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Billet de blog 2 octobre 2021

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"Vêtu de probité candide et de lin blanc"

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                    Le vers est bien connu, tiré du "Booz endormi "de Victor Hugo ; Booz, "cet homme (qui) marchait pur loin des sentiers obliques". Pureté, droiture, probité, blancheur, Hugo ne pensait sûrement pas à la politique dont il connaissait les turpitudes. Et pourtant nous y sommes ramenés par le mot "candide" d'où dérivent "candidat" et "candidature".

                    Candide vient du latin candere qui signifie : être enflammé, brûler ; être chauffé à blanc ; être d'une blancheur éclatante. D'autres dérivés mériteraient d'être évoqués ; j'en cite quelques uns : candélabre, chandeleur, chandelier, encenser, incandescence, incendie ...Mais je n'en retiens que candeur : la blancheur, l'éclat ont laissé la place à la pureté de l'âme. Il faut sans doute une certaine naïveté, une certaine candeur pour penser pouvoir amener une lumière dans ce monde de ténèbres. Je laisse cette piste.

                    Le candidat candide ou le candide candidat est donc au sens propre celui qui s'avance vêtu de blanc, une toge blanche dont il se couvre et qui marque aux yeux de tous qu'il brigue une fonction dans la cité. Attention ! qu'il brigue une fonction dans la cité ne fait pas automatiquement de lui un brigand, même si l'on peut s'interroger sur ce que cache la "toga candida".

                    Le candidat qui présente sa candidature a l'éclat de la neige ou des astres ; il brille de tous ses feux et cela doit s'entendre de tout son être, mais de son visage surtout (d'où l'importance des photos du candidat, si nous passons de l'histoire romaine à notre modernité,  qui doit inspirer la confiance, cacher sa fourberie, si fourbe il était, ce qu'à Dieu ne plaise, se présenter comme un penseur profond même si sa pensée se résume à une ou deux sottises sans cesse ressassées) ; il est loyal, il est honnête.

                     Ah ! Comme l'étymologie est belle et comme elle s'évertue à nous faire croire que le candidat est paré de toutes les vertus ! l'Histoire s'est chargée de nous faire perdre nos illusions et la langue n'emploie plus le mot  candide qu'avec une ironie cruelle ; sa prétendue pureté ne relève plus, dans l'usage courant, que d'une naïveté dont on soupçonne toujours qu'elle peut être le masque d'une fourberie fondamentale - c'est le risque, nous le voyons bien, d'une perte de confiance dans ces procédures de candidature où le candidat continue, imperturbablement, à promettre que demain il lavera plus blanc.                                                                                                                    

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