Une histoire de logiciel

             Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je commence à me faire du souci pour demain. Nombreux sont ceux qui espèrent que les gens qui nous dirigent, ayant pris conscience de la responsabilité du système capitaliste dans les catastrophes qui se succèdent dans notre monde mondialisé, vont prendre une tout autre direction. Demain ne devrait pas être comme hier, le slogan est beau, mais il y a de nombreux indices qui indiquent tout le contraire.

            J'en prends deux, au hasard. L'un qui pourrait paraître futile : des McDo ont rouvert et les gens font la queue pour se barbouiller de ketchup et de nuggets de poulet industriel - les circuits courts, une alimentation saine, le changement de nos habitudes alimentaires pour tenter d'atténuer certains effets du changement climatique...tout cela ne tient pas devant un hamburger.

           L'autre est plus grave. On interrogeait, il y a quelques jours, Darmanin, ministre du budget et des comptes publics, ou quelque chose comme ça, sur les promesses du Président d'attribuer une prime de 1000 euros à tous ces hommes et toutes ces femmes qui bossent dans la grande distribution pour des salaires de misère - et sans lesquels nous crèverions de faim. Promesses visiblement difficiles à mettre en pratique - mais c'est normal, dit le ministre, les grandes enseignes sont des entreprises privées, elles font ce qu'elles veulent, vous ne voudriez pas quand même que nous mettions notre nez dans leurs affaires....Admirable, non ? Mais, dit le journaliste, dans ce cas, une hausse du SMIC ne s'impose-t-elle pas ? Réponse du ministre, automatique, oui, on appuie sur le bouton SMIC et ça sort comme ça : oh, vous savez, augmenter le SMIC ça peut avoir beaucoup plus de conséquences négatives que positives. Ca sort, comme toujours, devant ce genre de question :  nous avons entendu les mêmes mots, je n'ose pas dire le même argument, depuis des années, avec toujours le même ton assuré de qui détient la vérité hors de laquelle il n'y a pas de salut et le même sourire apitoyé pour les naïfs qui peuvent encore proférer de telles inepties.

           C'est une histoire de logiciel. Ce n'est pas de leur faute, ils ont été ainsi programmés et ils n'ont même pas l'idée qu'il leur faudrait en changer. Je pourrais évoquer les propos du patron du Medef. Je pourrais énumérer les lourdeurs de l'administration qui bloquent des décisions qui semblent s'imposer - cf le problème des tests et la lenteur criminelle avec laquelle les ARS ont accepté l'aide que leur proposaient les labos d'analyses vétérinaires.

          Tout cela est désespérant.

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