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Billet de blog 28 décembre 2008

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réveillons (-nous)

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ai-je rêvé ou, cette année, sur les publicités des magasins et autres surfaces moyennes ou grandes, dans la presse, à la radio, à la télévision, un mot a tout envahi, au point d'amener une curieuse amnésie de ce qui se fête en cette période ? le mot "réveillon". Autrefois, mais cela ne nous ramène pas à l'époque préhistorique, on faisait une distinction entre la fête de Noël ou encore fête de la Nativité (ce lien est plus net dans les langues méditerranéennes) et la Saint-Sylvestre, dernier jour de l'année, entrée dans l'année nouvelle, où l'on échange des voeux de bonheur et de prospérité. Entre une fête chrétienne et une fête païennne - nul jugement de valeur dans cette distinction, simple constat. Entre une fête de famille, une fête pour les enfants et une fête entre adultes, entre amis. A Noël, après la messe de minuit, pour les chrétiens, il était de coutume de prendre, chez certains, un repas léger, pour restaurer ses forces; chez d'autres, un repas plus substantiel, exagérément substantiel, parfois (cf.Les trois messes basses d'Alphonse Daudet). Pour le saut de l'an, les agapes étaient plus largement répandues. - ma vision historique est d'un schématisme que j'assume pleinement !!!

Notre société laïcisée a peu à peu perdu ces repères-là ; c'est un fait que l'on peut déplorer ou dont l'on peut se réjouir - ce n'est pas mon affaire. Mais peut-on faire comme si tout se ramenait à une simple occasion de bouffer ? comme si Noël n'était pas autre chose qu'une occasion de ripailler? comme si ce n'était pas la commémoration de la naissance d'un petit d'homme dont les parents ont été exclus de la chaleur de la salle commune d'une auberge, dans le dénuement et la pauvreté la plus complète ? et même s'il ne s'agissait que d'une légende, sa signification est claire. De cela, nous ne voulons pas entendre parler. D'où ce souhait si souvent répété, sur les ondes, comme on disait dans mon enfance, "bon réveillon !", "passez un bon réveillon!" et ces questions existentielles "que faites-vous pour le réveillon ?", "où allez-vous réveillonner ?".

Pour ma part, je n'arrive pas à m'y faire : un réveillon, deux réveillons, réveillonnons !!! ce mot d'ordre me déprimerait profondément si je ne croyais y percevoir une sorte de retour du refoulé, particulièrement adapté à ces temps détestables, "réveillons...-nous, mes amis, mes camarades, sortons de notre torpeur, émergeons de cette somnolence, de cet état de somnambulisme où nous nous enfonçons, cessons de penser que seuls des somnifères, des narcotiques peuvent nous sauver...", disent sans savoir qu'ils le disent les gens qui parlent à la radio, à la télévision, et même les concepteurs de slogans publicitaires . Réveillons-nous ! réveillez-vous ! ne nous laissons pas endormir par les teneurs de discours, par les faiseurs d'opinion, par les pseudos experts. Le réveil sera peut-être pénible - une sorte de gueule de bois- mais il est la condition nécessaire d'un éveil nouveau, d'une veille active...

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