme forfaitaire intitulée "avance de frais de mandat" de 5 373 euros par mois, laquelle correspondrait à des frais divers tels que: location d'une permanence électorale, frais de formation, frais de réception, frais de repas...

- une indemnité dite "crédits collaborateurs" qui correspond pour les 5 années de mandat à 10 581 euros

- des frais divers remboursés, frais de transport entre Paris et la circonscription du député, des frais d'hébergement lors de ses déplacements officiels,

- une dotation matérielle correspondant à des frais téléphoniques et couvrant des frais de taxis à hauteur de 18 950 euros par an, soit quelque 1 579 euros par mois,

- un crédit d'équipement téléphonique et informatique sur 5 ans (durée du mandat) de 15 500 euros

Le député ne renonce pas pour autant à un cumul d'indemnités au titre d'élu local. Ce cumul est plafonné. Enfin, il a droit à une allocation chômage (il est pourtant clair que son mandat est de cinq ans), laquelle est limitée à 36 mois (trois ans) pour ceux de députés âgés de plus de 55 ans.. Cette allocation chômage est présentée comme venant d'une caisse de retraite interne alimentée par les députés par un versement à hauteur de 1% de leurs indemnités.

2/ Il y a deux sessions parlementaires de trois mois chacune 2 octobre-20 décembre et 2 avril-30 juin. Comme deux sessions ne sont pas suffisantes compte-tenu de l'abondance du travail législatif, des sessions extraordinaires ont lieu. Récemment sur le projet du gouvernement concernant le pouvoir d'achat. Et vous avez vu dans l'hémicycle de l'Assemblée des députés zombies travaillant tard dans la nuit, jusqu'à quatre heures trente du matin selon la presse. Mais on ne vous dit pas à quelle heure ils reprennent leurs travaux le lendemain. Et ne sont pas mentionnées les primes versées pour les travaux au-delà de 21 heures et au-delà de 4 heures du matin. Ces primes qualifiées "d'indemnités pour travaux supplémentaires" sont versées en faveur des 1200 employés de l'Assemblée nationale, inclus les absents. Selon l'Institut français pour la Recherche sur les Administrations et les Politiques Publiques (IFRAP), le coût d'une seule heure supplémentaire d'une séance de nuit coûte au contribuable 50 000 euros. Le total de ces indemnités nocturnes s'élève chaque année à quelque 30 millions d'euros.

3/J'oubliais, les députés ont à leur disposition, à discrétion, une voiture avec chauffeur, leurs déplacements en taxi sont tous pris en charge par le contribuable, la SNCF leur fournit gracieusement les billets de 1ère classe dont ils ont besoin. Ils ont droit gratuitement à 80 vols annuels entre Paris et leur circonscription et 12 vols annuels pour les destinations de leur choix en France métropolitaine

Ils disposent d'un bureau personnel au Palais Bourbon et d'un studio à la résidence de l'Assemblée nationale. Leurs nuitées d'hôtels sont pris en charge. Ils disposent d'un restaurant chic et exclusif à prix subventionnés derrière l'Assemblée nationale, rue de l'Université.

Le site de l'Assemblée nationale explique avec cynisme l'ampleur de ces indemnités par la garantie ainsi offerte à l' "indépendance" du député. Je comprends mieux, désormais, le désarroi de députés battus aux dernières élections.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — Écologie
Canaux contre tuyaux : la guerre de l’irrigation
Très ancrés dans les territoires montagneux du sud de la France, prisés par les habitants, les béals, petits canaux permettant d’acheminer l’eau, sont encore vitaux pour de nombreux agriculteurs. Mais cette gestion collective et traditionnelle de l’eau se heurte à la logique de rationalisation de la ressource des services de l’État.
par Mathieu Périsse (We Report)
Journal
Climat : un été aux airs d’apocalypse
Record de sécheresse sur toute la France, feux gigantesques en Gironde, dans le sud de l’Europe et en Californie, mercure dépassant la normale partout sur le globe… Mediapart raconte en images le désastre climatique qui frappe le monde de plein fouet. Ce portfolio sera mis à jour tout au long de l’été.
par La rédaction de Mediapart
Journal
Aux États-Unis, le Sénat adopte un plan climat sans ambition sociale
Par 51 voix contre 50, le Sénat des États-Unis a adopté le plus ambitieux plan climat de l’histoire du pays, prévoyant une enveloppe de 369 milliards de dollars pour réduire de 40 % les émissions de CO2 entre 2005 et 2030. Mais le volet social a été très largement sacrifié.
par Romaric Godin
Journal — Afrique
Kenya : le pays suspendu à des élections à haut risque
Mardi 9 août se déroulent au Kenya des élections générales. Alors que la population fait face à une crise économique et à une forte hausse des prix, ce scrutin risque de déstabiliser ce pays clé de l’Afrique de l’Est. 
par Gwenaelle Lenoir

La sélection du Club

Billet de blog
Le pouvoir d'achat des fonctionnaires vampirisé par quarante ans de néolibéralisme
Lorsque la spoliation du pouvoir d'achat des fonctionnaires devient une institution sous la Cinquième République...
par Yves Besançon
Billet de blog
La grosse entourloupe de l'AAH
Alors qu'on parle de la victoire de la déconjugalisation de l'AAH, alors qu'on cite les augmentations de ce minima social comme une exception du macronisme, personne ne parle d'une des plus grandes entourloupes des dernières années : la suppression du complément de ressources de 180 euros pour les nouveaux admis dans le système.
par Béatrice Turpin
Billet de blog
par Philippe Soulié
Billet de blog
Loi pouvoir d'achat : Macron & Borne veulent prolonger notre ébriété énergétique
[REDIFFUSION] 42°C en Gironde. 40°C en Bretagne. 20 000 hectares partis en fumée. Lacs, rivières et sols s'assèchent. Les glaciers fondent. Que fait-on à l'Elysée ? On reçoit le président des Emirats Arabes Unis pour importer plus de gazole. A Matignon ? On défend un projet de loi « Pouvoir d'achat » qui vise à importer plus de gaz du Qatar et des Etats-Unis. Où est la sobriété ?
par Maxime Combes