La loi de Ford

Je me souviens - c'était il y'a une trentaine d'années - les spécialistes me corrigeront si je me trompe : nos responsables politiques n'en finissaient pas de se réjouir que des capitaux étrangers viennent s'investir en France ; on faisait des ponts d'or à certaines entreprises pour qu'elles viennent ouvrir des usines en France.On appelait ça l'attractivité de la France. Le mot est cruel quand on y pense et il mériterait qu'on lui fasse un sort. L'exemple de Ford à Blanquefort est sur ce point exemplaire : des sommes considérables ont été consenties par l'Etat, la Région, la CUB, j'en oublie sûrement,  pour encourager l'implantation de Ford, des avantages multiples qu'on 'accordait pas aux entreprises nationales; et chaque fois que Ford menaçait de partir, rebelote. Même scénario, à peu de choses près, quand des fonds de pensions  américains' ,entre autres, rachètent des entreprises françaises et jusqu'à des clubs de foot,  au lieu que soient imaginées des solutions nationales.

Et Ford se retire, jugeant que l'usine de Blanquefort n'entre plus dans sa stratégie économique et financière ; et les fonds de pension licencient les ouvriers pas assez productifs, cassent l'outil de travail pas assez rentables. La loi du plus fort est, comme d"habitude, incontournable : on en appelle à la bonne volonté des capitalistes, on leur démontre le hold up dont ils se sont rendus coupables, on plaide pour d'autres solutions qui respecteraient le travail des ouvriers durant toutes ces années et les sacrifices qu'ils ont été souvent amenés à consentir. Et ils n'en ont rien à faire ; et ils n'ont même pas la courtoisie élémentaire d'avertir les ministres français  - il est vrai qu'en matière de grossièreté, ils sont à bonne école ...; et ils poursuivent sans dévier d'un pouce leur ligne qui est de servir à leurs actionnaires des dividendes de plus en plus juteux. D'une façon assez pathétique, on leur rappelle l'argent qu'on leur a donné, les subventions dont on les a arrosé - rendez-nous nos sous !Je les vois d'ici rire ; tu peux toujours te fouiller, mon vieux.

C'est ce qu'on appelle la "mondialisation", et il y eut même un extralucide brillantissime pour la dire "heureuse". Quelle ineptie ! La loi du capitalisme est la recherche du profit et pour ce faire elle a recours à l'exploitation la plus ravageuse des hommes et de la nature. La mondialisation est celle du fric qui achète et pourrit tout ; et peu importent les victimes. Une crise comme celle des Ford rappelle tragiquement cette loi. Et il est dérisoire de voir nos responsables en appelaient à la morale, comme si la morale avait quelque chose à voir avec ça. Ils se sont fait avoir, parce qu'ils font eux-mêmes partie de ce système ; et ils recommenceront à se faire avoir à la première occasion, tant que ce système perdurera, parce qu'ils ne veulent pas en sortir.

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