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Billet de blog 16 mars 2011

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Et pourtant, elle tremble

Deux textes à méditer, l'un écrit au premier siècle de notre ère, l'autre au XVII° siècle. Quelques mots à changer, ici ou là, peut-être. Je ne cite que quelques vers du De natura rerum de Lucrèce et du Poème sur le désatre de Lisbonne de Voltaire.

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Deux textes à méditer, l'un écrit au premier siècle de notre ère, l'autre au XVII° siècle. Quelques mots à changer, ici ou là, peut-être. Je ne cite que quelques vers du De natura rerum de Lucrèce et du Poème sur le désatre de Lisbonne de Voltaire.

Lucrèce d'abord : après avoir présenté plusieurs hypothèses sur l'explication des tremblements de terre et décrit leurs terribles effets, Lucrèce s'exclame : "Et l'on n'ose pas croire que la substance de ce vaste monde est réservée à la mort et à la ruine, lorsqu'on voit de telles masses de terre prêtes à s'écrouler ! " (l.VI, 565/568) et plus loin :"Si profondément persuadé soit-on que le ciel et la terre demeurent inaltérables et placés sous une éternelle sauvegarde, parfois néanmoins la présence immédiate et la grandeur du danger enfoncent en nous par quelque endroit l'aiguillon de la terreur, et font redouter que, se dérobant soudain sous nos pieds, la terre ne s'engloutisse dans l'abîme, que l'ensemble des choses ne la suive, entraîné dans sa chute, et que le monde ne soit plus qu'un amas confus de ruines." (601/609) La terre étant née du hasard de la combinaison des atomes se défera de la même manière, dans l'indifférence absolue des dieux, s'ils existent.

Voltaire ensuite, dans un texte beaucoup plus nuancé que les simplifications amusantes certes de Candide :" Philosophes qui criez, "tout est bien / Accourez, contemplez ces ruines affreuses / Ces débris, ces lambeaux, ces cendre malheureuses, / Ces femmes, ces enfants l'un sur l'autre entassés / Sous ces marbres rompus ces membres dispersés ; / Cent mille infortunés que la terre dévore, / Qui, sanglants, déchirés, et palpitants encore, / Enterrés sous leurs toits, terminent sans secours / Dans l'horreur du tourment leurs lamentables jours." Le problème du mal est insoluble, la solution que Leiniz avait cru lui appporter (le monde tel que Dieu l'a créé est le meilleur des mondes possibles - version simplifiée par Voltaire lui-même d'une théorie plus complexe) vole en éclats devant une telle catastrophe : l'idée d'une providence divine est difficilement soutenable, mais Voltaire n'en conclut pas à l'inexistence de Dieu, le dernier mot du poème est celui d'espérance.

Les termes du problème se sont déplacés. La terre tremble toujours. Mais à qui est venue l'idée de construire des centrales nucléaires à ce point exposées à des catastrophes naturelles (tremblements de terre, là-bas, innondations, ici, à Braud Saint Louis) et à des catastrophes provoquées ? et qui tient des propos assurés sur leur innocuité et sur la fiabilité, en cas d'accident, des systèmes de protection ? en attendant que la terre tremble...

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