Vous vous souvenez du reproche méprisant que la presse dans son ensemble et la plus grande partie du personnel politique opposaient à toute critique de la politique américaine : ce n'est là que l'expression d'un antiaméricanisme primaire. Suivait un rappel des liens profonds qui unissaient nos deux pays - c'est un peu nous qui avons porté les EU sur les fonts baptismaux de la démocratie - La Fayette etc - et il ne faut pas oublier que c'est grâce à eux que la France a été libérée du joug hitlérien - on oubliera vite que les EU ne sont intervenus que lorsque leurs intérêts propres ont été menacés comme on gommera le rôle joué par l'URSS. Broutilles, rancoeurs idéologiques, etc. Notre allié bien-aimé, champion du monde libre, il fallait être d'une ingratitude lamentable pour oser rappeler ses origines - le génocide des populations amérindiennes, l'esclavage, - ; il fallait une ignorance, une inculture qui est le propre des gens sans éducation aveuglés par une propagande haineuse. Le modèle américain que nous avons regardé fascinés par les images que la publicité, le cinéma, les reportages ne cessaient de déverser chez nous ; que nous avons cherché à imiter servilement au prix de la destruction de ce qui faisait notre culture, notre originalité (cf la fin des paysans pour laisser place à une agriculture industrielle dont on voit assez les conséquences désastreuses) - ce modèle américain qui nous a colonisés dans nos comportements et dans nos idées était assez habilement, il faut le dire, maquillé de ces phrases ronflantes qui nous caressaient dans le sens du poil.
Et voilà que nous découvrons, stupéfaits, que tout cela n'était que du vent. America first. Démocratie, oui, oui, mais en premier lieu la défense des intérêts de l'Amérique. L'Occident, c'est nous, disent Trump et les siens, et si vous n'êtes pas contents on vous fera payer le prix de votre aveuglement, de votre faiblesse irrémédiable, de votre attachement débile au prétendu Droit international, à des institutions aussi obsolètes que l'ONU ou la Cour Internationale de Justice - qui n'ont jamais été que des freins au désir de toute-puissance des dictateurs. Dictateur ? oui, Poutine - eh bien qu'il fasse ce qu'il veut dans son coin. Dictateur ? oui, Xi Jinping - très méchant, celui-là. Dictateur ? Trump, que rien ne retient, qui viole impunément toutes les lois, nationales et internationales - oui, évidemment.
Y aura-t-il quelqu'un pour m'accuser d'anti-américanisme primaire ?