Notre Dame des Landes ZAD contre ZAC, deux visions du monde

Ce ne sont donc plus deux chantiers qui s’affrontent à la ZAD mais deux visons du monde.

Il y a comme un dialogue de sourds à propos de la ZAD de ND des Landes entre les protagonistes sur le terrain. La question est-elle toujours: aéroport ou pas aéroport ? Pour l’Etat, sûrement. Ce n’est plus du tout celle-là pour les occupants de la ZAD. S’il y a bien toujours une « zone à défendre », ce n’est plus celle qu’on croit. Que l’administration, l’Etat, la loi, les votes défendent le droit dans la ZAC, la Zone à construire, n’est plus à l’ordre du jour depuis des années pour ceux de la ZAD. Quelles que soient les décisions prises concernant le territoire en litige, même en cas de transfert de l’aéroport sur Nantes-Bouguenais, les occupants ont récemment affirmé qu’ils ne lâcheraient pas le terrain. Pourquoi ? La réponse se trouve dans les nombreux communiqués émis par les défenseurs de la ZAD dont voici le plus récent (25/12/2017) : « ce qui se vit réellement sur la ZAD, (c’est) la recherche de plus d'autonomie, d'horizontalité, la lutte contre toutes les formes de discrimination. Aussi il est important de relayer que la ZAD est bien une zone ouverte, diverse, et que ce qu'il s'y vit vaut la peine de le défendre. On aura évidemment besoin de tout le monde pour construire l'avenir de la ZAD!»

Ce n’est plus un aéroport qui est en jeu, mais un mode de vie, celui, très puissant, entamé depuis des décennies, par le mouvement auto-gestionnaire, celui des écolos, des militants de la terre, du retour au village, à l’agriculture raisonnée, de la consommation de qualité, du durable, du recyclable, du renouvelable, du slow food, et du bio bien sûr; les qualificatifs abondent signalant un mouvement qui dépasse de loin le thème du transport aéroporté, entraînant les nouveaux courants d’occupation du temps et de l’espace vers les notions à la fois anciennes et renouvelées d’autonomie, d’autogestion, d’ouverture au monde, de libertés individuelle et collective, qui rêvent de refonder une société régénérée sur de nouvelles bases d’équité et pour tout dire, de « retour au réel ». Un réel raisonné avec la perspective de la fin de la planète, de la fin de l’anthropocène ravagée par ce qu’ils appelleraient plutôt le capitalistocène, tant ce ne sont pas « les hommes » qui sont responsables de ces états des choses, mais une toute petite minorité d’entre eux. 

Ce ne sont donc plus deux chantiers qui s’affrontent mais deux visons du monde, et la République, son président et ses ministres d’aujourd’hui seraient bien avisés de changer d’optique, de vocabulaire et de ton dans leurs discours définitifs sur la fin de la crise, parce que, là comme ailleurs, elle n’est pas près de se résoudre par l’envoi de la force publique, aussi légitime paraisse-t-elle après le vote référendaire du 26 juin 2016... Pour preuve, ce communiqué provenant de la même ZAD et datant du même jour que le précédent, et ouvrant des horizons de lutte infinis.

« On est heureux de vous faire part de la naissance d'une nouvelle lutte contre l'aménagement capitaliste du territoire, sur le plateau des Millevaches.. Sur la ferme du Moulin Vieux à la Villedieu (23), deux projets s’opposent, d’un coté un paysan prêt à reprendre une ferme à l’abandon pour une installation en maraîchage et verger sur d’anciennes terres agricoles, de l’autre la Société forestière (filiale de la caisse des dépôts) exploitant de manière intensive des milliers d’hectares de forêts sur le plateau de Millevaches. Nous voulons que la ferme du Moulin Vieux retrouve sa vocation première, un espace d’habitation et de pratiques paysannes. Nous voulons que la CNP Assurance cède ces terres à leur valeur agricole. Nous voulons faire en sorte de pouvoir mettre ces terres en culture dès le printemps prochain. »

Pour l’Etat, il faudra bien poser le problème autrement. Pas facile, reconnaissons-le. Mais Il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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