patrick rodel
Abonné·e de Mediapart

445 Billets

5 Éditions

Billet de blog 30 sept. 2022

patrick rodel
Abonné·e de Mediapart

Comment commenter l'actualité politique ?

patrick rodel
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                   C'est le titre du dernier livre de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre. Une étude sur les événements et opinions au XXIème siècle - sous-titre de ce bouquin dont je recommande fortement la lecture aussi bien aux journalistes de Mediapart qu'aux membres du Club qui se font parfois fait une spécialité de commenter non seulement les articles des dits journalistes pour en dire tout le mal qu'ils en pensent (mais quelquefois aussi tout le bien) mais les événements politiques eux-mêmes sur lesquels ils ont un avis, parfois informé, parfois dicté par leurs préférences partisanes.

                  Après une réflexion sur ce qu'est l'actualité, sur ce qu'implique le présentisme qui chasse l'événement d'hier pour le remplacer par l'événement d'aujourd'hui, qui ne se donne pas le temps de la réflexion, Boltanski et Esquerre prennent pour exemple les échanges entre le Monde et ses lecteurs. A l'heure des réseaux informatiques, les lettres des lecteurs ont perdu beaucoup de leur importance. Elles sont remplacées par des messages auxquels un espace dédié est offert - fleurissent alors commentaires, commentaires de commentaires, avec les problèmes afférents  que posent l'anonymat, les pseudonymes - Tout est censé pouvoir être dit, à ce niveau ; mais il faut bien se rendre à l'évidence que ce qui domine souvent s''éloigne de la discussion policée qui vise à échanger des arguments ;  que certains abonnés sont des trolls, c'est-à-dire des propagandistes de telle ou telle opinion extrême chargés de faire passer leurs idées délétères.

                  Ceci étant, ces réactions à l'actualité sont un des moyens pour les citoyens de se politiser - à une époque où la faiblesse des partis politiques les empêche de donner à leurs militants, quand ils en ont encore, une véritable éducation politique (cf les Ecoles du PCF, entre autres, qui ont joué un rôle déterminant d'éducation dans les années 50/60) "On ne saurait trop insister, écrivent les deux auteurs, sur le nombre, la fréquence et la diversité, des opérations cognitives, des jugements, des énoncés, des liens, des rapprochements et des disputes, des sympathies et des antipathies qui ne cessent de travailler les personnes quand elle réagissent à l'actualité politique." Et elles le font principalement par le truchement (le mot revient très souvent sans être suffisamment analysé) des médias.,

                 Mais lorsque les médias conventionnels cèdent la place aux réseaux, la donne change. On en voit la preuve tous les jours. On peut écrire n'importe quoi, la violence verbale peut se déchaîner sans presque aucun risque ; on peut faire circuler n'importe quelle rumeur, détruire une réputation, appeler au meurtre. "Cela confère aux réseaux considérés en tant qu'actant, une violence, une rapidité de réaction, une malfaisance et une robustesse, sans précédent. quelques individus dont on ne saura jamais qui ils sont (...) sont dotés de la capacité de faire et défaire "l"opinion" et de brouiller tous les instruments sur lesquels reposait le réglage de la stabilité démocratique, tels que le système électoral, les sondages et les informations données par les médias."

                  La parade trouvée par Le Monde est de confier à un modérateur, extérieur en l'occurrence, la charge de filtrer les commentaires publiables et ceux qui ne le sont pas. A partir d'un certain nombre de critères - le respect de la personne de l'autre, le rejet des insultes,  des propos racistes, antisémites etc. Ce que Mediapart, de son côté, fait avec la publication d'une charte de bonne conduite à laquelle tout abonné commentant un article du journal ou s'exprimant dans le Club (blogs, éditions) est censé adhérer. Cela ne va jamais sans difficultés, certains crient à la censure, au viol de la liberté d'expression, au complot visant à ne jamais prendre en compte ce qu'ils ont à dire et qui est généralement considéré par eux comme de la toute première importance.

                  Par où l'on voit que la partie est loin d'être gagnée et qu'il y va sans doute de l'avenir même de notre démocratie, plus exactement de la possibilité pour ce qui est notre régime actuel d'évoluer, de se réinventer pour affronter les dangers qui menacent.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
À Saint-Étienne, le maire et le poison de la calomnie
Dans une enquête que Gaël Perdriau a tenté de faire censurer, Mediapart révèle que le maire de Saint-Étienne a lancé une rumeur criminelle, dont il reconnaît aujourd’hui qu’il s’agit d’une pure calomnie, contre le président de région Laurent Wauquiez. À l’hôtel de ville, des anciens collaborateurs décrivent un quotidien empoisonné par la rumeur, utilisée comme un instrument politique.
par Antton Rouget
Journal — France
L’encombrant compagnon de la ministre Pannier-Runacher
Des membres du ministère d’Agnès Pannier-Runacher sont à bout : son compagnon, Nicolas Bays, sans titre ni fonction, ne cesse d’intervenir pour donner des ordres ou mettre la pression. En outre, plusieurs collaborateurs ont confié à Mediapart avoir été victimes de gestes déplacés de sa part il y a plusieurs années à l’Assemblée nationale. Ce que l’intéressé conteste.
par Lénaïg Bredoux, Antton Rouget et Ellen Salvi
Journal
Morts aux urgences, pédiatrie sous l’eau, grève des libéraux : la santé au stade critique
Covid, grippe, bronchiolite : l’hôpital public vacillant affronte trois épidémies. En pédiatrie, dix mille soignants interpellent le président de la République. Côté adultes, les urgentistes ont décidé de compter leurs morts sur les brancards. Et au même moment, les médecins libéraux lancent une grève et promettent 80 % de cabinets fermés.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal
Un vaste mouvement social s’installe chez Arc en Ciel, sous-traitant du nettoyage
À Paris, Puteaux et Lyon, des salariés d’Arc en Ciel, une grosse entreprise de nettoyage présente dans de nombreux sites publics, sont en grève. En creux, c’est le recours à la sous-traitance dans les gares, les universités ou les hôpitaux qui est mis en cause.
par Yunnes Abzouz

La sélection du Club

Billet de blog
Noémie Calais, éleveuse : ne pas trahir l’animal
Noémie Calais et Clément Osé publient « Plutôt nourrir » qui aborde sans tabou et avec clarté tous les aspects de l’élevage paysan, y compris la bientraitance et la mort de l’animal. Entretien exclusif avec Noémie.
par YVES FAUCOUP
Billet de blog
Le cochon n'est pas un animal
Pour nos parlementaires, un cochon séquestré sur caillebotis dans un hangar n'est pas un animal digne d'être protégé. C'est pourquoi ils proposent une loi contre la maltraitance animale qui oublie la grande majorité des animaux (sur)vivant sur notre territoire dans des conditions indignes. Ces élus, issus des plus beaux élevages politiciens, auraient-ils peur de tomber dans l'« agribashing » ?
par Yves GUILLERAULT
Billet de blog
Abattage des animaux à la ferme. Nous demandons un réel soutien de l’Etat
Solidarité avec Quand l’Abattoir Vient A la Ferme : Depuis 2019, la loi autorise les éleveurs, à titre expérimental, à abattre leurs animaux à la ferme. Ils n’ont toutefois bénéficié d’aucuns moyens dédiés et doivent tout à la fois assurer les études technique, financière, économique, sanitaire. Respecter les animaux de ferme est une exigence collective. Nous demandons un réel soutien de l’État.
par Gaignard Lise
Billet de blog
L’animal est-il un humain comme les autres ?
Je voudrais ici mettre en lumière un paradoxe inaperçu, et pour commencer le plus simple est de partir de cette célèbre citation de Deleuze tirée de son abécédaire : « J’aime pas tellement les chasseurs, mais il y a quelque chose que j’aime bien chez les chasseurs : ils ont un rapport animal avec l’animal. Le pire étant d’avoir un rapport humain avec l’animal ».
par Jean Galaad Poupon