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Billet de blog 30 septembre 2022

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Comment commenter l'actualité politique ?

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

                   C'est le titre du dernier livre de Luc Boltanski et Arnaud Esquerre. Une étude sur les événements et opinions au XXIème siècle - sous-titre de ce bouquin dont je recommande fortement la lecture aussi bien aux journalistes de Mediapart qu'aux membres du Club qui se font parfois fait une spécialité de commenter non seulement les articles des dits journalistes pour en dire tout le mal qu'ils en pensent (mais quelquefois aussi tout le bien) mais les événements politiques eux-mêmes sur lesquels ils ont un avis, parfois informé, parfois dicté par leurs préférences partisanes.

                  Après une réflexion sur ce qu'est l'actualité, sur ce qu'implique le présentisme qui chasse l'événement d'hier pour le remplacer par l'événement d'aujourd'hui, qui ne se donne pas le temps de la réflexion, Boltanski et Esquerre prennent pour exemple les échanges entre le Monde et ses lecteurs. A l'heure des réseaux informatiques, les lettres des lecteurs ont perdu beaucoup de leur importance. Elles sont remplacées par des messages auxquels un espace dédié est offert - fleurissent alors commentaires, commentaires de commentaires, avec les problèmes afférents  que posent l'anonymat, les pseudonymes - Tout est censé pouvoir être dit, à ce niveau ; mais il faut bien se rendre à l'évidence que ce qui domine souvent s''éloigne de la discussion policée qui vise à échanger des arguments ;  que certains abonnés sont des trolls, c'est-à-dire des propagandistes de telle ou telle opinion extrême chargés de faire passer leurs idées délétères.

                  Ceci étant, ces réactions à l'actualité sont un des moyens pour les citoyens de se politiser - à une époque où la faiblesse des partis politiques les empêche de donner à leurs militants, quand ils en ont encore, une véritable éducation politique (cf les Ecoles du PCF, entre autres, qui ont joué un rôle déterminant d'éducation dans les années 50/60) "On ne saurait trop insister, écrivent les deux auteurs, sur le nombre, la fréquence et la diversité, des opérations cognitives, des jugements, des énoncés, des liens, des rapprochements et des disputes, des sympathies et des antipathies qui ne cessent de travailler les personnes quand elle réagissent à l'actualité politique." Et elles le font principalement par le truchement (le mot revient très souvent sans être suffisamment analysé) des médias.,

                 Mais lorsque les médias conventionnels cèdent la place aux réseaux, la donne change. On en voit la preuve tous les jours. On peut écrire n'importe quoi, la violence verbale peut se déchaîner sans presque aucun risque ; on peut faire circuler n'importe quelle rumeur, détruire une réputation, appeler au meurtre. "Cela confère aux réseaux considérés en tant qu'actant, une violence, une rapidité de réaction, une malfaisance et une robustesse, sans précédent. quelques individus dont on ne saura jamais qui ils sont (...) sont dotés de la capacité de faire et défaire "l"opinion" et de brouiller tous les instruments sur lesquels reposait le réglage de la stabilité démocratique, tels que le système électoral, les sondages et les informations données par les médias."

                  La parade trouvée par Le Monde est de confier à un modérateur, extérieur en l'occurrence, la charge de filtrer les commentaires publiables et ceux qui ne le sont pas. A partir d'un certain nombre de critères - le respect de la personne de l'autre, le rejet des insultes,  des propos racistes, antisémites etc. Ce que Mediapart, de son côté, fait avec la publication d'une charte de bonne conduite à laquelle tout abonné commentant un article du journal ou s'exprimant dans le Club (blogs, éditions) est censé adhérer. Cela ne va jamais sans difficultés, certains crient à la censure, au viol de la liberté d'expression, au complot visant à ne jamais prendre en compte ce qu'ils ont à dire et qui est généralement considéré par eux comme de la toute première importance.

                  Par où l'on voit que la partie est loin d'être gagnée et qu'il y va sans doute de l'avenir même de notre démocratie, plus exactement de la possibilité pour ce qui est notre régime actuel d'évoluer, de se réinventer pour affronter les dangers qui menacent.

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