Retour d'un weekend sur l'île de Ré. L'eau s'est retirée qui s'était précipitée par les brèches ouvertes dans des digues, insuffisamment entretenues, par une mer déchaînée. Elle laisse derrière elle une désolation dont on peine à imaginer qu'elle pourra, un jour, s'effacer. Une gangue de boue immobilise le paysage : toute trace d'herbe a disparu - couleur uniformément grisâtre. Et l'on s'étonne que les plages lavées par une mer maintenant apaisée aient recouvré leur blondeur innocente.
Mais, il n'est pas que le paysage qui soit, durablement, abîmé. Toute l'activité économique de l'île a souffert : les commerçants qui venaient de recevoir les stocks pour la saison nouvelle, les restaurateurs dont les cuisines sont inutilisables, les viticulteurs, les maraîchers, dont les terres sont souillées, les sauniers, les ostréiculteurs qui ont vu leur travail anéanti. Il faudra des années pour reconstruire l'île qui est revenue, en quelques heures, à l'état qui était le sien au treizième siècle - trois îlots séparés. Le pire est peut-être encore à venir, avec les prochaines grandes marées.
Je n'ai pu m'empêcher de penser aux difficultés qui attendront la gauche si elle parvient à remporter l'élection de 2012. Comment reconstruire ce qui a été détruit par S. et son équipe ? comment réapprendre à vivre à une population douloureusement traumatisée et dont le moral a été atteint en profondeur, comme le révèlent les résultats de ce premier tour des régionales - record d' abstention, remontée du FN, succès sans doute en trompe l'oeil du PS...-. Par où commencer ? qui réconforter en premier ? que réparer de toute urgence ? Tout retard sera vécu comme une trahison, toute acceptation de ce qui a été cassé par les autres comme une vilénie insupportable, toute volonté d'aborder des dossiers que la lâcheté de la droite aura laissés en héritage comme une agression digne de ceux-là mêmes que l'on aura, enfin, chassés... Pas simple, tout ça.