"Entre l'époque de Jules Verne et la nôtre, change la valeur donnée, non à la vie humaine, mais à celle d'un Occidental. Nous considérons la vie des gens des tiers et quart mondes avec la même absence de pitié que l'indifférence glacée du XIX° siècle à l'égard des sans-grades et des matelots. Le monde riche exporte guerres, violences, famines et armes en surabondance, et en tire même des spectacles appréciés, mais dès qu'une épidémie bénigne le touche - même sans le moindre mort - entendez le tocsin qui accentue la tragédie...Oui, par rapport au siècle de Verne, nous voici en surplus de racisme. Les sociétés que nous appelons aujourd'hui démocratiques comptent parmi les aristocraties les plus féroces que connut l'humanité. Nous mettons à mort tranquillement la quasi totalité des hommes."
Michel Serres, Jules Verne, la science et l'homme contemporain, Conversations avec Jean-Paul Dekiss
Ed. Le Pommier, 2003, p. 192