Il se passe tellement de choses en ce moment qu'il était inévitable que l'on passe à côté de cette information qui m'est tombée sous les yeux, à la fin du mois dernier. Il est vrai qu'à côté de la situation en Guadeloupe et en Martinique, à côté de la révolte des chercheurs et des universitaires, à côté des manifs passées , présentes et à venir, à côté des incertittudes du procès Colona, à côté des milliards d'euros que nous "octroie" (ça, c'est du vocabulaire basique des commentateurs absolument insupportable) notre président - comme s'il les sortait de sa poche alors que, si je ne m'abuse, c'est de la nôtre, et de celle de nos arrières-neveux : à côté de tout cela,donc, cette info peut paraître dérisoire. Mais ce n'est pas le cas, je la trouve même hautement emblématique des bouleversements que nous vivons.
Voilà : Pif Gadget a été placé en liquidation judiciaire (avec ce que cela suppose pour ses 6 salariés - aucune envie de plaisanter là-dessus). C'en est donc bien fini de ce magazine pour enfants que le PC avait fondé, au tournant des années 60/70, soucieux qu'il était d'apporter, dès le plus jeune âge, des valeurs de solidarité, de justice etc. Avec cette idée marketing géniale et bricoleuse (sinon racoleuse) d'accompagner le journal d'un gadget inattendu - qui pourrait avoir oublié les haricots sauteurs mexicains ? - et d'ainsi associer à un Parti qui n'était pas spécialement, faut bien le dire, marrant à un gag ludique et poétique.
Les années 90 lui avaient été fatales et Pif avait sombré dans l'indifférence générale. Tel le phénix il était rené de ses cendres, en 2004, et avait atteint une diffusion, qui pourrait sembler honnête, de 100 000 exemplaires. Mais la crise de la presse, mais la faillite du PC, mais le fait qu'aucun groupe financier n'ait souhaité le racheter, mais le refus de Besancenot de montrer sa solidarité avec les salariés du PC auront eu raison de ses capacités de résistances.
C'est bien la fin d'une époque. Le marketing en direction des petits a fait d'impressionnants progrès - nous n'en sommes plus à l'époque des gadgets - et si les chaînes publiques mettent un terme à la pub en direction des adultes, elles ne le font pas en ce qui touche les enfants ! Mais je suis sûr qu'aucune console ne résisterait longtemps devant des haricots mexicains...Mais qui songerait à les commercialiser ?