Sur la post-vérité

                     Je n'ai pas l'habitude de faire un billet à partir d'un article paru dans la presse. Mais, une fois n'est pas coutume, la lecture, dans Le Monde, de l'échange entre la journaliste Valérie et Jayson Harsin, spécialiste de la communication à l'Université Américaine de Paris, m'a passionné et j'en prélève quelques passages.

    "Avec l'accélération de l'information, les formes d'argumentation se révèlent toujours plus courtes pour s'adapter à l'internaute moyen, qui passe moins de dix secondes par page, et dont un sur deux lit moins de 110 mots par page. D'autant qu'il consomme de plus en plus, simultanément, des podcasts, des sites d'info, des vidéos, tout en surfant sur Facebook ou Twitter. Le spécialiste des sciences cognitives de Chicago Jordan Grafman a démontré, scanners à l'appui, que plus vous êtes multitâche, moins vous vous accorder le temps du raisonnement logique. Ainsi de plus en plus d'internautes se trouvent-ils frappés d'un déficit chronique de l'attention qui limite leur capacité à se saisir d'un argument rationnel."

     A méditer pour ceux qui passent leur vie devant un écran et qui prouvent à longueur de commentaires leur incapacité à raisonner. Seul moyen de s'en sortir : prenez un bon bouquin et ne passez pas plus d'une heure par jour devant vos écrans !!!!

               "Ce monde saturé d'informations est anxiogène pour ceux qui ne parviennent plus à les hiérarchiser, ni même à les filtrer. Cela les pousse à se tourner vers des univers familiers où ils ne trouveront que des avis proches des leurs...[ce que proposent les moteurs de recherches et leurs algorithmes] Ainsi ces algorithmes sont-ils des boîtes noires qui enferment les citoyens dans  leurs convictions et privilégient des contenus viraux, qui s'adressent à l'affect et circulent rapidement. Les ingrédients de la viralité ne sont clairement pas ceux d'une argumentation rationnelle, qui demande le temps de la démonstration et de la délibération."

        Du coup, l'opinion contraire à la mienne m'est inaudible et l'insulte est la seule réponse que je peux trouver à lui opposer. Et à celui qui s'en offusquerait, les bonnes âmes, qui en sont restées au siècle précédent, s'indignent au nom de la liberté d'expression - ils ont bien le "droit"....

      La tâche de vérification des allégations et autres rumeurs (le "fact-checking", en anglais dans le texte) est urgente mais elle est compliquée et chronophage (il faut toujours recommencer, car, comme l"hydre de la légende ses tentacules repoussent sitôt qu'elles ont été coupées). On voit le boulot énorme qu'il faudrait accomplir pour apprendre le plus tôt possible aux enfants et aux adolescents à décrypter les messages, à analyser les images, à prendre la distance nécessaire pour ne pas gober tout cru la première "information" venue.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.