Jean Zay a été ministre de l'Education nationale et des Beaux-Arts. Nommé en 1936 par Blum, il est un des plus jeunes ministres à ce poste et l'un des meilleurs. On reste fasciné par l'ampleur des réformes qu'on lui doit. En ce qui concerne l'Education nationale, il allonge d'une année l'obligation scolaire, de 13 à 14 ans, ce qui lui permet de concevoir cette année de fin d'études comme celle d'une préparation à la vie - ce qui entraîne une évolution de la pédagogie - avec en particulier une attention toute spéciale aux activités dites de loisir, activités dirigées, qui permettent une ouverture des enfants sur le monde qui les entoure - au grand dam des conservateurs de tout poil qui clament qu'on ne fait plus rien dans les écoles mais avec l'accord enthousiaste des enseignants qui rivalisent de créativité. De nouvelles écoles, de nouveaux lycées sont construits ; Zay est attentif à l'importance du sport dans la formation scolaire et il se soucie aussi de la santé scolaire et universitaire. Une restructuration des filières est la pièce maîtresse de sa proposition de loi de 1937 : classique, moderne et technique, à égalité de dignité. Même si ce projet est rejeté par la toute-puissante Commission de l'Enseignement de la Chambre, temple de l'immobilisme, des jalons importants sont posés. Sans se décourager, Zay fait passer la création d'une 6ème d'orientation où sont rassemblés tous les élèves issus du primaire ; cette classe permet de mieux cerner les les voeux des élèves ; des passerelles sont prévues pour corriger, les années suivantes, des erreurs manifeste d'orientation.
Mais Jean Zay a d'autres réalisations à son actif : la création de l'Ecole nationale d'administration pour ne pas laisser à Sciencespo le monopole de la formation des agents de l'Etat (mais le Sénat s'y opposera) ; celle du CNRS avec la complicité de Jean Perrin dont il trace un très amical portrait ; il réorganise l'administration de la Comédie Française avec Edouard Bourdet et les metteurs en scène qui font vivre le théâtre contemporain (Jouvet, Copet, Baty, Dullin) avec la volonté d'ouvrir les théâtres et les musées à un public plus vaste en diminuant les tarifs ; il réfléchit aux problèmes posés par le droit des auteurs qui n'existait pas pour le plus grand profit des éditeurs et propose que ce doit soit reconnu comme inaliénable - l'auteur concède son oeuvre à l'éditeur, il ne la lui cède pas ; toujours dans le souci d'offrir la culture au plus grand nombre, il augmente les budgets des bibliothèques et crée les premiers bibliobus. Son rôle dans l'Exposition Universelle de 37 et dans les célébrations du cent cinquantième anniversaire de la Révolution a aussi été déterminant.
Ce qui suscite l'admiration c'est que ce travail intense s'inscrit dans une vision politique à long terme : l'accès du plus grand nombre à la formation, à la culture est la condition nécessaire au développement d'une vraie démocratie. Tout en reconnaissant les mérites de la Troisième République, Zay est bien conscient qu'il faut aller beaucoup plus loin si l'on veut mettre un terme aux vieux réflexes clientélistes de bien des parlementaires, si l'on veut échapper aux manipulations de l'opinion publique qui est l'ordinaire de la presse - et l'on trouve dans ses carnets de prison des réflexions fort riches sur la nécessité d'une nouvelle constitution.
Jean Zay constate avec ironie que le gouvernement de Vichy n'hésite pas à s'attribuer le mérite de certaines de ses propres innovations. Hommage du vice à la vertu ! Les successeurs de Zay n'ont pas toujours eu les mêmes exigences ni la même philosophie. On se prend à rêver que celui qui est à l'heure actuelle ministre de l'Education nationale parvienne à se libérer de ceux qui ont pour mission de l'encadrer ; il serait bien inspiré de lire dans Souvenirs et solitude les nombreuses pages où se lit une véritable vision de l'avenir de l'éducation comme hymne à la libération de toutes les servitudes.
(à suivre)