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Billet de blog 1 déc. 2015

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Etat d'urgence oui, mais...

Le dilemme qui se pose à notre génération habituée à considérer la vie en Démocratie comme une accumulation de droits est réel : ou bien l’on hurle à la dictature et à l’incurie du président Hollande en défendant une conception sans limites de la liberté individuelle, ou bien l’on accepte en connaissance de cause une réduction temporaire de nos libertés constitutionnelles en assumant une attitude

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Parisien et père de famille, je suis, depuis les assassinats de Charlie en passant par le Thalys et le massacre du 13 novembre, sous le choc. Les attentats contre la France ont touché des lieux connus et habituels, des amis, des connaissances ; mais heureusement, personne dans mon entourage proche n’a été tué.

L’état d’urgence dans un état démocratique comme le nôtre, c’est l’aveu que la sécurité collective n’est plus assurée et que donc l’État de droit doit être suspendu de façon exceptionnelle pour tenter d’éviter les répliques meurtrières et purger le danger immédiat en inversant le rapport hiérarchique Justice/Police de façon ponctuelle.  

Le dilemme qui se pose à notre génération habituée à considérer la vie en Démocratie comme une accumulation de droits est réel : ou bien l’on hurle à la dictature et à l’incurie du président Hollande en défendant une conception sans limites de la liberté individuelle, ou bien l’on accepte en connaissance de cause une réduction temporaire de nos libertés constitutionnelles en assumant une attitude éthique de responsabilité.

Dans la situation grave et tendue que nous vivons, la proclamation de l’état d’urgence en maintenant la liberté de la presse et d’expression était une mesure indispensable et salutaire. L’incertitude quant à la qualité de notre sécurité est telle, que le gouvernement a fait le bon choix.  

Lorsque l’on est un citoyen républicain, on doit faire confiance dans l’urgence à notre police républicaine, aussi bien quand elle intervient dans la confusion de la fusillade au coeur de l’événement, que lorsqu’elle accélère les perquisitions qui démantèlent les stocks d’armes et assèchent pour un temps les réseaux dangereux. De la même façon qu’il faut avoir confiance dans le comportement de nos forces armées à l’extérieur.

Ceci étant, il ne s’agit pas d’être naïf ou de signer un blanc-seing. L’éthique de responsabilité doit être partagée des deux côtés de la société et les membres de la police républicaine doivent être irréprochables quant à leur comportement. Pour cela, leur hiérarchie, à tous les niveaux, doit être implacable quant au commandement et au contrôle de la force légitime de l'état.
Il y aura, il y a eu, des erreurs et des abus dans l’usage de cette force, ceux-ci doivent être connus, documentés et sanctionnés de la façon la plus ferme et ceci en temps réel tout au long de l’état d’urgence.  

C’est le seul moyen de maintenir le pacte de confiance indispensable à la reconnaissance par tout le peuple français de l’opportunité de cet État d’urgence.

Je crois enfin que le soutien conditionnel à l’État d’urgence actuel peut donner une cohérence morale et politique pour refuser tout vote par le parlement, d’une loi qui constitutionnaliserait d’une façon ou d’une autre l’état d’urgence comme l’a laissé entendre le président de la République.

L’état d’urgence deviendrait permanent et extrêmement dangereux pour l’avenir. Cette éventualité manifesterait de la part du gouvernement un abandon de l’éthique de responsabilité pour une politique de fuite en avant sécuritaire illusoire et électoraliste  et constituerait pour ma part, et pour les Français soucieux de leur République démocratique une rupture du pacte de confiance et donc de l’unité du peuple français. 

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