Des nouvelles et des doubles

                              Il y a comme ça des légendes qui ont la vie dure. Je ne parle pas ici de ce qu'on appelle le "roman national", sous sa forme la plus médiatisée comme sous sa forme la plus sophistiquée. Je parle de ces réflexes, de ces phrases toutes faites aussi bien que de ces silences presque jamais remis en cause qui accompagne irrésistiblement telle ou telle pratique. Deux exemples, dans des domaines différents : les sports et le monde de l'édition.

                              Nous venons de vivre une période tennistique assez dense - la Fed Cup, les Masters de Londres, maintenant la nouvelle Coupe Davis -. Et je me suis étonné, une fois de plus de n'entendre parler des matchs de double que lorsque, selon l'expression fort élégante, la "paire française" atteint la phase finale de la compétition. Les simples, en revanche, apparaissent  comme la seule épreuve qui vaille vraiment la peine - lors même que les joueurs et les joueuses français et françaises y montrent une réussite inversement proportionnelle à la bonne opinion qu'ils (elles)ont d'eux(d'elles- mêmes). Il semble acquis que personne d'un peu au courant de ce qu'est le tennis n'attache un véritable intérêt aux matchs de double, qui sont d'ailleurs rarement retransmis. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais j'adore regarder un match de double, j'adore la rapidité du jeu, et le ballet que les joueurs dessinent sur le court, j'adore la complicité qu'il y a entre eux et ce côté gamin qui parle en se cachant derrière sa main pour que la maitresse ne l'entende pas. Mais, je ne crois pas que les victoires de la "paire française" suffiront pour que les convictions des producteurs, des commentateurs changent.

                              Dans le monde de l'édition, il est acquis que les français n'aiment pas les nouvelles, que les écrivains français ne brillent pas particulièrement dans ce domaine, bref que "ça ne se vend pas" - ce qui est, on me le concèdera volontiers, un argument littéraire de première bourre. Les anglais, ah les anglais, eux ils aiment ce genre littéraire, "short stories", vous savez, disent ceux qui se piquent de parler la langue de Shakespeare, c'est autre chose, un autre monde, ils sont des maîtres en la matière. Les français, non ; pas de chance. Pourtant, il arrive bien, de temps à autre, qu'un éditeur tombe amoureux d'un recueil de nouvelles, il se peut même que des libraires le défendent et des journalistes en disent tout le bien qu'ils en pensent. Il existe même un Goncourt de la nouvelle. Oui, mais bon, c'est l'exception qui confirme la règle. Continuons à publier des romans dont la plupart ne se vendent qu'à deux ou trois centaines d'exemplaires et laissons ces écrivains à court d'histoires (au souffle court) à leur petite tâche. Et pourtant, il faut bien quelque talent pour rassembler en une quinzaine de pages un fragment de réel, une échappée poétique, une petite musique à nulle autre pareille. J'aime bien les nouvelles, vous l'aurez deviné. A lire et à écrire.

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