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Billet de blog 22 mars 2022

Réflexions sur l'évolution de la situation en Ukraine

20 jours après la publication d'un message de Florent Barnades, qui, me semble-t-il, offrait une analyse très pertinente de la situation en Ukraine et peu répandue dans la presse, voici ses dernières remarques qui me paraissent toujours aussi intéressantes.

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             Les journalistes en font des tonnes depuis quelques jours à propos des missiles hypersoniques. Une arme révolutionnaire que l'occident n'a pas, blablabla. De quoi faire peur devant sa télé mais l'utilisation ou surtout la publicité de l'utilisation de ces armes est révélatrice :

                        - les stocks de munitions russes sont très bas. Ces armes expérimentales coutent excessivement cher et sont probantes dans leur utilisation contre des cibles stratégiques comme des porte-avions. Mais les missiles tirés ont atterri sur des sites déjà bombardés. Et puis pourquoi utiliser une arme que personne ne peut intercepter alors que les Ukrainiens n'en ont jamais eu les capacités ? Autant brûler un appartement pour se débarrasser d'une araignée.

                        - c'est un baroud d'honneur pour effrayer l'occident mais qui fait pschitt comme disait feu Chirac. Ces missiles ont fourni des données techniques aux services de renseignement et montrent que pour l'instant il n'y a rien ni de technologiquement révolutionnaire ni de très nouveau. Leur portée est importante, certes, mais comme d'autres.  Donc on a eu une tripotée d'analystes mais les journalistes ne leur ont jamais posé la question: ça change quoi ? Ben au final rien. Donc l'armée russe fatigue en matériel et en armes. Les offensives ont cessé. C'est  un cul de sac militaire.

                       Poutine a perdu cette guerre et sur tous les plans. Il a montré au monde que son armée était très loin de ce que sa propagande annonçait : corruption, armes en faible quantité, personnel mal formé... Des photos prises d'un char russe détruit a montré des sortes de sacs accrochés à ses flancs : cela devait être le système de protection contre les missiles anti-char. En l'ouvrant les ukrainiens ont trouvé... du carton...           

                      Il a perdu sur le plan économique : son pays va mettre des années à se remettre des sanctions et de l'ostracisme donc il va être l'objet. Les Chinois vont offrir leur aide mais très parcimonieusement et seulement si ça ne les fâche pas avec leurs clients occidentaux. L'Empire du milieu trace son chemin et au final n'est pas mécontent qu'un concurrent se soit discrédité.

                     Sur le plan politique intérieur, les élites (oligarques et militaires compris) vont serrer les fesses dans les années à venir car Poutine va chercher des responsables au fiasco et des têtes vont tomber. Il a déjà commencé à parler de la purification de la société russe... Deux options : soit les élites arrondissent le dos ou partent en attendant des jours meilleurs, soit certains vont tenter de marginaliser le chef de l'Etat pour faire comme Brejnev à la fin de sa vie : un symbole mais sans réel pouvoir. Autre point commun avec le vieux gaga, on dit que sa santé est déclinante. (Alexandre Adler m'a fait rire en affirmant qu'il savait ! Ca doit être le plus grand secret de Russie mais il saurait. Il a bien sa place dans le livre de Boniface les intellectuels faussaires.)

                                Sur le plan de son opinion publique, les mères des soldats morts ne se tairont pas et même si cela ne peut pas créer un mouvement pour son renversement, cela peut peser sur l'engagement de certains dignitaires. Comme le faisait justement remarqué une intellectuelle ukrainienne, en Russie les révolutions sont de palais. Jamais populaires. Donc la rue ne le renversera pas.

                             Mais les dernières déclarations des propagandistes du Kremlin ne sont que de la poudre aux yeux pour masquer le désastre : attaquer un pays de l'OTAN signifierait la destruction totale de l'appareil militaire russe qui ne peut rivaliser contre la technologie et la masse numérique de l'Alliance (même sans les Américains les armées européennes dépassent l'armée russe). Utiliser l'arme nucléaire même localement signifierait la destruction du pays. Et Poutine veut rester dans les mémoires. Difficile quand il n'y a plus de peuple pour s'en souvenir. De plus utiliser l'arme nucléaire en Ukraine voudrait dire risquer la contamination de ses territoires frontaliers. 

                            La situation militaire devrait évoluer assez rapidement car dans ce genre de conflit qui cesse l'offensive ne peut que reculer. Le matériel américain arrive vite et les Ukrainiens lancent des offensives locales qui semblent être victorieuses. La bataille de Marioupol sera décisive. En cas de prise de la ville, Poutine peut présenter cela comme une victoire et dire que ses objectifs sont atteints. Une paix sera signée avec l'annexion de la Crimée par la Russie, un statut d’autonomie pour le Donbass (ça reste le problème majeur pour Zelensky) et une neutralité du pays de type finlandisation. Mais la ville n'est pas près d'être prise et les combats vont durer. Si les Russes commencent à reculer en particulier au nord vers Kiev, ce sera la débandade et la paix viendra vite. Les 10 jours à venir seront cruciaux. Selon leur déroulement, il pourra y avoir soit une sortie du conflit négocié soit un enlisement qui s'étirera pour bien longtemps. Pauvre Ukrainiens. J'ai lu qu'un certain nombre d'officiers russes tués avaient participé aux bombardements en Syrie. Cela constitue une maigre vengeance pour d'autres innocents mais quel gâchis.

                                                                    Florent Barnades

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