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Billet de blog 9 juillet 2009

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Victor Klemperer, LTI, la langue du III° Reich

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y a comme ça des bouquins qu'on se promet de lire depuis des années et, l'urgence ou la négligence font qu'on remet toujours à plus tard le moment de les ouvrir. Ainsi, pour moi, de ce livre de Victor Klemperer dans lequel je me suis plongé avec un intérêt toujours maintenu, ces jours derniers. Difficile de revenir sur toutes les analyses de ce bouquin et sur les circonstances de sa réalisation - j'en retiens seulement pour l'instant certains passages qui ont éveillé en moi des échos troublants avec la situation que nous vivons. Quelques citations, sans commentaires :

"Ce qui est populaire, c'est le concret ; plus un discours s'adresse aux sens, moins il s'adresse à l'intellect, plus il est populaire. Il franchit la limite qui sépare la popularité de la démagogie dès lors qu'il apsse délibérément du soulagement de l'intellect à sa mise hors circuit et à son engourdissement." (p.83)

"De nouveau, cette manière impudente de tabler sur le manque de mémoire de la masse."(p.285)

"Nous devons parler la langue que le peuple comprend" (Goebbels en 1934 ; D'Ormesson, il y a quelques semaines, à la TV, répondait au journaliste qui s'étonnait qu'il puisse supporter le manque évident de culture de Sarkozy, "écoutez, lui, au moins, il sait parler au peuple")

"En tant que Führer, il est à la fois fier de ne pas se soucier de la "prétendue culture d'autrefois" et fier du savoir qu'il a acquis par lui-même. Tout autodidacte fait parade de mots étrangers et, d'une manière ou d'une autre, ceux-ci se vengent."(p.324)

"La performance proprement dite, et, là, Goebbels est un maître inégalé, consiste à mélanger sans scrupules des éléments stylistiques hétérogènes - non, mélanger n'est pas le mot juste -, à sauter brutalement d'un extrême à un autre, de l'érudit au rustaud, de la sobriété au ton du prédicateur, du froidement rationnel à la sentimentalité des larmes virilement retenues (...) C'est comme une irritation de la peau sous l'effet alternatif d'une douche froide et d'une douche brûlante, tout aussi physiquement efficace; le sentiment de l'auditeur (...) n'est jamais en repos, il est en permanence attiré et repoussé, repoussé et attiré, et l'esprit critique n'a plus le temps de reprendre son souffle."(p.327)

Tout cela est assez troublant et ne dit peut-être que l'influence conjuguée de la propagande et de la publicité ; tout cela n'est peut-être que le signe de la désuétude de l'art oratoire où les hommes politiques d'envergure se sentaient obligés de briller (je rappelle qu'à l'Ecole des cadres du PCF il y avait, jadis, des cours de rhétorique), l'attachement, "ringard", comme ils disent, à un certain souci d'argumenter rationnellement qui va de pair avec un respect de la raison de l'autre, alors qu'il n'est plus question, maintenant, que de l'efficacité, de l'impact immédiat de quelques formules dont personne ne soucie de savoir si elles forment véritablement une argumentation. Quand on s'attaque au sens des mots, quand on leur fait dire autre chose que ce qu'ils ont dit jusqu'à présent, le danger est extrême et l'on ne peut pas dire qu'on n'aura pas été prévenu.

Il y a eu dans la collection Raisons d'agir un excellent petit livre qui analysait la nouvelle LTI que représente la langue des néo-libéraux, je ne retrouve pas la référence exacte - ce serait à relire.

Petit exemple récent : le Président lance l'idée d'un grand emprunt - génial, disent les courtisans, il pique une idée à la gauche -, et quelques jours plus tard il nomme Juppé et Rocard co-présidents d'une commission chargée de réfléchir sur la manière d'utiliser les fruits de cet emprunt, - génial, disent les courtisans, il pique un mec à la gauche -. Personne ne s'étonne de l'idée même d'une commission pour réfléchir à.la finalité de l'emprunt..: est-ce dire que le président a parlé sans réfléchir ? ou bien que les réflexions de la commisssion ne serviront à rien si elles ne vont pas dans le sens des réflexions du président ? quant à l' intérêt véritable de cet emprunt, peu de critiques se sont fait entendre jusqu'à présent, sauf ici-même, peu ont dit qu'emprunter, c'est ce que le gouvernement ne cessait de faire chaque jour, etc.

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