Je m'émerveille encore comme un gosse des ressources du Net. Je viens de visiter, ce matin, l'oeuvre d'Isaac Celnikier, sur le site qui lui est consacré et qui en offre une très vaste rétrospective - peut-être est-elle même exhaustive. Connaissiez-vous Isaac Celnikier ? moi, non, je l'avoue. Un article lui est consacré, dans le Monde, par Philippe Dagen. Et pourtant quel peintre ! quel graveur ! qui laisse bien loin derrière certaines productions contemporaines.

Isaac Celnikier est né à Varsovie en 1923. Il est parvenu, au prix de quelles souffrances, de quels miracles, à échapper au ghetto de Bialistok, aux camps nazis et, pour faire bonne mesure, aux camps soviétiques. En 45, il est à Prague où il se forme à la peinture. Il retournera en Pologne en 56. Mais c'est en France qu'il se fixe et qu'il est mort, le 11 novembre dernier. En 1993, il avait reçu le Prix Mémoire de la Shoah de la Fondation Jakob Buchman.

Comment cette oeuvre aurait-elle pu s'affranchir du poids terrible de la Shoah ? ses premières toiles en disent l'horreur dans des couleurs sombres et désespérées, dans un dessin torturé - tout l'héritage de l'expressionnisme allemand. Ses gravures, ses pointes sèches peinent à sortir de la nuit. Et pourtant, comme en une sorte de contre-point qui prend de plus en plus d'importance, sa palette s'éclaircit pour peindre des femmes, leurs formes rondes, leur sourire, triste encore, mais apaisant ou des paysages dont il s'acharne à rendre la force. La vie est plus forte que la mémoire et s'épanouit en une "maternité" qui contraste avec les gravures qui évoquent, en de noires piétas, les mères et les pères,dans les camps, tenant encore dans leur bras le cadavre de leur enfant.

Faire un détour par son site est le plus bel hommage qu'on peut lui rendre.

 

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Tous les commentaires
magnifique oeuvre que je ne connaissais et bouleversant poème , merci à vous, ô éclaireurs