Je me débranche, je me déconnecte, je laisse derrière moi mon ordi poussif, je ne transporte pas mon portable. Silence. Coupé du monde. Je ne saurai rien des états d'âme des uns et des autres - ni pourquoi untel décide de quitter Mediapart, ni pourquoi tel autre ne supporte plus de se faire insulter , ni pourquoi un troisième continue d'être abonné à ce journal qu'il excècre, ni pourquoi ce quatrième..Rien des nouveaux commentaires que peut enor ssusciter mon dernier billet. Les vacances des people qu'elles soient normales ou pas ne me font pas rêver et si jamais il venait que je croise tel ou tel de ces grands, je lui promets d'avance que je n'irai pas lui serrer la pogne, à condition, bien sûr, qu'il en fasse autant de la mienne. Je ne saurai rien de l'état du monde que ce que m'en dira mon copain qui tient le rayon boucherie de la superette du coin et qui est un fan de Sarko et Dalida réunis - ses propos sentent le ranci mais sa viande est excellente. Je m'enfonce dans les bois. Je rejoins les alpages. Je me trempe les pieds dans le torrent et chasse les taons et les mouches avec autant de désinvolture que la vache qui pisse à côté de moi. Je n'ai d'yeux que pour les framboises, les fraises des bois et les myrtilles - et si jamais queuque champignon s'en viendrait à pousser, je ne me bornerai pas à l'admirer. Je vais guetter les étoiles filantes.
Mais vais-je tenir ? résister à la tentation de courir après un cyber café pour consulter ma messagerie - si jamais un foutu éditeur ... ou un ami perdu de vue depuis des lustres... -?Ne me faudra-t-il pas supplier la voisine de faire suivre mon courrier jusqu'au fin fond de ma vallée pour conforter l'idée que je suis toujours en relation avec les vivants ? que j'ai bien des relations, des gens importants à leurs yeux ou aux miens, des gens qui ne m'oublient pas, des gens qui m'aiment ou me détestent, peu importe, pourvu qu'ils me le disent par tous les moyens de communication existants?
Rien n'est moins sûr et je ne sais pas dans quel état je vais rentrer - il y a toujours la possibilité d'un rappatriement sanitaire, non ? ça doit être prévu dans mon contrat d'assurance - je ne sais même pas si je vais rentrer, je me sens déjà mal, un peu de peine à respirer, l'angoisse du départ, l'appréhension du bouchon...quinze jours, c'est tellement long !
Allez. Faut se décider. Exit. Ecran noir, bientôt. A la revoyure.