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Billet de blog 14 juin 2022

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Consigne de vote

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                  J'ai quelque peine à comprendre les polémiques actuelle sur les consignes de vote qu'on donnerait ou qu'on ne donnerait pas, qu'on a données jadis, qu'on ne donnera pas aujourd'hui. Tel ou tel homme ou femme politique faisant preuve de lucidité admet parfois que nul n'est propriétaire des voix de ses électeurs - et le terme de propriétaire ne manque effectivement de faveur dans un tel contexte, car l'on sait bien qu'il arrive (souvent ? parfois ?) que l'homme ou la femme politique  une fois élu(e) parle de "ses" électeurs avec un tel sentiment de propriété qu'il ou elle leur fait dire n'importe quoi.

                   Mais "consigne de vote", qu'est-ce que cela veut dire ? Dans le contexte militaire "consigne" désigne la défense de sortir par mesure punitive ; puis dans le contexte scolaire, consigne désigne une sanction infligée à un élève pour un motif disciplinaire et là encore elle se concrétise par une interdiction de sortir de l'établissement scolaire, de rester enfermé dans une salle pendant un temps déterminé, hors de l'emploi du temps . Si je retiens ce sens de consigne, je vois mal comment on peut l'appliquer au vote, qui est un acte libre ; donner une consigne, c'est donner un ordre - ordre, on le comprend aisément, passerait difficilement puisque l'électeur se sentirait à juste titre considéré comme un être mineur auquel ses parents disent ce qu'il doit faire - électeur considéré comme un godillot et c'est amusant d'entendre certains reprocher à des députés de n'être que des godillots s'ils avalisent sans discuter les propositions de loi du gouvernement ! On parle donc de consigne qui est un mot moins connoté d'autoritarisme - presque un conseil -.

                   Je ne connais comme autre sens de consigne que ce lieu, dans une gare par exemple, où je peux déposer mes bagages pour un temps déterminé avant de les reprendre. On voit bien qu'en matière électorale, quelque chose de ce genre ne peut exister -je dépose mon bulletin dans l'urne, mais je ne peux pas le reprendre !

                   Ou bien, s'agirait-il du sens purement commercial d'emballage d'objet consigné ? Si je le rapporte vide, on peut me donner une certaine somme d'argent - c'est très bien pour éviter le gaspillage, très écologique donc -. Mais mon vote n'entre pas dans cette logique, il n'est pas vide, même lorsqu'il est blanc, il a du sens, celui-là même que je lui ai donné, que je lui ai donné librement. Et personne ne pourrait soupçonner qu'on puisse donner à quelqu'un qui vote de l'argent pour qu'il vote comme X ou Y souhaite qu'il vote....A vrai dire, il me semble me rappeler que de telles pratiques ont jadis été mises en oeuvre par quelque homme politique particulièrement friqué. Mais, c'est quand même rare, tout comme les urnes bourrées, et très mal jugé.

                     Quoiqu'il en soit, j'ai la faiblesse de croire que l'électeur est libre de donner sa voix à qui il veut, qu'il est assez intelligent pour décider tout seul de ce qu'il doit faire. Sinon, c'est à désespérer du fondement de notre régime démocratique. Il est en crise, dit-on, il serait sans doute utile de réfléchir sur ces attitudes, ces formules, sur ces mots qui en polluent le fonctionnement.

                    J'aime bien cette phrase d'Alain :"la fonction de penser ne se délègue pas."

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