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Billet de blog 19 octobre 2010

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A propos du "Monstre doux"

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Je m'étonne de l'écho très favorable qui entoure ce livre de Raffaele Simone - ici même sur Mediapart, mais ailleurs aussi -. Je m'étonne surtout qu'il semble émousser tout esprit critique, au point que des remarques qui me paraissent relever de l'évidence ne viennent pas sous la plume de nonbreux commentateurs. Comme, par exemple, celle-ci : le livre de Simone date de 2007, ce qui implique que deux événements majeurs : l'élection d'Obama et la crise financière, ne peuvent être pris en compte, alors qu'ils ont des effets non négligeables sur la perception que nous pouvons avoir sur l'opposition gauche/droite ; ensuite, et ce n'est pas un reproche, l'analyse de Simone repose essentiellement sur la situation italienne ; ce qu'il dit sur la France est d'une superficialité confondante.

Mais, il y a plus grave : les arguments sur lesquels s'appuie Simone pour montrer que "la gauche" a définitivement perdu la partie ne sont que la reprise de ceux qu'on a entendus depuis des années dans la bouche des idéologues de la droite - rien de neuf de ce côté-là, mais beaucoup d'imprécisions : suffit-il de dire que l'expression "lutte des classes" n'est plus à la mode pour démontrer que la lutte des classes n'existe plus ? (je renvoie au livre autrement intéressant des Pinçon, Le président des riches)

Sur le plan proprement théorique, l'apport de Simone est largement tributaire de Tocqueville ( lequel parle de "despotisme plus étendu et plus doux" que celui que l'humanité avait connu jusque là - quand les intérêts des dominants sont en jeu, il n'est plus question de "fun", nous risquons de nous en apercevoir très vite) et de certaines intuitions de Pasolini ou d'Ortega y Gasset ou de Guy Debord. sur les effets délétères de la culture de masse et de la société du spectacle. Et il est beaucoup moins percutant que ses prédécesseurs (son analyse des medias et de la télévision en particulier s'arrête là où elle pourrait être innovante - sur l'impossibilité dans laquelle se trouve le spectateur de "lire" une image, comme si cela découlait de la nature même de l'image, alors que rien ne s'oppose à ce que le spectateur soit formé à cette lecture, si ce n'est des forces politiques qui ont tout intérêt à étouffer dans l'oeuf toute réflexion critique). Je n'insiste pas sur l'usage qu'il fait du concept hégélien de Zeigeist, i.e. l'Esprit du temps, qui me semble très approximatif.

Mais surtout le thème d'une "naturalité" de la droite et d'une "artificialité" de la gauche mériterait une vraie construction conceptuelle, faute de quoi il se réduit à cette formule qu"il est fatigant d'être de gauche" - ce qui paraît drôle mais peut être sacrément démobilisant. Dans le contexte actuel, je ne suis pas sûr que nous puissions trouver chez Simone des analyses utiles aux combats que nous menons.

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