2017 n’existe plus.

Il y a un mois, la 3ème guerre mondiale - guerre asymétrique contre le terrorisme - s’officialisait en terre de France. Souvenez-vous : notre Marseillaise entonnée d’un bout à l’autre de notre territoire et, lors de la minute de silence en mémoire des 17, notre chant d’union nationale libéré dans l’hémicycle du Palais Bourbon par la voix d’un député d’un autre bord politique que celui du Premier Ministre

Il y a un mois, la 3ème guerre mondiale - guerre asymétrique contre le terrorisme - s’officialisait en terre de France. Souvenez-vous : notre Marseillaise entonnée d’un bout à l’autre de notre territoire et, lors de la minute de silence en mémoire des 17, notre chant d’union nationale libéré dans l’hémicycle du Palais Bourbon par la voix d’un député d’un autre bord politique que celui du Premier Ministre, dont l’extraordinaire discours du 13 janvier, exprimant toute la grandeur d’une civilisation, a su faire vibrer notre sentiment d’appartenance à notre pays, d’un bout à l’autre des bancs de l’Assemblée nationale. Ce jour-là, la classe politique renvoyait une image exemplaire au peuple qui l’a élu. Seulement un mois après, alors que nous sommes sommés de trouver les meilleures réponses pour édifier une cohésion nationale inédite, capable de rassembler les citoyens de France de culture française et les citoyens de France de culture composite, les mêmes élus, sentant sans doute ce qu’implique une union sacrée face aux défis inédits, nous offrent le spectacle le plus dégradant, le plus désarmant. Il faut que cela cesse. TOUTES les parties en présence doivent impérativement se comprendre.

 

Le sort a voulu que le président actuel soit celui qui a dû gérer les attentats de janvier 2015. De facto et indépendamment de ce que chacun pense de lui, il est devenu l’autre président de la Vème république. C’est-à-dire l’autre homme providentiel. Toute la nation a pu constater qu’il a été à la hauteur de sa tâche et qu’il s’est, sans vraiment se forcer, transfiguré. Quel étrange sort pour ce président jusque là le plus impopulaire de l’histoire de la Vème République qui n’avait jamais su convaincre (notamment l’auteur de ces lignes) ! Notre époque fait que l’autoritarisme du premier président, le général de Gaulle de 1958, ne peut plus avoir cours. Notre époque fait que l’Appel Du 11 Janvier 2015 ne pouvait pas être prononcé que d’un seul micro - comme le fut celui du 18 juin 1940 - et ne pouvait pas être porté que par un seul homme. Notre époque ne pouvait que permettre au peuple de se l’approprier et de le crier à la planète entière. Notre époque, singulièrement aujourd’hui, ne peut que comprendre que l’incarnation du pouvoir ne puisse être portée que par un seul homme : il nous faut reconnaître de fait la bicéphalité de l’exécutif. Il nous faut reconnaître que le Premier Ministre, ainsi chevillé à son président, ne peut plus être ni un collaborateur, ni un fusible. S’en prendre au Premier Ministre – dans les conditions actuelles -, c’est s’en prendre à l’Esprit Du 11 Janvier. Tout ce qui concoure à pinailler sur son action qui va dans le sens d’un mieux être économique est improductif et irresponsable. Car il n’y aura pas de cohésion nationale si le volet économique n’est pas la hauteur des enjeux. L’ « islamofachisme » prospérera si les laissé-pour-compte de la République - dont les "Français de confession musulmane" - continuent à être mis au ban de notre société. Ceci n’est pas de la politique politicienne. Ceci est la réalité. « Il n’y a pas de politique en dehors des réalités » professait le premier président de notre Vème république.

 

Il est temps que le caractère partisan de l’exercice de la politique, qui nous plonge aujourd’hui dans l’absurde et le non-sens, soit annihilé tout en ayant préservé et bonifié ce que doit revêtir l’action propositionnelle. Il ne s’agit pas de rechercher l’uniformité mais le nécessaire consensus autour du caractère inédit de l’intérêt supérieur de la Nation, hissé au-dessus de toutes les considérations partisanes d’aujourd’hui. Autrement dit, l’exécutif doit trouver et édifier des outils nouveaux pour forger avec l’ensemble de la classe politique un exercice du pouvoir de nature autrement plus collaborative. Les principaux partis devraient être étroitement associés à l’action du gouvernement sans forcément y être. Car c’est en gardant leurs prérogatives, qu’ils sauront aider efficacement notre pays.

 

2017, depuis le 7 janvier n’est plus un enjeu. La France est en guerre. Et en période de guerre, il n’y a que deux camps : eux - les terroristes - et Nous - le peuple de France. Il est temps que nos représentants se rendent compte que le pays s’est rendu à l’évidence que s’adonner au plaisir ingénu du jeu de la chaise musicale est devenu - pour une période dont personne ne peut prévoir la durée - irrespectueux, dégradant et nous laisse désarmés. Sachez donc travailler ensemble !

 

Patrick Singaïny.

Essayiste.

Co-auteur avec Edgar Morin de « La France une et multiculturelle », Fayard, 2012.

Co-auteur avec Edgar Morin de « Avant, pendant et après le 11 janvier », Editions de l’Aube, à paraître en mars 2015.

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