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Billet de blog 25 mars 2011

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Un pamphlet contre les taurophobes

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Le livre de Laurent Tailhade (1854/1919), La corne et l'épée, que publient les éditions du Festin est plus qu'une curiosité pour aficionados. Ceux-ci y trouveront des témoignages assez pittoresques sur les courses taurines, les espadas les plus célèbres de l'époque, mais rien, me semble-t-il, de très neuf : les arguments sont toujours les mêmes sur "la simple et belle tragédie qu'offre la mise à mort", "le courage fastueux des tauromaques". Je me garderai bien de prendre parti en la matière.

En revanche, la verve pamphlétaire de Tailhade prend pour cible ce qu'il appelle "les quérimonies des taurophobes", leurs "olyntiennes rechignées", avec une invention verbale et une violence qui laisse pantois le lecteur d'aujourd'hui qui a perdu l'habitude de telles joutes. Les amoureux des mots découvriront le charme d'expressions comme "cogne-fétu" ou "gâte-bois", la bizarrerie d'"estomirant" (étonnant) ou "gabatine"(donner la gabatine= faire accroire qqch à qqn), la poésie pure d'une énumération où se pressent les " conirostres", "les fissipèdes" et les "totipalmes". Faut-il être "imbriaque" (un peu fêlé) pour s'attendrir d'apprendre que derrière les "miquelets", dont le diminutif plaide pour l'innocuité, se cachent des bandits qui ont trouvé refuge dans les montagnes pyrénéennes et vendent leur force au plus offrant ?

La thèse de Tailhade est que la protection des animaux "pose dans le doux, le sensible et l'émotif, des braves gens qui, pour rien au monde, ne rendraient service au plus touchant des malheureux ; la pitié des philistins s'exerçant avec prédilection sur des êtres intangibles, hors d'un secours effectif et de l'immédiate réalité." Derrière ces simagrées, Tailhade voit bien des inconséquences, bien des aveuglements et l'effet d'une sensiblerie snobe. Soyez conséquent, dit-il, soyez végétarien !

Tailhade est décidément de bien mauvaise compagnie - d'ailleurs il n'en finit pas de se battre en duel contre tous les gens qu'il a insultés - un anarchiste qui bouffe du curé et du bourgeois - rien de bien extraordinaire, mais quelle verve ! "Des pacants glabres et solennels à visage de prêtres ou de cabotins, verbeusement, épiloguent sur les grandes Epées. Non loin, un touriste quadragénaire parmi quelques femmes adéquates, pérore d'une vigoureuse stupidité."

A vos dictionnaires, donc, mais pour un grand moment de fantaisie.

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