Les vanités du philosophe

A propos de quelques livres de Marcel Conche


                                                          Je ne sais par quelle curiosité idiote, j’ai voulu lire deux bouquins récents  de Conche. Je crois avoir lu de lui, jadis, quelques textes d’histoire de la philo antique - c’est sa spécialité et c’était plutôt bien.
                                                           Mais voilà que sur le tard, ce pauvre Conche se prend pour un philosophe et de la pire espèce à mes yeux - celle qui est tellement contente d’elle-même qu’elle en oublie toute pudeur.  Penser encore , de très courts textes dont je peine à voir l’intérêt, du genre affirmatif et définitif, des notules tout au plus, dont on pourrait croire qu’elles dormaient dans un tiroir, mais non, elles sont le fruit d’une pensée qui pense encore en dépit de l’âge - admirez l’exploit!!! Mais cela n’exclut pas les radotages de la pire espèce, le ressassement de souvenirs comme s’y complaisent les vieillards, les anecdotes qui n’ont d’intérêt que pour lui - qu’est-ce qu’on en a à faire de ses amours, de ses vieilles tantes, de ses problèmes de bicoques…D’autant qu’il n’en tire rien que la conviction que cela doit passionner d’éventuels lecteurs - pour un peu il se prendrait pour Montaigne. Mais, bon, laissons, s’il trouve des éditeurs pour publier ça, tant mieux pour lui et je ne lui en veux pas.
                                                            Sa philosophie se résume assez bien par ces quelques lignes :"Je juge de mon point de vue de philosophe qui veut philosopher tranquillement et ne s’intéresse pas beaucoup aux progrès de la civilisation lorsque ceux-ci se manifestent trop  près de chez lui ! (…) Je fais toujours ce que je dois faire, c’est chez moi un trait constant. Ce que je dois faire, je l’entends non pas selon le jugement d’autrui mais selon mon propre jugement à partir du devoir que je sais avoir envers moi-même. En tant que philosophe (…) j’ai estimé que je me devais de me concentrer sur cet essentiel qu’est la philosophie. C’était ma vocation, c’était ma nature. J’étais né pour ça. Tout reste m’a été adjacent. De là découle un comportement qui, quelquefois, peut paraître étrange et soulever quelques objections…Objections qui, je dois le dire, me touchent peu ! », c’est dans Epicure en Corrèze.
                                                             Pacifiste parce que la guerre l’empêche de philosopher ….et même durant l'Occupation…Et ça j’ai de la peine à l’entendre. Même si ce cynisme tranquille a au moins le mérite de la franchise alors que tant de « philosophes » ou assimilés masquent leur désintérêt complet pour tout ce qui est inférieur, réducteur, bassement concret, ce qu’il écrit sur sa  position durant l’Occupation est tout simplement lamentable. Qu’il ne soit pas entré dans la Résistance, alors que des amis et son propre père l’avaient fait, libre à lui. Mais qu’il justifie ce choix par son devoir envers lui-même - ne pas perdre une minute de son précieux temps et suivre son tropisme philosophique - donne envie de gerber.
                                                           Si vraiment sa philosophie c’est ça, ce mépris pour les autres, ce sentiment de supériorité qui l’exonère de tous ses devoirs envers les hommes - et s’il ose donner à cette philosophie le nom d’éthique - je ne peux y voir qu’une perversion totale de l’esprit.
                                                      
                                                           Pour l’amour et les femmes, ce n’est pas mal non plus. Il a épousé sa prof de français, de 15 ans plus âgée - bon, Macron a été plus loin …-, pour cette bonne raison qu’avec elle il serait tranquille, pas d’excès de passion, pas de conversation avec elle puisqu’elle est catho et pas philosophe pour un sou, il dit qu’ils se sont aimés durant toute leur vie mais jamais il ne s’interroge sur ce qu’elle pouvait ressentir, elle, ni si elle était aussi heureuse que lui l’était de cette étrange relation. 

                                                           Je m'énerve pour rien  - je saute les passages proprement philo qui ne me paraissent pas passionnants - je vais jeter ce livre - même pas le mettre dans une boîte à livres comme je le fais souvent pour des bouquins dont je sais que je ne me servirai plus et qu’ils pourront être utiles à d’autres -  le jeter tout simplement.

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