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Billet de blog 1 octobre 2009

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féodal !

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Un point de vocabulaire qui me heurte parce qu'il en dit long sur les difficultés, les blocages que rencontre la démocratie dans son très lent développement.

Réunion du conseil d'administration d'une association qui s'occupe de réinsertion sociale. Fait partie de ce CA quelqu'un qui a des responsabilités importantes, au sein de l'équipe municipale. On discute, ce qui est très normal, de l'utilisation qui est faite des subventions - peu importe,ici, même si le sujet pourrait faire l'objet d'une très intéressante discussion -. "Ah non, dit X, je ne paie pas pour ça, je ne donne pas de l'argent pour..."

Même chose quand il s'agit de l'annonce par l'administration fiscale d'un dégrèvement d'impôt imputable à une erreur de ses services : "j'ai décidé de vous accorder..."

Même chose encore lorsque la presse titre : "Le Président Sarkozy octroie une aide d'urgence..."(je rappelle le sens de ce verbe : accorder, concéder à quelqu'un à titre de faveur et de grâce)

On n'hésite pas à écrire que tel homme politique retourne le weekend dans son "fief".

On pourrait continuer à recenser ce type de formules sur lesquelles nous ne nous arrêtons pas, habituellement, mais qui trahissent de manière parfois caricaturale que nous sommes loin d'avoir intériorisé les réquisits fondamentaux de la démocratie, d'avoir compris ce que signifie "pouvoir du peuple", d'avoir rompu avec une représentation du chef de droit divin. Il faudrait (se) corriger chaque fois, expliquer ce qu'il y a de choquant dans le fait que personne ne soit choqué par de telles expressions, relier cette idée avec le thème de la servitude volontaire...Des détails, diront certains, qui ne méritent pas qu'on en fasse toute une histoire, des mots qui n'éveillent certainement pas chez ceux qui les utilisent les mêmes échos que pour vous - je n'en suis pas si sûr ; il me semble que nous sommes là dans un domaine fort proche de celui du lapsus. Et il ne faut sans doute pas s'étonner que tant de gens s'aplatissent si vite devant une autorité qui n'a même pas besoin d'être musclée ; ils y sont préparés par ce contexte linguistique - pas seulement par ça, mais par ça aussi, qui est très insidieux.

Le passage du "je" au "nous" est loin d'être entré dans nos moeurs.

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