Il paraît que l'équipe de France de rugby n'est pas au mieux de sa forme, que tout le monde le sait - les supporters qui ont payé un prix de brute pour l'accompagner en Nouvelle Zélande, les lecteurs des envoyés spéciaux de la presse nationale - sauf les commentateurs d'une certaine chaîne de TV qui a peur d'effrayer les sponsors ! le syndrome des Bleus a encore frappé.
A vrai dire, cela ne me touche pas énormément ; il y a tant d'autres choses dont il faut, à plus juste titre, se soucier. Mais le hasard a voulu que flânant, l'autre jour, dans ma librairie favorite, je tombe sur une BD publiée par Actes Sud ; elle est signée de Jean Harambat dont j'avais aimé, il y a quelques années, une très belle BD historique, Les invisibles, sur les ravages de la gabelle en Gascogne, qui avait été primée au Salon du livre historique de Blois, je crois. En même temps que la jeunesse, c'est son titre, évoque les souvenirs d'un jeune joueur des Landes pour qui le rugby fait partie du patrimoine génétique - des rencontres, des stratégies qui réussissent ou échouent, des bagarres, des équipées dans les quartiers chauds, de Barcelone à Buenos Aires, parce qu'il a voyagé, le petit, une vraie fraternité et pas seulement parce qu'il lui arrive de f aire équipe avec tel ou tel de ses frères. Chaque histoire, il y en a une bonne quinzaine, entre un prologue et un épilogue, est comme une petite nouvelle ; elle est précédée d'un schéma qui explique la phase de jeu qui sera décisive ou qui échouera lamentablement- et c'est la première fois que j'ai le sentiment de comprendre quelque chose à ce sport.
Mais ce n'est pas tout. Il y a la qualité du trait. Harambat est de l'école de Hugo Prat, mais sans jamais tomber dans l'imitation ni le pastiche servile. Il y a surtout une vraie écriture qui donne à ce livre une séduction réelle, une science du dialogue et une capacité à donner de la chair à des personnages hors du commun - on reconnaîtra sans doute des visages connus, mais ce n'est pas l'important - comme cette vieille dame qui tient à BuenosAires une librairie, la libreria de la ciudad, où Jean a ses habitudes, ou ce curé dont les conseils sont si avisés. Quelques vignettes suffisent pour ouvrir une porte vers une rêverie qu'on pourrait continuer longtemps. Nous sommes très loin des clichés habituels, d'un folklore machiste, même si Harambat n'a pour eux aucun mépris.
De quoi réconcilier avec le rugby.