patrick rodel

Abonné·e de Mediapart

544 Billets

6 Éditions

Billet de blog 23 janvier 2012

patrick rodel

Abonné·e de Mediapart

tout pour la com !

patrick rodel

Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

           La scène se passe, ici ou ailleurs, peu importe. Elle est emblématique. Un colloque est organisé pour réfléchir sur les problèmes rencontrés par un secteur d'activité que la politique sarkosyste du chiffre et de la rentabilité met à mal ; il est organisé par une association qui regroupe un grand nombre d'anciennes associations en difficulté,  au nom d'une gestion plus rationnelle. Les syndicats ont appelé à une manifestation monstre pour empêcher ce colloque d'avoir lieu, pour protester contre la remise en cause de la convention collective qui régissait leur secteur. Leur inquiétude est grande, leurs revendications parfaitement légitimes. Le secteur s'est mobilisé, bien au-delà des seuls salariés de l'association -  ça fait beaucoup de monde qui gueule, qui agite des drapeaux ou des banderoles, qui manifeste en un mot, qui occupe l'amphi interdisant par la même occasion la tenue de ce colloque. On peut penser que c'est dommage, que ça aurait pu être l'occasion de faire entendre leurs préoccupations, mais ce n'est pas sûr. Les échanges verbaux avec les responsables de l'asso sont virils - chacun accusant l'autre de violence - et donc parfaitement stériles, chacun campe sur ses positions - bel exemple de la difficulté que nous avons ici à dialoguer. Il me semble qu'il y aurait eu des possibilités de calmer le jeu, d'isoler un certain nombre d'excités dont on ne sait jamais quel jeu ils jouent vraiment, de prendre un certain nombre d'engagements, d'avancer un certain nombre de propositions, de définir les enjeux réels des difficultés présentes. Mais cela aurait impliqué que l'on analyse vraiment les positions des uns et des autres, au-delà des effets oratoires ou de l'excitation que produit le fait d'être momentanément en position de force. Et analyser suppose que l'on se parle, que l'on tombe d'accord sur une méthode à suivre etc.

            Or, la seule préoccupation que j'ai perçue, le seul mot que j'ai entendu, du côté de l'équipe dirigeante, a été celui de communiquer, il faut communiquer, nous devons communiquer, nous allons communiquer - et ce n'était pas communiquer avec ceux qui étaient en face, c'est-à-dire prendre langue avec eux - c'était communiquer vis à vis de l'extérieur pour faire passer une version des événements qui soit la plus favorable possible à cette même équipe, une image flatteuse. Et comme je ne suis pas totalement  naïf, je sais que de l'autre côté, il y avait des gens pour se soucier de faire une communication qui renvoie une image également flatteuse du mouvement qui venait d'avoir lieu. Ce truc est tellement entré dans la tête des gens, ils sont tellement habitués à entendre à tout bout de champ parler de cellule de communication, de professionnels de la communication, d'échecs dûs à un défaut dans la communication qu'ils ont fini par oublier que ce n'est pas à coup d'images que l'on peut communiquer, au sens vrai du terme, mais par l'intermédiaire des mots et en réfléchissant sur le rapport qu'ils ont ou qu'ils n'ont pas avec le réel.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.