La prison et après ?

L'obsession sécuritaire a depuis des décennies conduit la France à user et à abuser de l'enfermement carcéral. Alors que d'autres solutions sont possibles. Et les prétendues réformes pénitentiaires - certaines d'entre elles étant animées de fort bons sentiments - se sont heurtées à de multiples obstacles : résultat : les conditions d'incarcération sont indignes et elles sont régulièrement dénoncées jusqu'au niveau européen ; toute tentative de construire des établissements qui offriraient des conditions de vie acceptables soulèvent immanquablement des critiques démagogiques du type de celles de Pasqua qui s'indignait des prisons 5 étoiles.

Ceci est bien connu. La question qui demeure en suspens est ce qu'il advient des hommes et des femmes qui ont purgé leur peine et qui se retrouvent libres après avoir passé des années en prison. On pourrait naïvement penser que puisqu'ils ont payé pour les délits qu'ils ont commis leur libération entraîne automatiquement leur réinsertion au sein de la collectivité. Or rien n'est fait ou si peu par l'Etat. Ils sont souvent jetés à la rue, sans formation particulière, et sans autre solution que de retomber dans la délinquance. Des associations existent heureusement qui les prennent en charge et qui démontrent qu'il est possible pour certains d'entre eux de réapprendre.

Ainsi en est-il de Gare-Btt à Besançon, créée en 1980. Un film a été tourné sur ce que sont devenus 4 anciens détenus à leur sortie de prison. Un lien fort d'amitié les unit à Christian Jacquot qui fut un des fondateurs de l'asso, et ils se retrouvent régulièrement. Les témoignages qu'ils apportent de ce qu'est la violence de l'incarcération et les difficultés multiples rencontrées avant qu'ils puissent retrouver une vie normale - mais un état de santé souvent dégradé et rarement pris en compte en prison, des dettes qui courent encore envers les partis civiles, des ruptures innombrables avec leur famille ne facilitent pas les choses. Ils sont émouvants dans leur dignité retrouvée - grâce à l'appui qui leur a été apporté, à la rencontre inespéré d'un amour nouveau pour l'un, à la reconnaissance de leurs capacités pour les autres...-. On lit cependant toujours dans leurs yeux cette tristesse que rien ne peut tout à fait éteindre.

Le film, sans topo moralisateur, met en relief les absurdités et les cruautés d'un système qui se désintéresse du sort de ceux qui sont après avoir été condamnés à une privation de liberté sont, pour détourner la phrase de Sartre, condamnés à la liberté. Heureusement, pour certains d'entre eux, ils ont eu la chance de rencontrer ce que l'un d'eux appelle simplement des"gens bien", qui leur ont donné une autre image de ce qu'est la solidarité humaine.

Je conseille vivement à ceux qui liront ce billet de regarder la vidéo en suivant le lien

AU NOM DE LA LOI JE VOUS LIBERE - 2020

https://vimeo.com/490801624

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