Ils n’ont pas gagné la bataille des images, cette fois-ci !

 Si les images du 11 septembre 2001 et celles du 7 janvier 2015 que nous conservons dans nos mémoires, construites en direct et tournant en boucle sur toutes les télévisions du monde ont fait mouche, constituant ainsi des anti-images, celles de cette nuit ensanglantée du 13 novembre n’en sont pas, même si géographiquement elles se situent dans les rues proches des anciens locaux de Charlie Hebdo, sans doute pour maximiser une démonstration de force.

C’est la rapidité des interventions télévisées – plus rapide que la simultanéité médiatique des attaques -, respectivement du président américain  et de notre président qui ont permis que ces images d’information ne nous transforment pas en coproducteur d’anti-image comme en janvier dernier. En effet, en réagissant dans l’instant, les dirigeants ont arrêté un processus en marche, juste après les déflagrations des bombes des kamikazes aux abords du Stade de France où se trouvait le président Hollande, et pendant l’effroyable carnage qui était perpétré à la salle de spectacle le Bataclan.

 

L’anti-image se nourrit des images diffusées en direct et en mondovision  tournées dans des lieux où l’attention de l’opinion peut être concentrée. Le match de football France-Allemagne auquel assistait le président français constituait le détonateur, l’immense public du Stade de France et celui du Bataclan, le plastique. L’explosion-implosion résultant, elle, de la surprise et la sidération suffisamment fortes pour impressionner et parasiter nos mémoires, à vie. En occupant l’espace médiatique dès les premiers instants cruciaux du processus, l’anti-image qui fonctionne comme un virus ou un cheval de Troie informatique ne s’est pas créée.

 

En somme, nous n’avons pas eu le temps d’être contaminés par l’entreprise terroriste. Dans la période des deux heures après les attentats, deux interventions présidentielles télévisées, dont la première a été déterminante tant le président s’exprimait sans artifice, ont suffit pour donner le sentiment convainquant – pendant l’événement - que la Nation était dirigée de la meilleure façon possible, notamment quand François Hollande a décrété l’état d’urgence et le rétablissement des contrôles aux frontières.

Dans le même temps, les réseaux sociaux ont permis aux connectés de prendre connaissance de l’entièreté de l’événement et des nouvelles instantanées des proches. Tandis que les chaînes d’information en continu, conjointement avec les autorités, ont su arrêter la diffusion des interventions en cours pour permettre aux forces de l’ordre de faire leur travail. Facebook, au creux de nos mains, très vite, nous indiquait que tels de nos « amis » de Paris  étaient « signalés en sécurité ».

 

Les attentats de ce 13 novembre d’une gravité sans précédent en Europe, auraient pu être encore plus graves, si les terroristes avaient réussi à faire de ces images en direct une bataille gagnée.

Depuis près de 15 ans, depuis le 11 septembre 2001, c’est la première fois que l’Occident trouve une réponse adaptée à la guerre des images, celle-là véritablement mondiale.

 

 

Patrick Singaïny, 14 novembre 2015, 4h du matin.

Essayiste, auteur avec Edgar Morin de « Avant, pendant, après le 11 janvier »,

 Editions de l’Aube, mars 2015.

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