Avignon 2008, Chroniques IV

Tout cela était très sérieux et l'on ne s'y permettait jusque là qu'un rire nerveux (Feux) ou codé (Ordet). Je suppose que le succès de La Pesca tient en partie à la dureté, à la sévérité d'autres spectacles. J'y ai ri de bon coeur, peut-être d'autant plus que mon jeune voisin (voisine? je suis resté hésitant sur ce point) japonais (e) qui prenait mille notes, fort joliment calligraphiées avant que le spectacle ne commence, faisait mille petits schémas pour fixer des éléments du décor plutôt misérabiliste, demeurait parfaitement insensible aux pitreries des acteurs argentins.

Tout cela était très sérieux et l'on ne s'y permettait jusque là qu'un rire nerveux (Feux) ou codé (Ordet). Je suppose que le succès de La Pesca tient en partie à la dureté, à la sévérité d'autres spectacles. J'y ai ri de bon coeur, peut-être d'autant plus que mon jeune voisin (voisine? je suis resté hésitant sur ce point) japonais (e) qui prenait mille notes, fort joliment calligraphiées avant que le spectacle ne commence, faisait mille petits schémas pour fixer des éléments du décor plutôt misérabiliste, demeurait parfaitement insensible aux pitreries des acteurs argentins.

Sous Buenos-Aires coule une rivière que la folie technicienne des hommes a voulu dompter dans des canalisations de béton. Dans la cave d'un immeuble construit au-dessus, un trou a été creusé où l'eau de la rivière affleure et où des pêcheurs invétérés viennent traquer de fabuleux poissons et oublier les tribulations de la surface. Trame mince mais qui donne lieu à d'excellents numéros d'acteur - chacun évoque ses problèmes d'amour ou de non-amour, ses souffrances, ses rêves ; les allusions à la situation politique argentine demeurent plutôt hermétiques, mais ce n'est pas vraiment grave. L'humour est très scatologique. L'épopée vire à la farce.

Ils pêchent de tout petits poissons en attendant que le poisson mythique qui hante la rivière ou leur imaginaire veuille bien se laisser prendre. Quand il mord, le combat style Achab/Moby Dick ou le Vieil Homme/son requin tourne à l'avantage du poisson qui entraîne le vieux pêcheur dans les profondeurs de la rivière souterraine et bétonnée, sous le regard stupéfait et fataliste de ses accolytes. Une chute en forme de noyade.

Nul besoin d'aller chercher des justifications philosophiques, rien d'autre que le plaisir de retrouver des techniques comiques éprouvées comme la descente sur le dos de l'escalier, la leçon de baiser donnée par le Don Juan de pacotille au benêt dont les filles se jouent et des échappées de poésie pure.

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