Les Brigades Rouges

Les Brigades Rouges reviennent sur le devant de la scène. La France rompt avec ce qui était la doctrine  Mitterrand qui accordait l'asile politique à des hommes et des femmes ayant appartenu durant les années de plomb à des groupes d'extrême gauche engagés dans un combat contre les formes dominantes qu'ils jugeaient gangrenées par les héritiers du fascisme. Ces hommes et ces femmes avaient, pour certains, proclamé n'avoir jamais commis de meurtres - c'était la condition même posée par Mitterrand.

C'est avec cette doctrine que le Président actuel vient de rompre tout en jurant qu'il y demeure fidèle. Comprenne qui pourra.Mais on a l'habitude. En tout cas, par un calcul politique évident qui est de resserrer les liens avec l'Italie pour qui l'accueil par la France de ces "terroristes" était inacceptable.

Et l'on reparle de Cesare Battisti. Une bonne partie des intellectuels de gauche avait, Fred Vargas la première, manifesté son soutien à Battisti qui jurait être victime d'une justice italienne toujours plus accommodante avec les gens d'extrême droite qu'avec les "terroristes gauchistes". Les arguments de Battisti repris par Vargas m'avaient paru tout à fait convaincants et j'avais, personnellement adhéré au Comité Battisti. Puis, c'est sous Chirac, qu'il a été question de remettre Battisti entre les mains de la police italienne. On sait sa cavale, on se souvient de sa réapparition au Brésil, du soutien que lui a accordé alors  Lula, on n'a pas oublié que sa vie  a été de nouveau menacée par l'arrivée au pouvoir de Bolsonaro et qu'il a fini par être arrêté et renvoyé en Italie. Il y purge une peine de prison à vie pour les quatre meurtres dont il était accusé.

Coup de tonnerre, Battisti changeant brutalement de discours reconnaissait la validité des charges qui pesaient contre lui. Et avec, pour ceux qui l'avaient soutenu pendant de si nombreuses années, une sorte de bras d'honneur - vous avec été bien naïfs de croire tout ce que je vous ai raconté. La déception fut à la mesure de l'engagement. Déconfiture de ses soutiens. Triomphe des autres.

Et voilà que ce matin je lis un papier publié dans La Croix deRoberto Della Rocca, Président de l'association italienne des victimes du terrorisme. "Nous avons dû nous battre pour obtenir l'extradition (du Brésil) de Cesare Battisti qui avait bénéficié de tant de soutiens d'intellectuels et de politiques de la gauche française. Finalement, il a reconnu ses quatre crimes, même si je pense que c'est pour obtenir un allègement de sa peine de prison à vie" Alors, coupable ou non ? Ultime provocation ou tentative désespérée  pour retrouver sa liberté ?

Et Marina Petrella que même Sarkozy s'était refusé à extrader , étant donné son état de santé ? Et Sergio Tornaghi, arrêté devant l'école de ses deux gamines, l'un et l'autre parfaitement assurés de la protection de la France et ayant donné toutes les preuves de leur sortie du combat politique ?

Je ne sache pas que la justice italienne  ait été d'une semblable sévérité pour les extrémistes de droite, lesquels se portent fort bien. Cherchez l'erreur.

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