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Billet de blog 13 septembre 2010

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"Le racisme et ses deux réductions"

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Pour fêter ce centième billet - mais le hasard seul ici est à incriminer et non un quelconque narcissisme, denrée à ce point répandue qu'il convient de s'en démarquer autant que faire se peut..., je me doute bien que cet anniversaire n'intéresse, à juste titre, personne ; il suffit qu'il témoigne d'une certaine forme de constance et de fidélité -, je m'offre et j'offre à d'éventuels lecteurs cette page de Michel Serres (in L'incandescent, p.117, éd. Le Pommier, 2003

"Depuis assez longtemps, savants, politiques, journalistes, régionalistes, finalement tout le monde, utilisent jusqu'à la nausée le terme identité sans y voir d'abord cette pure erreur de logique dont la dérive aboutit à une faute pire. Examinons, en effet, ce que recouvrent les expressions : identité culturelle, nationale, religieuse, masculine ou féminine, africaine, européenne ou islamique.

De scandaleuses injustices et une misère insoutenable peuvent naître de ces manières de dire et de penser. Que dit le raciste ? Il vous traite comme si votre identité s'épuisait en l'une de vos appartenances : pour lui, vous êtes noir ou mâle ou catholique ou roux. Il adore le verbe être, aussi flou que réducteur. Le racisme puise sa puissance dans une ontologie dont l'acte premier de parole réduit, ici, la personne à une catégorie ou l'individu à un collectif. Il vous cloue dans une case comme un entomologiste pique d'une aiguille tel insecte dans sa collection ; chassé, tué, traversé d'acier, il incarne son espèce. Non, vous n'êtes pas musulmane, fille, protestante ou blonde, vous ne faites que partie de tel pays et de ses modes printanières, de cette religion et de ses rites ou d'un sexe et de ses rôles mouvants. Autant l'identité, logique, détermine une rigueur, autant les appartenances tombent et flottent comme le temps, le hasard et la nécessité. De là fondent sur le monde tant de malheurs qu'il vaut mieux redresser cette erreur qui vire vite au crime.

Le racisme peut se définir par la réduction qu'il opère entre la relation d'appartenance et le principe d'identité. N'usez plus de ce terme, si répandu quand il s'agit de culture, de langue ou de sexe, puisque la faute de logique y devient un crime social et politique. Le raciste ramène le je à un nous. Qui n'a expérimenté que cette simple erreur de langue cache une tentative de mise à mort ?"

P.S. Ce texte, et d'autres, sera lu à la veillée de solidarité avec les jeûneurs contre la loi Besson, à Bordeaux, allées deTourny, le vendredi 17 septembre, à partir de 19 heures.

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