Emmanuel Bove, vous connaissez?

Il y a peut-être un paradoxe, à la veille d'une rentrée littéraire dont on s'affole - combien de romans, cette année ? plus ou moins que l'année dernière - tu parles d'un problème...- ? quels en seront les thèmes principaux ? combien d'élus ? combien de recalés ?- à se pencher sur un auteur comme Emmanuel Bove dont la carrière fut bien brève et qui sombra dans l'oubli...

Il y a peut-être un paradoxe, à la veille d'une rentrée littéraire dont on s'affole - combien de romans, cette année ? plus ou moins que l'année dernière - tu parles d'un problème...- ? quels en seront les thèmes principaux ? combien d'élus ? combien de recalés ?- à se pencher sur un auteur comme Emmanuel Bove, né en 1898 (ce siècle avait encore deux ans avant de mourir) et mort en 1947, dont la carrière fut bien brève et qui sombra dans l'oubli. A moins qu'il y ait quelque nostalgie à évoquer la cruauté du destin qui renvoie dans l'ombre ceux qui auraient mérité de rester dans la lumière.

En publiant La coalition, après Les amis, les éditions de l'Arbre vengeur réparent cette injustice. L'histoire de ce roman paru en 1927 se concentre autour du couple étrange formé par Louise Aftalion et son fils Nicolas que la mort de leur mari et père Alexandre va précipiter dans une progressive déchéance. Tant qu'ils ont encore de l'argent, ils peuvent continuer de mener à Paris une existence oisive et superficielle. Très vite, il leur faut avoir recours à l'accueil et à l'aide financière d'une famille qui se lasse rapidement d'entretenir ces deux parasites.

Jusque là, on peut penser être dans un roman balzacien, avec des descriptions minutieuses de l'itinéraire de la mère et du fils, une galerie de portraits sans complaisance de leur parentèle. Mais c'est là que l'habileté de Bove nous fait changer d'univers. Il n'est pas question d'arrêter la machine à broyer les êtres qu'il a mise en marche - une lente descente dans les profondeurs de la misère commence alors à laquelle rien, dans leur éducation, ne les avait préparés. La taille des appartements qu'ils louent diminue inexorablement, les hôtes dans lesquels ils se réfugient sont de plus en plus minables et sordides - et ils ne paient ni les loyers ni ne règlent les notes. Leurs dernières économies vont fondre comme neige au soleil, leurs dettes ne font qu'augmenter puisqu'il leur faut de nouveau chercher à emprunter pour rembourser les plus criantes. Et pourtant lorsqu'il ne leur reste plus rien que quelques hardes et des bibelots dérisoires qui évoquent des fastes bien lointains, ils ne peuvent envisager de prendre des décisions qui leur permettraient de vivre modestement et dépensent leurs derniers sous dans des cafés chic et des restaurants bien au-dessus de leurs moyens. Louise est une acheteuse compulsive et sombre dans une état de dépression absolue ; Nicolas ne se résout pas qu'en ultime ressort à travailler  et cela l'épuise évidemment ; l'un et l'autre sont également persuadés que le monde entier leur en veut. Ils s'enfoncent l'un et l'autre dans les ténèbres sans cesser de croire que l'argent qui les aidera à en sortir va leur tomber miraculeusement dessus.

Aucune compassion, aucun psychologisme chez Bove, mais la description, dans une écriture limpide, de l'anéantissement progressif de deux êtres, mais un malaise grandissant qui ne peut se résoudre que dans la folie ou la mort. Vous ne connaissez pas Emmanuel Bove ? il faut le lire, de toute urgence.

 

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