SOMMET BIDEN-POUTINE (Genève, 16 juin 2021). LA QUESTION DES DROITS DE L'HOMME

Au cours des conférences de presse des deux dirigeants, les medias se révèlent viscéralement hostiles à la Russie mettant en avant la question des droits de l'Homme pour lesquelles les Etats-Unis ne sont pas, et c'est le moins que l'on puisse dire, une référence.

La relecture des transcriptions des conférences de presse de chacun des dirigeants après leur rencontre montre combien la presse américaine a perdu de son professionnalisme, à de rares exceptions près. Les questions posées témoignent  d'une hostilité primaire à l'égard de la Russie et de son dirigeant.

Poutine est considéré comme un "despote" en raison de sa permanence au pouvoir depuis 17 ans. mais Poutine avait 20 ans lorsque Biden est élu sénateur, lequel aura passé 50 ans dans les arcanes du pouvoir aux Etats-Unis avant d'être élu la présidence.  Devrions-nous qualifier les maires de France - et ils sont nombreux - qui exercent leur mandat renouvelé depuis plus de quarante ans de "despotes", sans mentionner ceux qui sont élus à la mode cubaine, candidat unique lors du scrutin?

En ce qui concerne la question des droits de l'Homme, la presse américaine met en avant la situation d'Alexei Navatny, le courageux opposant russe actuellement incarcéré après avoir été le sujet d'une tentative d'empoisonnement attribuée au services secrets  russes. Mais, ne dit mot sur la situation de Julian Assange qui révéla des crimes commis en toute impunité par l'armée américaine en Irak et qui se meurt depuis des années sans jugement dans une prison sordide au Royaume Uni en attente d'une extradition aux Etats-Unis qui lui sera sans doute fatale tandis que son informateur, Chelsea  Manning, grâcié par Obama, est à nouveau incarcéré parce que refusant de témoigner contre Julian Assange. Quant à Snowden, qui a dénoncé au péril de sa vie les écoutes illégales des agences de renseignements américains dans le monde entier, y compris auprès de dirigeants européens alliés, il ne doit d'être encore libre et en vie qu' au "despote"  Poutine. On se souvient de la mésaventure du président de Bolivie, Evo Morales, rentrant d'une réunion internationale tenue à Moscou, qui voit subitement les espaces aériens européens (France, Espagne, Italie) fermés et contraint d'atterrir en Autriche, soupçonné d'abriter dans son avion Edgar Snowden. Une décision prise par le commandement américain de l'OTAN, auquel ne s'est opposé aucun leader européen. Il sera demandé ensuite aux diplomates français en poste en Amérique latine d'expliquer honteusement aux chancelleries locales qu'il s'agissait d'"une erreur technique".

Que la Russie ne soit pas un modèle du genre dans le domaine des droits de l'Homme, tout le monde en convient. Mais il aurait été sans doute plus opportun pour les Etats-Unis d'éviter de soulever cette question dans une conférence au sommet. Les centaines de milliers de morts commis en Afghanistan et en Irak par ses forces armées, la permanence de la prison de Guantanamo contraire au droit international et à toutes les normes du droit américain et les séquestres de supposés terroristes par la CIA et leurs interrogatoires sous la torture dans des centres de détention en Europe, au Moyen-Orient et en Thaïlande, ont fait perdre à ce pays, dans ce domaine,  toute crédibilité, n'en déplaise à une presse amnésique et foncièrement anti-russe.

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