Se tenait à Mâcon, samedi 21, un colloque sur Henri Guillemin et l'histoire de la République. L'occasion de revenir sur une partie importante de l'oeuvre de G.(1903/1992) qui fut un historien de la littérature, un pamphlétaire souvent inspiré, un critique impitoyable des fausses gloires nationales mais qui a su aussi réhabiliter ceux que la critique bien-pensante avait oubliés. A partir de ses travaux sur Lamartine, il s'est intéressé à la Révolution de 1848, puis a été amené à se pencher sur le coup d'état du 2 décembre, sur les origines de la Commune, sur Thiers, sur l'Affaire Dreyfus, sur 1789, sur de Gaulle. Une oeuvre considérable qui s'est donné pour but de détruire les légendes de l'historiographie officielle, de regarder là où la bienséance des historiens "courtois", comme il dit, ont fait preuve d'une cécité remarquable. Et il en démolit des idoles, et il en dénonce des mensonges, des impostures, des trahisons commises pour que soient maintenus les intérêts d'un tout petit nombre, pour que survive un ordre social injuste, clément pour les riches, impitoyable pour les pauvres.
L'histoire qu'il écrit n'est plus "ad usum delphini", histoire édulcorée et tout entière vouée à l'encensement des puissants, mais "ad usum populi". Elle peut servir à l'éducation politique du peuple parce qu'elle montre comment il a été grugé par les beaux sentiments, par les valeurs que proclament les gouvernants qui s'en affranchissent allègrement dès que leur intérêt ou celui de leurs patrons le commande. Elle ressuscite une mémoire populaire qui nous change des images d'Epinal.
Elle a aussi l'avantage de montrer que les problèmes perdurent, que la droite nationaliste a une fâcheuse tendance à préférer l'envahisseur à ses nationaux ; que c'est le peuple qui est patriote et qui résiste - avec, bien sûr, les nuances qui s'imposent -; que c'est le peuple que l'on sacrifie sans éta d'âme, mais avec de beaux discours, pour que l'ordre établi demeure ce qu'il est ; que tout est bon qui fait diversion et qui détourne le peuple de s'attaquer aux banques : on crie "tous à la Bastille !", ou "à mort les curés" ou "à mort les Juifs" pour entrainer les naïfs contre des ennemis fictifs et on les fusille dès qu'ils se réveillent.
On a souvent reproché à cette vision de l'histoire son manichéisme - mais elle a seulement le sens de la lutte des classes - et son manque d'objectivité - mais elle part du principe qu'il n'y a pas d'histoire impartiale et que l'histoire se targue de neutralité pour dissimuler ses partis pris. L'histoire telle que la comprend G. est un élément essentiel de la lutte entre les tenants de l'ordre établi et ceux qui veulent instaurer une société plus juste. Michel Foucault ne dira pas autre chose.
Il y aurait intérêt à lire ou relire ses oeuvres qui sont republiées par les éditions Utovie auxquelles il avait confié, les derniers temps de sa vie, les droits que les grandes maisons d'édition qui l'avaient accueilli avaient abandonnés. Lecture dans laquelle nous trouvons des arguments dans les combats qui sont actuellement les nôtres. Telle a été la leçon retenue par les différents intervenants (Patrick Berthier, Eric Bonhomme, Gérard Boulanger, Jean Lacouture qui avait fait parvenir un texte et moi-même) et un public surpris par la modernité et la radicalité du travail de G.