LE PRESIDENT MACRON ET L'AFGHANISTAN: ASSEZ D'HYPOCRISIE!

Le président français met en garde les français et l'Europe contre " l'afflux irréguliers de réfugiés "en provenance d'Afghanistan, à la suite du retour au pouvoir à Kaboul des Talibans , au terme de 20 années de guerre et d'occupation. Mais il ne dit mot des quelque 3 millions de réfugiés afghans parmi lesquelles des dizaines de milliers de mineurs en détresse que la guerre a suscité.

Dans son allocution le président Macron met en garde l'Europe contre l'arrivée de réfugiés afghans après le retour au pouvoir des Talibans.  Mais , c'est l'intervention des troupes américaines et de la coalition internationale à laquelle prend part la France qui est à l'origine de l'énorme afflux de réfugiés tant à l'intérieur de l'Afghanistan qu'à l'extérieur des frontières afghanes. La guerre a déplacé près du tiers de la population afghane. Le  taux de mortalité infantile dans les camps de réfugiés de la capitale afghane est de 144 pour 1 000 enfants, l´un des plus élevés au monde, en dépit d´une aide humanitaire de 3,5 milliards et d´une assistance au développement estimée à 58 milliards de dollars de 2000 à 2010[1]. Le nombre de réfugiés afghans sollicitant le bénéfice du droit d´asile (35 000 au début des années 2010) a été en augmentation régulière depuis , selon le rapport annuel de l´Agence des Nations Unies pour les Réfugiés. Le nombre de réfugiés afghans est estimé en 2012 à 2, 6 millions dont 1, 6 millions sont accueillis au Pakistan et en Iran[2]. Des chiffres en contradiction avec les propos apaisants alors prononcés sur la situation intérieure du pays par le Secrétaire général de l´OTAN, le danois Anders Fogh Rasmussen, et par les autorités françaises. Parmi ces réfugiés, une proportion importante d´enfants et d´adolescents mineurs non accompagnés, de l´ordre de 46%, dans les années 2000; 30% aujourd'hui. Une immigration que l'Europe s'efforce de contenir en signant des accords en faveur des gardes-côtes de la Grèce, de la Turquie, de la Lybie, et en augmentant le budget de l'Agence européenne chargé de la surveillance des frontières de l'Union (6 millions d'auros en 2005, 460 millions d'euros en 2020, 5,6 milliards d'euros pour les années 2021 à 2027). Et c'est l'arrivée au pouvoir des Talibans qui nous est présentée par le Président comme le risque  de" flux d'immigration irrégulières de réfugiés".....De qui se moque t-on?.

 

Le président français passe sous un silence coupable dans cette allocution la destruction des infrastructures du pays et la mort de milliers de civils due à  l'occupation par les troupes étrangères (dont l'armée française jusqu'en 2014). Le nombre de morts violentes au sein de la population civile afghane a été en croissance constante depuis 2005 au rythme de +8 % par an[3]. La France n'a jamais communiqué sur ces morts de civils, victimes collatérales de ses interventions. Même s´il s´avère qu´une proportion importante de ces victimes proviennent des attentats perpétrés par les Talibans en dépit du code de « bonne conduite » annoncé en 2009 pour préserver les populations civiles par le leader de la résistance taliban, Mullah Muhammad Omar[4], il reste qu´elles sont en relation directe avec l´occupation du pays par les troupes étrangères[5]. Les raids nocturnes des forces armées américaines et  de celles de l’OTAN et leurs dégâts collatéraux au sein des populations civiles, dénoncés avec insistance par le représentant de l’Union européenne à Kaboul avant son départ en septembre 2008, et, à plusieurs reprises, par le président afghan lui-même Hamid Karzai[6] ; les abus perpétrés à l’encontre de militants talibans détenus, tel le jeune Sayid Mohammad arrêté en novembre 2012 par les forces spéciales américaines(« Special Operations A Team ») et détenu dans la base de Nerkh ( province de Wardak) dont le corps est retrouvé  au mois de mai 2013, torturé et les deux pieds sectionnés, à deux cent mètres du périmètre de la base[7] ; le manque de respect manifesté pour les morts de la part de soldats nord-américains et australiens, dont témoignent des photographies consternantes dans la presse à grand tirage ; l´exécution sommaire de civils afghans comme passe-temps et loisirs sportifs par des soldats américains[8] ; la détention depuis leur arrestation en 2001 sans jugement et sans chef d´inculpation de militants ou suspects dans la prison de la base militaire de Guantanamo, contraire à toutes les règles du droit international ; la destruction sur le mode des techniques israéliennes de milliers de maisons suspectées d´être piégées ou d´abriter des insurgés[9] ; le financement par l´OTAN de véritables seigneurs de la guerre sans base populaire et en marge des institutions afghanes pour renforcer la protection des convois et des troupes[10] et les attentats indiscriminés des talibans et de leurs alliés responsables en 2013 selon la mission des Nations Unies à Kaboul de 80% des victimes civiles, ont suscité une aversion profonde, croissante et généralisée des populations civiles rurales afghanes à l´endroit des puissances occupantes tenues pour responsables de la dégradation de la situation sécuritaire. Il est clair que les milliers de civils afghans tués dans ce conflit ne l´auraient pas été si l´Afghanistan n´avait pas été envahie. Aucune mention dans l'allocution présidentielle qui qualifie l'Afghanistan  de "sanctuaire du terrorisme".

 

     Quant aux populations urbaines, elles se trouvaient confrontées à une société dans laquelle la corruption est devenue un fléau, à tous les niveaux de l´administration et du gouvernement. La confirmation par le président afghan lui-même, en octobre 2010, après les révélations du New York Times, de l´existence d´enveloppes main à la main qui lui sont délivrées personnellement par des gouvernements voisins, dont dans le cas de l´Iran des sommes en cash à hauteur de 6 millions de dollars, et l´arrestation par les douanes des Émirats Arabes Unis de Ahmed Zia Massoud, vice-président de 2004 à 2009, alors qu´il était porteur de 52 millions de dollars[11], en disait long sur la moralité de la classe politique qui règnait  à Kaboul. La CIA comme l´a révélé le New York Times au mois de mai 2013 [12] versait en cash, chaque mois, depuis 2003, un « salaire » au président afghan, totalisant à ce jour quelque 10 millions de dollars. Quelle crédibilité pouvait- il avoir pour dénoncer l´opération menée par la CIA le 7 avril dans la province de Kunar tuant par erreur 17 civils afghans dont 12 enfants[13] ? L´organisation non gouvernementale « Transparency International » qui recense les cas de corruption gouvernementale dans le monde, classe l´Afghanistan au troisième rang mondial, derrière la Somalie et la Birmanie.

 

Conscientes de leur croissante impopularité et de l´inanité de leur présence, plusieurs pays avaient annoncé et programmé un retrait progressif du pays : les Pays-Bas en 2010, l’Allemagne et le Canada en 2011, la Pologne en 2012, la France  en 2014. D’autres maintenaient leur présence, en fonction d´une solidarité transatlantique[14] dans le cadre d´un mandat contesté des Nations Unies, mais cherchaient à positionner leurs troupes loin des zones de conflit, afin de ne pas accentuer l’hostilité constante de leurs opinions publiques vis-à-vis de cette guerre., ou, comme l'Italie , monnayaient avec les Talibans une relative sécurité pour leurs soldats. Depuis 2009, année précisément d´une augmentation sensible des forces armées étrangères (123 000 dont 100 000 Américaines dans le cadre de l´OTAN ; 26 500 soldats américains dans le cadre de l´opération « Enduring Freedom » qui avait commencé l´occupation du pays), on assistait à une recrudescence des attentats[15] et un accroissement du nombre des victimes..Au point que le commandant en chef des troupes américaines, le général Stanley Mc Chrystal, avait admis en juin 2009 que les succès devaient se mesurer non par le nombre d´Afghans tués, mais par le nombre d´Afghans épargnés[16]. Chaque civil tué susciterait 20 militants prenant les armes. Le général Stanley Mc Chrystal, limogé en 2010 pour son franc-parler, estimait que la mort abusive en nombre  de civils, quels qu´en soient les auteurs, avait entamé la crédibilité de l´intervention[17]. Les conseils tribaux ( ulemas ) de la province du Wardak avaient organisé des manifestations contre les  raids nocturnes des forces spéciales américaines (« U.S. Special Operations troops »)  et les disparitions et séquestres recensés dans leur sillage, exigeant le retrait des armées d´occupation  et le transfert du contrôle de la prison de Bagram aux forces armées afghanes[18]. Le président Karzai est même allé en février 2013 jusqu´à interdire aux forces armées afghanes par décret de requérir auprès des forces américaines l´intervention de l´aviation et de drones[19].

 

Le recours aux drones pour éliminer des leaders et militants Talibans dans la zone frontalière pakistanaise du Waziristan ou, en Afghanistan, pour éliminer des hommes suspects uniquement par leur âge («  Military- Age- Male-MAM ») avait suscité le courroux des populations civiles qui s´estimaient être les premières victimes de ces exécutions sommaires et incontrôlables. Un site nord-américain (« The long War Journal ») actualise le listing de ces attaques aériennes, en très nette progression depuis 2009  avec des centaines de militants et leaders  Talibans abattus chaque année, présentés comme tels. Mais le site ne donne l´identité que de  moins de 20 leaders Talibans par année, alimentant les controverses sur ce type d´opérations. La Fondation pakistanaise pour la préservation des droits fondamentaux (« Foundation for Fundamental Rights ») estime à 170 le nombre de victimes identifiées comme des militants Talibans dans la région du Nord Waziristan. Son directeur, l´avocat Shahzad Akbar, évalue le nombre de victimes civiles à plusieurs milliers depuis 2008. Au mois d´avril 2012, le président pakistanais Asif Ali Zardari avait exigé la cessation de ces opérations, lors de son entretien à Islamabad avec l´envoyé des États-Unis pour la région, Marc Grossman, renouvelant une exigence formulée en 2008 par le parlement pakistanais. Les vols avaient été suspendus par les États-Unis en décembre 2011 à la suite d´une bavure au cours de laquelle 24 soldats pakistanais avaient été tués. Ils avaient été repris en janvier 2012. En avril 2012, un missile tiré d´un drone avait détruit une école de filles dans la capitale du Nord Waziristan, Miranshah, tuant trois civils[20].  Shahzad Akbar, qui a saisi  en faveur des familles des victimes la Cour Suprême de Peshawar,  était venu témoigner à Washington dans le cadre d´une conférence internationale sur l´usage des drones organisée le 28 avril 2012 par des associations humanitaires.  Une tribune du New York Times au titre suggestif « La saison des assassinats est ouverte » par deux anciens conseillers des présidents Jimmy Carter et Bill Clinton,  déplorait qu´un terme ait été mis, de facto, à l´interdiction adoptée en 1976 lors de la présidence Ford de tout assassinat politique[21]. Une chercheuse de l’université de Chicago, Jenna Jordan, a publié en 2009 une enquête qui souligne que l´assassinat de leaders de groupes terroristes se réclamant d´une religion a pour conséquence un accroissement des chances de survie de ces groupes. Ces assassinats sont contre-productifs, la génération suivante de leaders est plus motivée, plus radicale, plus persévérante, plus respectée par ses pairs et suscite plus d´émules[22].

 

Ce sont  2 340 soldats américains tués en Afghanistan depuis 2001 et 19 000 blessés , parmi lesquels plusieurs milliers sont devenus désormais des charges pour leur famille ; 444 soldats britanniques, 158 Canadiens, 86 Français, 54 Allemands, 48 Italiens, 43 Danois, 38 Polonais, 34 Espagnols etc.,[23] mais aussi quelque 40 000 Afghans au sein de la population civile et quelque 25 000 à 30 000 militants et rebelles talibans ou présentés comme tels[24]. Et les chiffres n'ont cessé d'augmenter au cours de ces dernières années selon un rapport de la mission d´assistance des Nations-Unies en Afghanistan (Unama). La mort de civils imputée dans le rapport pour les trois quarts aux insurgés a particulièrement concerné les femmes et les enfants. Une enquête réalisée par un bureau américain avec le concours des universités de Princeton, de Stanford et de la London School of Economics souligne la progression géométrique des attentats contre les forces de la Coalition après la mort de civils, quels que puissent être les auteurs de ces attentats[25]. Il faudrait ajouter à ces bilans les pertes militaires pakistanaises qui sont plus importantes que les pertes de la Coalition en Afghanistan avec la recrudescence des attentats perpétrés par les Talibans à Peshawar et dans la vallée de la Tirah de Khyber, sur la frontière afghane et les attentats dont les populations shiites sont les  victimes à Quetta, capitale de la province du Balouchistan.

 

Et pour quel résultat ?... Un pays en lambeaux dont le tissu social et les infrastructures ont été dévastés par trois décennies de conflits, avec un taux d´analphabétisme qui affecte 80 % de la population, que les Nations Unies place à la 173èmplace (sur 177 nations) de l´Indice de développement humain (Idh), dont 20% des enfants n´atteindront jamais l´âge de  cinq ans selon un rapport de la Banque mondiale, où la production d´opium a considérablement augmenté pendant cette période  (185 tonnes en 2001 ; 8000 tonnes en 2012) avec 1,5 million de dépendants dont 45 % de femmes et d´enfants comme l´a montré le film documentaire réalisé en 2009 par Jawed Taiman (« Abdicted in Afghanistan ») et l´a admis le porte-parole du gouvernement afghan, Zalmai Afjali, en 2010. La Russie, où 30 000 personnes meurent chaque année à cause de l’héroïne afghane, avait interpelé à ce propos le régime de Kaboul dont tous les observateurs avertis s´accordent à souligner la connivence dans le trafic de drogue auquel les Talibans avaient mis un terme, une fois installés au pouvoir (1996-2001).

 

Le drame afghan est une copie conforme du drame sud-vietnamien. Tout y est. La corruption généralisée au sein de l´administration alimentée par des financements au titre de l´aide humanitaire, de l´assistance au développement et de l´aide militaire totalement disproportionnés par rapport aux structures administratives du pays (120 milliards de dollars par an de dépenses militaires américaines en Afghanistan ; 4 milliards de dollars au titre de l´aide humanitaire). Le prolongement de la guerre et son insuccès attribués au sanctuaire offert aux Talibans par les zones tribales de part et d´autre de la frontière avec le Pakistan (au Vietnam, les sanctuaires imputés au Laos et au Cambodge avaient fini par être envahis par les forces armées américaines avec les métastases que seront les Khmers rouges et le Pathet-Lao). L´afghanisation, la mise sur pied d´une armée locale chargée de relayer les troupes étrangères (pendant de la vietnamisation) avec un taux de désertion en moyenne élevé (47 %)[26] lorsque les effectifs ne sont pas manifestement surévalués. La fraude électorale, en 2009 en Afghanistan, comme le scrutin vietnamien de 1971. Le massacre de MyLai qui a de nombreux correspondants en Afghanistan[27], les sergents Calvin Gibbs, David Bram et Robert Bales héritiers en ligne directe du sergent William Calley[28]. L´épandage de l’« agent orange » au Vietnam, qui a son pendant avec le « willy pete », le phosphore blanc utilisé par les troupes américaines lors de l´assaut de la ville de Fallouja. Les « Pentagon Papers » révélés en 1971 ont leur équivalent avec les milliers de documents classifiés sur le conflit de 2004 à 2009 divulgués par le site Wikileaks (dont le responsable, Julian Assange est détenu depuis sept ans sans jugement), publiés par le New York Times, The Guardian et Der Spiegel. Et le même dénouement : l’effondrement de l’administration centrale qui gérait essentiellement la capitale comme le château de cartes de Saïgon; le retour des Talibans au pouvoir, un régime patchoune pro-Pakistan et fondamentaliste, et l´exil des collaborateurs les plus fortunés, c’est-à-dire les plus corrompus, vers les États-Unis ou vers Dubai où les principales autorités afghanes ont leurs luxueuses résidences secondaires, notamment sur le front de mer de Palm Jumeirah.. Quant aux "collaborateurs" des troupes d'occupation, ils connaîtront le même sort que nos harkis à l'époque de l'indépendance de l'Algérie, laissés pour compte ou, dans de rares cas,  accueillis et marginalisés dans des camps d'infortune, n'en déplaise au président Macron et aux valeurs tant proclamées de la République française. Car on s'iinterroge à juste titre face aux images transmises par les principales chaînes télévisées du sauve qui peut à l'aéroport de Kaboul sur la raison pour laquelle ces rapatriements de collaborateurs et de ressortissants n'ont pas été programmés opportunément depuis l'annonce du retrait des troupes américaine d'Afghanistan par l'Administration américaine et le début de l'offensive des Talibans menée depuis mai dernier avec les conquêtes progressives par leurs troupes des principales villes régionales.

 

C'est à l'initiative de la France que s'est tenue à Paris, le 12 juin 2008, la Conférence internationale de soutien à l´Afghanistan. Un  programme d´aide, chiffré aux alentours de 20 milliards de dollars pour la période 2009-2013 avait été arrêté au terme de la conférence et dont la plus grande part provenait sur un plan bilatéral des États-Unis (51 %). Les pays arabes, prudents,  y étaient pratiquement absents (leurs contributions ne dépassaient pas 2 %). L´apport de la France (106 millions d´euros) plaçait ce pays au 16ème rang des donateurs, loin derrière la Norvège (786,5 millions d´euros), l´Allemagne (660,6 millions) ou le Danemark (430 millions). L´aide étrangère, militaire, humanitaire et économique correspondait à 97 % du produit intérieur brut afghan, selon la Banque mondiale, augurant d´une récession sévère pour ce pays après le retrait des puissances étrangères[29], laquelle sera sans doute instrumentalisée  par elles contre les Talibans, désormais au pouvoir, sans mention de la sécurité rétablie sur l'ensemble du pays au grand soulagement des populations civiles et à la fin de ce qui est convenu d'appeler la  militarisation de l'occupation . À la conférence de Chicago, au mois de mai 2012, les États-Unis avaient demandé à ses partenaires de l´OTAN de garantir pendant 10 ans, au-delà de 2014, date alors prévue du retrait des troupes, une aide militaire annuelle de 4,1 milliards de dollars, dont les États-Unis financeraient les deux tiers et dont les sociétés américaines d'armement seraient les principales bénéficiaires.

 

Le financement, à cette hauteur du budget d'une nation et la démocratisation d´un pays comme l´Afghanistan constituaient  une voie sans issue. Des élections étaient impossibles à réaliser  de manière satisfaisante en raison de l´insécurité, de la corruption généralisée et des traditions locales. Les fraudes constatées lors des élections présidentielles en 2009 en témoignaient. Elles se trouvent biaisées par la structuration ethnique des comportements électoraux. Les élections ne sont pas de nature à faciliter l´émergence de mécanismes institutionnels adaptés au pays. L'approche nationale et centralisatrice est inappropriée dans un pays où les questions de société se règlent localement, au niveau tribal ou communautaire, au sein des conseils des anciens, les « shuras », par la négociation, le consensus ou l´arbitrage, plutôt que par la police ou les institutions. La mission européenne de formation de la police afghane, Europol, était, dans ces conditions, vouée à l´échec (ce sont 1400 policiers afghans assassinés en moyenne chaque année[30] et le taux de désertion était de l´ordre de 30%). Quant à la situation de la femme au sein de la société afghane qui constituerait aux yeux du président Macron un succès, -probablement oui  le seul recensé depuis l'occupation du pays-  on voit bien ce qu'elle a de fragile  en dépit des progrès réalisés, dans la mesure où elle n'est pas le fruit de l'évolution interne de la société afghane. Je me souviens d'un voyage avec Pierre Cardin en Lybie au début des années quatre-vingt dix au cours duquel nous avions été surpris par le  statut avancé de la femme dans la société libyenne; plus de la moitié des étudiantes de l'université de Tripoli où Pierre Cardin avait été invité à faire une conférence étaient des jeunes filles et la plupart ne portaient pas le voile. Qu'en est-il aujourd'hui  de la condition féminine en Lybie après l'intervention, à l'initiative de la France, des armées de l'OTAN (auxquelles l'Allemagne n'a pas voulu participer) et l'assassinat de son leader, Muammar Khadafi? Assez d'hypocrisie M. Macron.

[1]. International Herald Tribune, 6 février 2012.

[2] . Sedghi Ami,” UNHCR 2012 refugee statistics; full data”, Theguardian.com, 19 juin 2013.

[3]. International Herald Tribune, 10 février 2012.

[4] . 55% em 2008; 80% en 2012, selon le rapport de la Mission  des Nations Unies en Afghanistan  (Unama).

[5].” Rights advocates shift their focus to Taliban abuses”. International Herald Tribune, 11 février 2011.

[6]. Allison Sam, “Grim view of Afghan risks and missteps”, International Herald Tribune, 15 septembre 2008

[7] . Nordland Rod,”Afghans say American led rogue unit”,14 avril 2013 / ”Body of missing Afghan is found near ex-US base”, 22 mai 2013 /” Afghan experts try to put names to torture victims, 30 mai 2013, International Herald Tribune,.

[8]. Shah Taimoor, Rubin Alessa, “Rogue US soldiers on the run”, International Herald Tribune, 5 octobre 2010 / Savage Charlie, “Court hears case of army ¨kill team ¨in Afghanistan”, International Herald Tribune, 4 octobre 2010.

[9]. Gall Carlotta, “Battling to win hearts, minds and war”, 18 octobre 2010 / Shah Taimoor, Nordland Rod, “U.S. destroying Afghan buildings”, 17 novembre 2010,  International Herald Tribune.

[10]. Filkins Dexter, “With US help, warlord builds empire”, 7 juin 2010 / “US is said to fund Afghan warlords”, 23 juin 2010,  International Herald Tribune.

[11]. Shane Scott, Mazzetti Mark, Filkins Dexter, “Afghan corruption undercuts U.S. efforts”, International Herald Tribune, 3 décembre 2010.

[12] .Editorial, “Ghost Money”, 3 mai 2013, International Herald Tribune.

[13] .Nordland Rod, « Karzai  faults C.I.A, in fatal strike », International Herald Tribune, 20-21 avril 2013

[14]. Le Japon, poutant lié par un traité de sécurité avec les États-Unis, n´a pas envoyé de troupes.

[15]. Nordland Rod, “Afghan violence reverses again”, International Herald Tribune, 30 août 2010.

[16]. International Herald Tribune, 3 juin 2009.

[17]Because of civilian casualties I think we have just about eroded our credibility here in Afghanistan”. Naylor Sean, “ Mc Chrystal: Civilian deaths endanger mission”,Army Times, 30 mai 2010.

[18]   International Herald Tribune, 18 mars 2013.

[19] .The New York Times, 16 février 2013

[20]. Press TV, 29 avril 2012.

[21]. McCleary Joel, Medish Mark, “Assassination season is open”, International Herald Tribune.

[22]. Jordan Jenna, “When Heads Roll: Assesssing the Effectiveness of Leadership Decapitation”, Securities Studies, décembre 2009.

[23]. iCasualties.org

[24]. Estimations très approximatives à partir des statistiques indicatives croisées de la mission des Nations Unies en Afghanistan, Human Rights Watch, The Guardian, Mark Harold (université du New Hampshire), la Commission afghane pour les droits de l´homme.

[25] . Condra Luke, Felter Joseph, Iyenga Radha, Shapiro Jacob, “ The Effect of Civilian Casuakties in Afghanistan and Irak”, The National Bureau of Economic Research, Working Paper Nº 16152, Cambridge, juillet 2010.

[26]. Bumiller Elisabeth, “U.S. outline big goals for Afghan forces”, International Herald Tribune, 25 août 2010.

[27]. Savage Charlie, “Court hears case of army “ kill team” in Afghanistan”, International Herald Tribune, 4 octobre 2010 / “Army charges 6th soldier over Afghan civilian deaths”, International Herald Tribune, 19 mai 2011 / “U.S. gives $ 50 000 payments to survivors of fatal rampage”, International Herald Tribune, 26 mars 2012.

¹. Les sergents Calvin Gibbs, Robert Steven, David Bram et neuf soldats sont responsables de la mort de civils afghans en 2010 pris pour cibles comme  loisir sportif ; le sergent Robert Bales est responsable le 11 mars 2012 de l´exécution nocturne à leur domicile de 17 civils afghans dont neuf enfants dans la province de Kandahar.

[29]. Bowley Graham, “Afghans brace for the occupation´s end”, International Herald Tribune, 2 février 2012. Eurasianet, 28 février 2010.

[30]. International Herald Tribune, 16 février 2011.

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