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Billet de blog 20 novembre 2011

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Le président qu'ils aiment

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Il y eut un moment où la Presse (expression globale dont je ne sous-estime pas la généralité abusive ; chacun apportera les correctifs qui s'imposent, mais ils ne seront pas nombreux) a été contrainte de relayer quelques informations qui mettaient à mal l'image du Président et de ses hommes (scandales divers, affairisme louche, promotion des copains à tous les postes clés de l'Etat, cadeaux éhontés aux plus riches, mensonges délibérés dès qu'il se sent en difficulté, violences verbales, j'en passe) - cela devenait si énorme qu'on ne pouvait plus faire comme si de rien n'était ; elle s'y est résolue en traînant les pieds, le coeur n'y était vraiment pas ; on sentait qu'elle attendait le plus petit signe d'encouragement, un ou deux % grapillés dans les sondages, par exemple, pour reprendre l'exercice où elle excèle : entonner un hymne à la supériorité politique de NS sur tous ses autres rivaux - il n'est jamais meilleur que dans l'épreuve, c'est un stratège hors pair dont toutes les initiatives visent à piéger une gauche de toute façon vouée aux déchirements, aux compromis plus ou moins honteux, il retrouve avec jouissance les accents d'une campagne présidentielle qui avait été en tout point remarquable.

Ce moment semble arrivé : succès en Lybie, grands coups de menton en Europe, un Président qui sacrifie sa joie de jeune père pour aller défendre l'euro contre les méchants dragons de la finance, complicité avec Obama, plan de rigueur qui passe comme une lettre à la poste (euh! l'image est en passe de perdre toute crédibilité) - n'en jetez plus ! les éditoriaux retrouvent un frémissement d'enthousiasme qu'on ne leur connaissait plus : voici NS comme ils l'ont toujours rêvé, cette bête politique qui s'impose et devant laquelle, même quand on ne l'aime pas- ce dont il leur arrive d'admettre la possibilité - on ne peut faire autrement que de s'incliner - ah ! c'est si bon de pouvoir à nouveau plier l'échine ! Et pour appuyer leur démonstration, pas toujours très rigoureuse, ils l'illustrent de clichés obligeamment fournis par les photographes officiels où le visage de NS apparait concentré, énergique, marqué par le combat mais virilement ridé et bronzé (malgré tout), les yeux prêts à fusiller, sur tous les fronts, ceux qui mettent en danger la France, l'Europe, le Monde.

La prochaine étape est facile à prévoir : ne nous abaissons pas, vont-ils nous dire, à dénoncer toutes ces saletés, tous ces mensonges, tous ces échecs. Prenons de la hauteur. Que la campagne présidentielle soit digne ! Parlons des vrais problèmes que seul NS peut résoudre, lui qui a la stature, l'expérience, la volonté nécessaires pour affronter un avenir sombre. Les autres n'ont que de vieilles recettes, les autres s'accrochent à des valeurs qui n'ont plus cours depuis des lustres, les autres peuvent, à la rigueur gérer un département, une région, mais la France, mais l'Europe, mais le Monde, non, soyons sérieux. Mettons un terme à cette maudite habitude française qui consiste à dénigrer la vraie grandeur, à se perdre dans des détails (petits, mesquins, nécessairement : le Monde tremble sur ses bases et vous vous intéressez aux dépenses présidentielles ! lamentable !), à chercher des noises à ceux qui, honnêtement, font le job - comme dit son ami Obama -

Va falloir être endurant et sacrément malin pour résister à cette stratégie, répondre au coup par coup, dénoncer les éléments de langage qui vont se déverser sur nous, trouver des moyens pour remettre chaque fois les pendules à l'heure. Et ne pas se tromper de cible. Surtout ne pas se tromper de cible.

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