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Billet de blog 12 juin 2022

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Voter, c’est déléguer son pouvoir, encore faut-il penser avoir un pouvoir à donner.

Penser que mon vote, ma voix, compte. Me croire important au sein de cette société au point de faire l’effort d’aller voter dans une société qui a convaincue les plus démunis, les exclus du système, de n’être rien, pendant que d’autres sont des premiers de cordée.

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Penser que mon vote, ma voix, compte, avoir cet égo démesuré, me croire important au sein de cette société au point où je fais l’effort d’aller voter.

Dans une société qui a convaincue les plus démunis, les exclus du système, de n’être rien, pendant que d’autres sont des premiers de cordée, nous voyons malgré mille efforts qu’il est quasiment impossible de redonner du sens à ceux qui ont été considéré comme des poids pour la société.

Devant le vertige des chiffres, je ne suis qu’un parmi des millions d’électeurs. Une partie de la population se pense acteur de la société, une autre partie, démunie, subissant de plein fouet les décisions gouvernementales, se pense sans pouvoir. Ceux qui n’ont de pouvoir sur rien, ceux qu’on écrase de contrôles d’identité systématiques, ceux qu’on paye à peine après les avoir applaudis à 20 heures, maltraité par tous et toutes. Caissiers de supermarché insultés quand les prix montent, soignants bousculés quand l’attente aux urgences devient une souffrance, profs de collège qui n’osent plus sermonner leurs élèves. Chaque jour, l’insulte, la culture officielle aussi qui présente la vie des riches en boucle et qui si elle parle de milieux populaires, ne le fait qu’en dénonçant les souffrances, les difficultés financières et morales, mais jamais ou presque pour y raconter du sublime, une histoire d’amour qui déborde, un héros du quotidien. Il est lointain le temps de l’Atalante de Jean Vigo. Les rappeurs parlent de fric et de gangs, les séries populaires de s’en sortir, comme si la vie de ceux qui n’ont pas grand-chose était un piège dont il faut s’échapper afin d’exister.

Exister par la consommation, la BMW ou l’Audi, être riche ou en avoir l’air est devenu la seule façon d’exister pour ne pas être « …des gens qui ne sont rien, sur ce quai de gare » disait le Président de la République. 



On peut militer, taper aux portes, distribuer des tracts, mais les impliqués ne peuvent renverser à eux tout seul cette réalité sociale, la destruction du citoyen, de son estime de soi face aux dominants du monde : tu n’es pas Elon Musk, tu n’as pas 44 milliards de dollars pour t’acheter un truc qui ne sert à rien, twitter, un truc qui ne sert qu’à donner le La à ce qui compte ou pas dans les médias. Avec 44 milliards tu peux entièrement tapisser toutes les autoroutes de France de billets de 5. TU n’es rien dans ce monde, un poids pour ceux qui comptent et te nourrissent en payant leurs impôts, en créant des boites, et en plus tu râles au lieu de lécher les bottes de nos « grands capitaines d’industrie ».

Ceux qui ne votent pas sont ceux qui ne se pensent plus comme digne d’être eux-mêmes, ils ont été persuadé de n’avoir aucun pouvoir à déléguer.

Pourtant, devant le réchauffement climatique, l’effondrement du vivant, nous devons tous et toutes renoncer aux mirages de la consommation et nous réapproprier nos vies pour ce qu’elles portent de beau, aimer, souffrir, ouvrir les yeux sur la magie qui nous entoure en nous dégageant du temps, en renonçant à la course en avant du toujours plus, toujours mieux, et inventer le bonheur de vivre de peu. C’est en étant hors du système que nous sauverons l’avenir, encore faudra-t-il que nos artistes s’emparent du sujet, nous offrent de nouvelles possibilités et nous apprennent à accepter de n’être rien sans pour autant n’être que les esclaves de nos maitres, de leurs publicités, de leurs validations, en redevenant nous-même, sans nous renier de n’être que ce que nous sommes. 



Cette abstention n’est pas politique, elle est culturelle, et la société résiliante ne sera pas celle que nos élus porteront demain, mais celle que nos artistes nous inventeront.

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