Thierry Breton, aussi !
Qu'y a-t-il de commun entre Thierry Breton, ancien ministre et ancien commissaire en charge notamment de la régulation du numérique, un travailleur haïtien, un étudiant mexicain, une militante du droit international et de la cause palestinienne, une activiste pour le climat, un scientifique ou un agent de la fonction publique licencié sur les instructions de Musk, des juges de la Cour pénale internationale ?
Aucun en apparence ? En apparence seulement.
Toutes et tous sont désignés opposant, dissident rebelle du basculement ultra-réactionnaire impulsé par Trump et ses sbires, seigneurs de la Tech, libertariens, nationalistes fascisants. Une clique tout autant ennemie de l’immigré que de la régulation, tout autant en guerre contre le droit international et ses institutions que de L’Etat social ou de la vérité.
Ils rient de ceux qui se grattent la tête pour savoir si l'Union européenne est leur alliée quand elle n’est qu’un vassal, considérée comme une simple périphérie de l’empire.
La grande presse sous contrôle qualifiera un militant de la paix, un combattant du droit international ou un chercheur en sciences sociales de "wokiste" pour le déconsidérer, le discréditer et le combattre. L'administration Trump qualifie Thierry Breton « d’agent du complexe industriel mondial de la censure". Rien de moins !
La raison ? Comme commissaire européen, il est à l’initiative de la mise en place de mécanismes visant à combattre les discours de haine et de désinformation en ligne. Baptisé le Digital Services Act (DSA), cette directive voté par les Etats membres et le parlement européen n'est toujours pas mis en œuvre dans son intégralité. C’est déjà le résultat de la soumission européenne aux velléités nord-américaines. Mais c’est déjà bien trop pour le capital du numérique étatsunien. En application de ce droit européen, la commission de Bruxelles a infligé au réseau social (ou a-social) X propriété de E Musk une amende, pour non-certification de sources de fausses informations et transparence autour de ses publicités. Voilà la raison pour laquelle Thierry Breton se voit signifier avec d’autres militants de la régulation numérique une interdiction d’entrer aux États-Unis. Il est ainsi traité comme un préjugé terroriste ou un communiste.
Il convient de mesurer la gravité et la violence de la décision. Au-delà de l'extraterritorialité de leur droit, voici que les très réactionnaires dirigeants américains appliquent une "extraterritorialité de leur politique » sur l'espace de l'Union européenne.
Face à ceci, que font les dirigeants européens quand ils n'obtempèrent pas au conducator de l’impérium leur imposant d'augmenter les dépenses militaires jusqu'à 5 % des richesses produites ou de s'engager à acheter le pétrole et des armes américaines ?
Ils balbutient des mots. Toujours des mots creux provoquant à la Maison blanche des rires proportionnels à la soumission des dirigeants européens.
En effet Thierry Breton n'est plus commissaire européen parce que la présidente de la Commission européenne a obéi aux ordres de Washington et E. Macron n'y a pas résisté. Le DSA lui-même n'est pas appliqué dans sa totalité sous pression américaine. De soumissions en soumissions c’est l’humiliation, le mépris, la morgue ultra-réactionnaire. Par un sordide renversement, de repères et de valeurs, l’internationale des extrêmes droites considèrent que le combat contre la haine est une "censure" contre la liberté d'expression.
Les mêmes conspuent la Cour pénale internationale lorsqu'elle lance un mandat d'arrêt contre le Premier ministre israélien et son ministre de la Défense pour "crime de guerre" et "crime contre l'humanité" à Gaza.
Thierry Breton n’est pas un homme de gauche pourtant la vindicte trumpienne le désigne comme ennemi. C’est dire si la menace est sérieuse.
La démocratie et la souveraineté politique nous obligent à nous lever et à réclamer une forte réplique des institutions européennes loin des petits « Tweet » insipides.
Tout démocrate doit s'inquiéter du cran supplémentaire franchi avec la sanction qui vise l’ancien commissaire européen.
Mais il faudra élargir la focale pour observer le paysage qui se dessine. Un contexte au sein duquel de multiples bascules politiques ne cesse d’inquiéter. Personne n’est à l’abri de ce techno-autoritarisme fascisant rampant, dans le cadre des guerres intra-capitalistes et inter-impérialistes. Il est urgent de s’unir pour réagir et pour combattre cette vague brunâtre.
Il ne suffit pas, de dénoncer mollement les agissements trumpistes quand sur notre sol se déploient les affres de l'internationale réactionnaire et protofascisante: Le soutien au peuple palestinien est assimilé à de l'antisémitisme, les militants écologistes à des "éco terroristes", les actrices et acteurs de l’accueil des migrants des soutiens à des terroristes, la secrétaire générale de la CGT Sophie Binet est l'objet d'une plainte de la part d'une organisation patronale et des milliers de syndicalistes sont dénigrés quand ils ne sont pas inquiétés, une commission prétendument sur l'audiovisuel public se transforme en tribunal contre les dirigeants des radios et télévisions publiques, ses animateurs et journalistes ; quand des journalistes et organes de presse indépendants sont menacés, quand l'extrême droite déploie ses violences contre des militants de gauche et des locaux du Parti communiste.
Dans un tel contexte, fou sont ceux qui parmi les progressistes feraient profession d'épandeurs d'insultes et de violences verbales, d'organisateurs de divisions ou de concurrence malsaine au risque de fortifier à l'occasion des élections municipales l'alliance des droites et des extrêmes droite Trumpistes qui rôdent au détriment des populations et de la démocratie. Il ne s'agit pas d'un risque pour demain, mais d'un dangereux processus déjà engagé dont il est urgent de prendre conscience.
Patrick Le Hyaric
25 décembre 2025.