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Billet de blog 29 janv. 2020

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Réflexions sur l'intempérance du temps présent

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                             Est-ce qu’il y a quelque chose à tirer de l’expression « climat social » ? À l’heure du dérèglement climatique, il semble que se dérègle également le climat de nos sociétés. Non pas qu’il y ait plus de conflits qu’il n’ y en avait jadis. Mais alors qu’il était possible de les contenir dans une sorte de mesure - on appelait cela un compromis issu de négociations dont personne ne sortait totalement vainqueur, ayant abandonné une partie de ses revendications. Je ne sous-estime pas l’objection que l’on pourrait me faire d’idéaliser un état social qui n’a jamais été équilibré ; mais il y avait un écart à l’équilibre qui était jugé tolérable, un jeu acceptable, dans un sens comme dans l’autre, pour que l’Etat se maintienne - c’est même cela que désigne le mot d’état, une stabilité qui se maintient de n’être pas immobilisme. Je me souviens de ce jeu auquel nous avions joué, durant tout un été, en Provence : une planche posée sur un rondin de bois sur laquelle il fallait monter et tenir en équilibre; cela n’était possible que si nous parvenions à bouger doucement, à maitriser le tangage qui aurait pu , s’accentuant, nous faire tomber; maitriser le tangage ne voulait pas dire qu’il fallait le supprimer, même s’il arrivait que cela soit très brièvement le cas, mais qu’il fallait l’accompagner pour mieux empêcher qu’il s’accentue au point de nous déséquilibrer totalement.
                            Il y a perte de ce que l’on appelle le tempéré. Un climat est dit tempéré lorsque les différences de température demeurent dans une amplitude raisonnable, ni trop chaud ni trop froid. Cela ne semble plus être le cas avec le réchauffement climatique -Un être tempérant est celui qui est capable de ne pas se laisser dépasser par quelque débordement que ce soit, qui reste maître de lui. Dans la langue classique, tempérament ne signifie pas seulement un mode de composition et de mélange et plus particulièrement la constitution physique du corps humain (bileux, sanguin, lymphatique ou nerveux), mais, au sens figuré, un expédient, un biais, un adoucissement, un ménagement pour concilier les esprits, pour accommoder les affaires. Il prend aussi le sens de modération, de mesure. Dans la recherche de l’établissement d’une société équilibrée, il apparaît nécessaire de trouver un tempérament, c’est, je crois, ce que Montesquieu attend de la séparation des pouvoirs, qui permettra d’apaiser les tensions sociales.
                             Eh bien, c’est ce tempérament qui paraît à l’heure actuelle introuvable ; les esprits s’échauffent, s’enflamment comme s’ils étaient influencés par la hausse des températures ; cela se voit non tant dans le conflit lui-même que dans les moyens qui y sont utilisés - une violence verbale que l’anonymat des réseaux sociaux pousse à des extrêmes rarement vus ; une violence physique qui ne se soucie guère des effets collatéraux des actions menées (habitués que nous sommes aux dommages collatéraux des opérations militaires qui déplorent la perte de quelques soldats et ne comptabilisent guère les victimes innocentes qui en sont la regrettable conséquence) ; une façon de s’arcbouter sur ses positions, « droit dans ses bottes », disait l’un, « on ne lâche rien », disent d’autres. Qui serait, à l’heure actuelle, capable de tempérer les excès des uns qui appellent les excès des autres ? Bien malin qui le saurait dire.
Pourtant face à ces montées de température il n’est plus temps de temporiser !
                            Le lien entre tempéré et temps est possible d’après Benveniste qui suppose que l’un et l’autre viennent d’une racine indo-européenne qui signifierait «couper » - mais ces subtilités n’éclairent pas notre problème. Sauf à penser que devant l’accélération du temps la tempérance représenterait une manière d’en diminuer les effets négatifs.

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