Un article de Sylvain Bourmeau relate la difficulté de l'Elysée à trouver des intellos pour partager avec le Président une bûche de Noël. Amusant. Et pas très étonnant. Laissons les difficultés propres de notre président avec tout ce qui a la forme d'un livre. Et intéressons nous de plus près à la réorganisation du Ministère de la Culture (je vais droit à ce qui me scandalise, mais il est évident qu'il faudrait regarder le reste avec attention). en date du 11 novembre 2009 - c'est tout chaud, ce qui explique sans doute le retard à l'allumage de la Presse - . Jusqu'à cette date, et cela remontait à la Libération, il y avait une Direction nationale du livre - par quoi, l'Etat reconnaissait la spécificité des problèmes des livres et l'importance, en ce domaine, d'une politique adaptée. Depuis quelques mois, le Directeur était parti à la retraite et personne n'était pressenti pour le remplacer. On aurait dû se méfier...
C'était sans compter sur le désir du Président élu par une majorité de français etc, de simplifier une administration trop complexe où des fonctionnaire surpayés se la coulent douce à bouquiner toute la journée. Supprimée, donc, cette Direction. Effacée la particularité du livre.
Désormais, le livre et la lecture se retrouvent englobées dans une Direction des médias et industries [oh comme ce mot résonne doucement en cette période de crise qui voit notre pays se désindustrialiser grave, qu'on se le dise le pouvoir veille aux industries...] culturelles ; on leur octroie un service pour eux tout seuls, c'est déjà beaucoup. La mission de cette Direction est définie de la manière suivante : elle s'occupera de mettre en oeuvre "la politique de l'Etat en faveur [faut admirer l'expression,c'est une faveur qu'on nous fait, pas un droit, surtout pas un droit] du développement et du pluralisme des médias [et moi qui croyais avoir observé depuis quelque temps une certaine concentration des dits médias entre les mains des amis de qui vous savez ! j'ai dû être abusé par un groupuscule d'extrême gauche anarcho-trostskiste], de l'industrie publicitaire [je vois bien le lien avec l'industrie, beaucoup moins bien avec la culture], de l'ensemble des services de communication au public par voie électronique [je laisse à plus qualifié le soin de gloser sur ce point], de l'industrie [encore!) phonographique [délicieusement désuet], du livre et de la lecture [enfin] et de l'économie culturelle."
Qui dit Direction dit Directeur, il y en aura donc un - je ne sais pas qui, sans doute un ami des gens cultivés qui nous gouvernent. Comme il aura, on le comprend bien,. beaucoup de travail, il sera aidé par un directeur adjoint, lequel pourra [ou ne pourra pas] "être chargé du livre et de la lecture ou des médias". Si l'on veut plus de détails sur le contenu de la mission confiée, en la matière, à ces messieurs, on découvre ce qui suit : "Elle [la direction] veille à l'équilibre entre les différents acteurs [euh, Clavier, il compte ou pas ? et Minc ?] qui interviennent dans le domaine du livre et, à ce titre, au développement de l'économie du livre, en France et à l'étranger [il serait intéressant de voir comment les choses se passent, de ce point de vue, dans les services culturels des différentes ambassades]. Elle favorise le développement de la lecture et procède à l'évaluation [vous savez quand ce mot est prononcé, faut se méfier, y a du licenciement dans l'air] des politiques dans le domaine de la lecture publique." Suivent des propos pas vraiment neufs sur les biblios et les médiathèques qu'il faut développer, of course, dont il faut former le personnel, entretenir et enrichir le patrimoine. Dernière indication : l'Etat exerce un "contrôle technique sur les bibliothèques et les médiathèques des collectivités territoriales", des fois qu'elles seraient trop tendres pour les auteurs subversifs et antinationaux....
C'est grave tout ça ? vous ne trouvez pas ?