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Billet de blog 28 nov. 2020

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Lecture du post Facebook du Président Macron aux abonnés Facebook du Président Macron

Suite à l’agression d’un citoyen noir par un groupe de policiers, le Président de la République poste un texte sur facebook. Lisons ce texte ensemble : le texte , toujours le texte, rien que le texte.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Suite à l’agression d’un citoyen noir par un groupe de policiers, le président de la république poste un texte sur facebook. Lisons ce texte ensemble : le texte , toujours le texte, rien que le texte.

« Les images que nous avons tous vues de l’agression de Michel Zecler sont inacceptables. »

En pleine polémique sur le fameux article 24 de la loi de sécurité globale, il n’est pas innocent de commencer par “les images”. Evidemment, en l’occurrence, ce ne sont pas les images qui sont inacceptables mais les faits et actions qu’elles révèlent.  

« Elles nous font honte. »

Encore les images : certes nous avons honte, mais ce sont les fonctionnaires se comportant comme des voyous qui doivent porter cette honte. 

« La France ne doit jamais se résoudre à la violence ou la brutalité, d’où qu’elles viennent. La France ne doit jamais laisser prospérer la haine ou le racisme. » 

La France est une idée, le nom d’un état géographiquement situé, ce n’est pas elle qui se résoud à la violence ou à la brutalité mais bien ceux qui agissent en son nom, ceux qui sont violents ou brutaux. Ici, en l’occurrence, ce n’est pas la France qui frappe , ce sont des hommes visiblement sans autre morale que leurs poings, sans autres principes que leur haine. Sans autre légitimité que leur force. Sans autres limites que la fatigue de frapper.

La France n’a évidemment rien à voir avec ça.

« Je crois en la République exemplaire : une police exemplaire avec les Français, des Français exemplaires avec les forces de l’ordre comme avec tous les représentants de l’autorité publique. »

Ici apparaît le glissement qui est au coeur du propos du Président, car d’après cette introduction, nous établissons une relation de cause à effet :

Enoncé 1 : Une police exemplaire avec les français => Enoncé 2 : Des français exemplaires avec les forces de l’ordre.

On comprend que l’exemplarité de la police implique le bon comportement des français envers leur police, or, dans le développement qui suit il y a une inversion des propositions, et nous avons :

Énoncé 2 : Des Français exemplaires avec les forces de l’ordre => Enoncé 1 : Des forces de l’ordre exemplaires.

Dans un premier temps on affirme légitimement que la police doit être exemplaire afin que, conséquemment, les français respectent la loi et la police, mais dans la suite du texte, après inversion des énoncés, on nous explique que le comportement exemplaire des Français est la seule condition au comportementent exemplaire des forces de l’ordre :

Énoncé 2 : « Des Français exemplaires avec les forces de l’ordre. Je n’accepterai jamais les violences perpétrées envers nos policiers et nos gendarmes, tous ceux qui portent l’uniforme. Ne jamais se résoudre à ce que des femmes et des hommes qui se sont engagés pour défendre l’ordre républicain soient blessés ou tués dans l’exercice de leur mission. »

Énoncé 1 : « Des forces de l’ordre exemplaires. Ceux qui font appliquer la loi doivent respecter la loi. Je n’accepterai jamais que la violence gratuite de quelques-uns entache le professionnalisme de femmes et d’hommes qui, au quotidien, assurent notre protection avec courage. Le respect des valeurs de la République et la déontologie doivent être au cœur de l’engagement de toutes nos forces de l’ordre. »

Ce n’est pas le détail des énoncés (purement réthoriques) qui compte mais bien l’ordre de causalité :

Les français auront le respect des forces de l’ordre seulement et seulement si, ils ont préalablement montré leur allégeance à ces mêmes forces de l’ordre.

« Je demande au Gouvernement de me faire rapidement des propositions pour réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister entre les Français et ceux qui les protègent et pour lutter plus efficacement contre toutes les discriminations. »

Alors là nous sommes dans le grand vide :

Demander à un gouvernement de faire des propositions, non pas pour créer les conditions de la confiance mais pour “réaffirmer le lien de confiance qui doit naturellement exister” (?) est une proposition vide de sens . Il serait trop long ici de développer sur le thème de la confiance. Ce qu’on peut dire rapidement c’est qu’un lien de confiance ne peut pas exister naturellement.

“Je crois en nos libertés, dont je suis le garant.”

Le problème est que les français ne croient pas tous dans la capacité actuelle du président à être garant des libertés en lesquelles ils croient. Et nous revenons sur le problème de la confiance, qui ne se décrète pas.

“Liberté d’expression et liberté de la presse. Je n’ai jamais cessé de défendre ces principes et tous ceux qui l’incarnent. Y compris face à ceux qui, depuis l’étranger, ont pour projet de les faire reculer. Je n’accepterai jamais que ces libertés puissent être reniées.”

Ceci est une référence à l’intervention du Président dans la presse étrangère pour défendre la mémoire de Samuel Paty, intervention que je soutiens dans la forme et ( à quelques détails près), dans le fond. Malheureusement les propos des ministres du gouvernement nuisent à ce message à l’intérieur et à l’extérieur du pays . Comment prendre au sérieux les injonctions et les rappels à l’ordre républicains lorsque notre gouvernement n’est pas en mesure de les mettre en oeuvre fermement dan son propre exercice . Le mauvais gouvernement de la France est une catastrophe qui met en danger nos citoyens sur le territoire et à l’étranger.

“Liberté de manifester. Quelles que soient les circonstances, chaque citoyen doit pouvoir exprimer ses convictions et revendications à l’abri de toute violence et de toute pression. La France est un pays d’ordre et de liberté, pas de violence gratuite et d’arbitraire.”

Il est bel et bon de le rappeler, néanmoins, la France n’a JAMAIS été un pays d’ordre.

“Les valeurs de la République ne sont pas négociables. Notre responsabilité collective est de les défendre et de les promouvoir.”

Le problème ici est que justement, au sein même du gouvernement, les valeurs de la République sont passées derrière l’agenda politique des uns et des autres.

Il faut cesser d’agiter les “valeurs” de la république, que personne n’a jamais vu, par contre il serait bon de respecter les “principes” de la République qui devraient être aux fondement de notre gouvernement. les « valeurs »sont des émanations abstraites d’une république à l’état gazeux, les principes sont les piliers solides de notre vie de tous les jours.

“Il nous faut savoir regarder les réalités de notre pays en face et conduire avec détermination, calme et respect les débats qui sont aujourd’hui ceux de notre société. Ni l’invective, ni l’opprobre, ni les manipulations ne sauraient y contribuer.”

Et c’est là ou nous aurions aimé vous entendre Mr le Président, quelles réalités ? Quels Débats? C’est ici que devrait commencer votre dissertation.

“Toujours. Ensemble. Dans la concorde.”

La pensée magique n’est pas une méthode de gouvernement.

 Bien à vous,

Un électeur.

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